Les Somnambules, Chuck Wendig (Sonatine) – Yann

Sans conteste, LE blockbuster de ce début d’année, la concurrence n’a qu’à bien se tenir. Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de Chuck Wendig pour le pousser à écrire un premier roman de presque 1200 pages ? En soi, c’est déjà une performance mais ce qui l’est bien davantage, c’est que ce roman se dévore en quelques jours sans que l’on ne s’y ennuie un instant. Les éditions Sonatine peuvent se féliciter de cette trouvaille, Les Somnambules devrait rapidement devenir un incontournable de leur catalogue.

Photo : Yann Leray.

Lorsqu’une jeune habitante de Pennsylvanie quitte de nuit le domicile familial avec toutes les apparences d’une personne frappée de somnambulisme et lorsque cette jeune fille est peu à peu rejointe dans sa marche par d’autres errants, le pays se retrouve confronté à une situation inédite. Qui sont ces marcheurs, où vont-ils, comment faire pour les arrêter et leur permettre de retrouver un état normal ? L’inquiétude gagne rapidement toutes les strates de la société, les théories fleurissent et les tensions s’exacerbent. Rapidement, quelques prédicateurs pointent du doigt cette légion de marcheurs, les accusant de tous les maux, bientôt rejoints dans ce déferlement de haine par des milices d’extrême droite prêtes à profiter du chaos naissant pour se faire une place en laissant libre cours à leur violence. Six mois plus tôt, au Texas, Jerry Garlin inaugurait le chantier de son prochain parc d’attractions en faisant exploser une grotte dans laquelle nichait une colonie de chauve-souris…

Les Somnambules est paru aux États-Unis en 2019, à un moment où nul n’avait encore entendu parler du Covid. Il se montre pourtant incroyablement en prise avec notre époque et les bouleversements qu’elle connaît et reflète avec force les questionnements et les angoisses contemporains. En mettant en scène ce troupeau de marcheurs, les fameux somnambules, Chuck Wendig ne fait rien d’autre qu’exposer les tensions sous-jacentes de nos sociétés actuelles, minées par la peur de l’inconnu et promptes à désigner des boucs émissaires responsables de tous leurs maux. À travers la figure du pasteur Matthew Bird et son rapport pour le moins complexe à la religion, Wendig éclaire la collusion entre discours religieux et doctrines extrémistes et la façon insidieuse dont les secondes viennent parasiter les premiers. La défiance envers les dirigeants du pays est également omniprésente au sein du récit et la violence des propos de Creel, le candidat républicain, ainsi que son manque absolu de sang froid ne manqueront pas de rappeler un tristement célèbre président américain récemment écarté du pouvoir.

Mais Les Somnambules tire également sa force d’ailleurs : le virus auquel l’humanité se trouve confrontée est particulièrement crédible et les descriptions médicales que livre Wendig semblent tout sauf fantaisistes, en tout cas basées sur des pathologies déjà étudiées à travers le monde. Ajoutez à cela un sens inné de la narration et la capacité de son auteur à garder son récit sous tension tout au long de ces 1200 pages et vous obtiendrez un de ces romans fleuves auxquels nous avait habitués Stephen King, référence obligatoire ici mais qui ne semble pas intimider un instant Chuck Wendig. Tenant en permanence le lecteur en haleine grâce aux nombreux points de vue qui se succèdent et à la multiplicité des questions soulevées au fil des pages, Les Somnambules est une belle réussite, largement à la hauteur de ses ambitions qui n’étaient pourtant pas des moindres.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Paul-Simon Bouffartigue.

Yann.

Les Somnambules, Chuck Wendig, Sonatine, 1165 p. , 25€.

La mort selon Turner, Tim Willocks (Sonatine / Pocket) – Seb

« Il y en a combien comme vous ?

Le garde haussa les épaules et fit claquer sa langue contre ses dents. Turner le frappa du bout des doigts en fer de lance, droit dans le foie, sur un point du méridien 13, juste au-dessous de ses côtes flottantes droites. Le garde s’affala à plat sur le capot et glissa à genoux devant la voiture. Il vomit sur la grille du radiateur. Turner jeta le pistolet et les clés à l’arrière de son Land Cruiser puis s’accroupit à côté du garde qui haletait, tandis que la vague de douleur refluait de son ventre, atteignant un niveau plus tolérable. Elle allait rester là, clapotant aux limites de la diarrhée et de la nausée, pendant une bonne demi-heure. »

Le Cap, Afrique du Sud. De nos jours. Une soirée bien arrosée entre potes, une maladresse, un accident et une jeune fille noire errant dans les rues, morte sous les roues d’un gros et rutilant 4X4. Dirk Le Roux, jeune homme afrikaner ne sait même pas qu’il a roulé sur quelqu’un. Sa mère, Margot, qui détient des mines de manganèse au nord du pays, n’est pas prête à ce que la vie de son fils soit parasitée par ce malencontreux accident, surtout pour une gamine dont tout le monde se fout et qui avait de toute façon peu de chances de s’en sortir dans la vie. Elle va utiliser ses colossaux moyens pour que Dirk échappe à ses responsabilités et que le nom de la famille ne soit pas sali. Un flic noir de la criminelle, Turner, n’est pas de cet avis. Pour lui, la loi est la loi et la justice doit passer, quoi qu’il en coûte. À partir de là, le chemin de l’escalade est inévitable et va atteindre des niveaux que vous ne pouvez pas imaginer.

378 pages de folie, de furie, un torrent d’orgueil et de sang, une tornade de violence. Dans l’Afrique du Sud post apartheid, le passé est encore bien présent dans les esprits et dans certaines habitudes. Là-bas, le passé se trouve encore sous la forme de tâches de sang sur le sol. La réconciliation est un principe vertueux bien difficile à appliquer pour une partie de la population. Des rues nauséabondes et misérables des banlieues sénescentes au désert sans pitié, des gratte-ciels étincelants du Cap aux bourgades arriérées du nord du pays, il existe des chemins difficiles et dangereux, où la Loi n’a pas pris racine, où la Loi a la couleur de l’or, cet or qui rend fou, fait perdre les pédales aux hommes depuis que le premier œil humain s’est posé dessus. Ce livre je le place d’emblée sur le haut du panier, par l’écriture ciselée, par le rythme sans pitié, par son ampleur et sa démesure. C’est un western actuel, et pour ça, je remercie l’auteur parce que j’adore les westerns.

Tim Willocks écrit avec férocité. Un lion avec une plume très pointue. Un lion qui nous invente des personnages d’une réalité troublante, qu’on pourrait presque toucher tant ils sont justes et dessinés. On pourrait en croire certains un brin manichéens, mais ils sont simplement dotés d’un gros caractère et sont très déterminés, voire entêtés.

Ce qui surprend chez l’auteur, c’est ce côté réaliste. Cette Afrique du Sud, on s’y croit, tout apparaît sous la plume énervée de Willocks, on peut imaginer sans peine qu’il vit là-bas, qu’il en connaît chaque recoin et chaque sordide secret. Il y a un rythme dans cette histoire, très palpable et à la fois indéfinissable, qui porte très haut la narration, il y a de l’ampleur et de l’ambition, celle de ne pas conter une énième histoire noire avec un énième flic vengeur et incorruptible. Quand on ajoute à cela le tableau du pays, le passif racial, la fracture sociale qui saccage l’unité espérée, la misère des rues d’une catégorie bien précise (parce que les perdants du système ont toujours la même couleur), on se dit que ça va mal tourner. D’entrée, on est retourné par le niveau de violence de cette société, du peu de valeur d’une vie. Une valeur souvent corrélée à la couleur de peau, on y revient toujours. Ce qui estomaque aussi, c’est le niveau de corruption des institutions et au premier plan, la police. Je devrais dire les polices, tant le pays n’est de ce point de vue, qu’un vaste puzzle du nord au sud et d’est en ouest.

Il se dégage de l’écriture superbe de l’auteur, une sensation qui met mal à l’aise pour tout ce qui concerne le pays. Et c’est aussi pour cela que ce roman est une grande réussite. On est tenaillé par cette impression que chacun des habitants s’use en pure perte, que chacun gère l’urgence en attendant la catastrophe. Il y a comme un renoncement tacite, une grande fatigue qui incite à jouer la carte perso et à gagner ce qu’on peut, sauver ce qui peut l’être. La désespérance court les rues et appuie sur les têtes, elle déborde au-delà des villes et des townships, s’écoule dans le désert, ronge les bourgades perdues qui se ratatinent sous le soleil implacable.

« La terre avait gommé plus de vingt ans d’un travail de forçat, ne lui laissant qu’un trou dans la poitrine, là où aurait dû se trouver sa fierté. »

Dans ce flot de mélasse où presque aucun écho ne revient jamais, où aucun cri de rebondit jamais, quelques individus se tiennent encore debout, fiers, parce qu’ils y croient, parce que c’est la seule chose qui leur reste, parce qu’ils ont trop travaillé pour renoncer. Turner et Margot Le Roux sont de ceux-là. Margot, un sacré personnage. La femme forte pour un clan, celle qui décide, celle qui assume, celle ordonne. Il est intéressant Turner. De sa dégaine énergique, il piétine la caricature du flic dépressif imprégné d’alcool. C’est un homme qui a souffert, qui porte une douleur omniprésente, des images monstrueuses l’accompagnent, c’est son enfer et sa force. Turner est un bloc, un roc. Un spécialiste d’un art martial qui l’a aidé à survivre et à se reconstruire par la discipline, un art martial qui est comme pas mal d’arts martiaux, aussi un art de vivre.

Il faut avoir des tripes pour lire ce livre sans grimacer un peu, vraiment, ça tape fort. Au-delà de l’histoire, l’auteur nous pose des questions fondamentales. Il nous parle de l’hubris, cette chose qui est souvent fatale à l’être humain, l’orgueil immense, qui finit par aveugler, qui cadenasse la réflexion, qui efface le chemin de la raison devant ceux qui marchent et qui ne veulent rien lâcher.

La grande question : jusqu’où est-il raisonnable d’aller pour une idée, pour un but ? La justice justifie-t-elle tout ? Les sentiments familiaux supplantent-ils la Loi, l’argent a-t-il finalement une limite ? Cette limite est peut-être simplement le niveau de corruption et de cupidité qu’un homme peut digérer. À un moment, il n’est question de tout cela, il faut juste « gagner ».

Ce roman est le roman léché et classieux de l’orgueil, de l’entêtement et de l’extrême violence, sur fond de cupidité et d’aveuglement. Dans ce marigot aux éclats dorés, il n’y a plus de bons ni de méchants, plus de blanc et de noir, il ne reste que des hommes et des femmes prisonniers de leurs sentiments dichotomiques.

La mort selon Turner (prix Le Point du polar européen 2019) aurait pu être adapté par Michael Mann. Sam Peckinpah aurait adoré s’y coltiner.

À la fin, quand le désert retrouvera son calme, que le vent poussera les maigres herbes sur le disque de sel brûlant, il faudra beaucoup de volonté et d’estime de soi pour trouver un sens à tout cela. Mais peut-être qu’à un moment, quand on est allé trop loin, il faut aller jusqu’au bout. Ce roman d’une extrême violence marche sur les traces sublimes du western Impitoyable, de Clint Eastwood ou encore de L’homme des hautes plaines. D’ailleurs à un moment, on y trouve cette phrase que l’on prête à Confucius « Si tu veux la vengeance, creuse deux tombes. »

Ce roman va très loin, dans la violence (qui n’est jamais gratuite) mais aussi dans la réflexion sur les actes. Si loin que vous ne reviendrez peut-être pas.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Benjamin Legrand.

Seb.

La mort selon Turner, Tim Willocks, Sonatine / Pocket, 377 p. / 456p., 22€ / 7€95

Une confession, John Wainwright (Sonatine / 10/18) – Aurélie

John Duxbury tient un journal. Il nous y parle de son couple, de sa vie désabusée de quinquagénaire ayant « réussi » dans la vie mais qui ne supporte plus sa femme. Quand un week-end à deux tourne mal, sa vie est enfin bousculée.

Manque de bol pour lui, l’inspecteur Harker est le genre de flic qui ne lâche jamais rien…

Un face à face de haut niveau se construit tout au long du roman. J’ai été complètement scotchée par les révélations finales.

Ce polar n’a pas pris une ride depuis sa parution dans les années 80. Un pur bonheur. À ajouter d’urgence à la liste de vos prochaines lectures ! (Moi je l’ai déjà refilé à mon mari, je n’aurais peut-être pas dû, il me trouve quelques points de ressemblance avec la femme du narrateur…)

Traduit de l’anglais par Laurence Romance.

Aurélie.

Une confession, John Wainwright, 10/18, 312 p. , 7.80€.

Noir Mexique : Mictlan, Sébastien Rutès (Gallimard – La Noire) / Santa Muerte, Gabino Iglesias (Sonatine) – Yann

Si l’état actuel du monde peut allègrement servir de source d’inspiration aux prétendants de la catégorie polar, peu de pays se prêtent au roman noir autant que le Mexique. Gangs, cartels, militaires et flics corrompus, 35000 assassinats pour la seule année 2019, des autorités dépassées et/ou complices, des enfants armés, rien ne manque au tableau. C’est sur ce terreau fertile que prennent racine les deux romans qui nous intéressent aujourd’hui.

Réanimée en mars 2019, La Noire (chez Gallimard) avance à son rythme, privilégiant la qualité à la quantité. On aura donc ainsi eu le plaisir d’y lire Ron Rash, Hervé Prudon et William Gay. On pourra apprécier en ce début 2020 les textes de Sébastien Rutés et Shelby Foote.

Ce n’est pas par hasard que Sébastien Rutés situe son roman au Mexique : l’homme est en effet maître de conférences, spécialiste de la littérature policière hispano-américaine. Mictlan, c’est le lieu des morts, cet espace que parcourent les défunts afin d’y libérer leur âme. Ici, le Mictlan a pris les apparences d’un camion frigorifique, à bord duquel sont entassés cent cinquante sept cadavres enveloppés dans des sacs poubelles. Au volant, Gros et Vieux se relaient pour conduire, ayant pour seule consigne de ne jamais s’arrêter, hormis pour faire le plein d’essence et de nourriture. En pleine période d’élections, le Gouverneur a promis de mettre fin à la violence et souhaite donc faire disparaître ces corps encombrants jusqu’au scrutin. Les deux hommes ont donc pour charge de les soustraire aux statistiques (déjà chargées) du pays le temps que le peuple s’exprime. Mais, au royaume de l’insécurité, même un camion chargé de cadavres court le risque d’éveiller des convoitises…

Camion-morgue au Mexique, 2018 – Photo Ulises Ruiz

A partir de cet effroyable postulat basé sur un fait divers survenu en 2018, Sébastien Rutés construit un roman halluciné, sorte de voyage au bout de l’enfer, déroulant sans faiblir ni reprendre son souffle une première partie en forme de transe. Nous faisant partager tour à tour les réflexions de ces deux hommes condamnés à conduire, il livre un récit au rythme de la pensée, dans un vertige accentué par l’ambiance moite et mortifère qui règne ici. Le lecteur apprendra progressivement qui sont Gros et Vieux, quelle histoire est la leur. Chacun voyage avec ses fantômes et ses cauchemars, comme si les cadavres ne suffisaient pas.

« Tout va très vite. Comme toujours dans ce pays. Sauf le désert, qui prend son temps. la violence va vite. Elle ne laisse pas respirer. Elle ne laisse pas penser. La violence, c’est un sac en plastique sur la tête. et entre les moments de violence, tout s’arrête. Le pays, les gens. On vous retire le sac, on vous jette un grand seau d’eau glacée, on vous laisse là. Pour récupérer, respirer, penser. Mais ces moments entre les moments de violence sont rares et le meilleur usage qu’on peut en faire, c’est encore de se préparer à la violence à venir. »

Alternant une narration fluide et ininterrompue avec des chapitres plus courts et percutants, Sébastien Rutés parvient à donner à son récit des accélérations fulgurantes tout en se tenant au plus près de ses protagonistes. Le lecteur suivra ainsi les circonvolutions des cerveaux de Gros et de Vieux, ce mélange explosif de colère, de peur, de remords et de haine qui les mènera au bout de la route.

Véritable expérience de lecture, Mictlan s’avère une totale réussite, jetant sur 150 pages un texte à la fois vertigineux et oppressant ainsi qu’une peinture crue de la réalité du Mexique aujourd’hui. L’expression roman noir prend ici tout son sens et le texte de Sébastien Rutés trouve sa place au sein de cette collection de qualité.

Statue de la Santa Muerte, sainte patronne des délinquants et des parias – Photo Erin Lee.

Même s’il se déroule dans sa quasi totalité à Austin (Texas), Santa Muerte, premier roman de Gabino Iglesias, est indissociable du Mexique, dont est originaire Fernando, immigré clandestin et personnage central de ce texte aussi court qu’explosif.

Fernando a fui son pays après une fusillade au cours de laquelle plusieurs hommes sont morts. Peu de temps après son arrivée sur le sol américain, il se retrouve au service de Guillermo, caïd local ayant la mainmise sur le centre-ville d’Austin. Mais la concurrence est rude et le gang de la Salvatrucha a des prétentions sur le secteur… Fernando, pourtant habitué à côtoyer des durs, se retrouve confronté à un gang de cinglés capables de trancher une tête sans ciller. Santa Muerte, la protectrice des délinquants au Mexique ne sera pas de trop pour lui venir en aide …

Démarrant sur les chapeaux de roue par une scène au cours de laquelle Fernando verra un de ses complices décapité après avoir été progressivement amputé de ses doigts, Santa Muerte, au long de ses presque 180 pages, garde un rythme effréné et sera difficile à lire autrement que d’une traite. Venant d’un pays où croyances et superstitions font partie intégrante de la culture, Fernando en a surtout ramené une adoration sans faille pour Santa Muerte, à laquelle il adresse régulièrement des prières tout au long du récit. La spiritualité ayant ses limites, il se verra contraint d’appeler quelques gros bras à la rescousse. Amateurs de dentelle, fuyez !

Si Santa Muerte a tous les attributs d’un roman noir et en utilise brillamment les codes, c’est aussi le portrait d’un homme (et, à travers lui, de milliers d’hommes et femmes) profondément attaché à son pays d’origine malgré l’exil forcé et qui peine à se retrouver dans les valeurs de sa terre d’accueil. Récit bourré d’adrénaline et d’humour, le premier roman de Gabino Iglésias se teinte volontiers d’amertume et de mélancolie à l’évocation du pays natal et livre un final une véritable curiosité littéraire, à la violence désenchantée.

Yann.

Mictlan, Sébastien Rutés, Gallimard, collection La Noire, 153 p., 17€

Santa Muerte, Gabino Iglésias, Sonatine, traduction Pierre Szczeciner, 180 p., 20€.