Entre toutes les mères, Ashley Audrain (Lattès) – Aurélie

Blythe a eu une enfance difficile, comme sa mère avant elle. Quand elle rencontre l’homme qui deviendra son mari, elle verrouille son passé et décide qu’elle sera une nouvelle femme, qu’elle ne reproduira pas certaines erreurs qui semblent se transmettre de mère en fille dans sa famille.

Après quelques années de bonheur, son 1er accouchement réintroduit l’angoisse profonde qu’elle avait enfouie et elle sent très vite que l’attachement à sa fille n’est pas naturel, il lui semble même impossible à construire.

On se sent mal aux côtés de cette mère qui aurait préféré ne pas le devenir, mal pour cette petite fille qui semble ne pas recevoir tout l’amour qu’elle mérite. Mais petit à petit, on glisse vers une réalité qu’on aurait voulu ne jamais découvrir. Une tension énorme s’installe pour ne plus nous lâcher et les quelques années que nous partageons avec cette famille finissent par ressembler au pire des cauchemars…

Tout au long de ma lecture j’ai pensé à Julia Kerninon, la traductrice, me représentant le challenge énorme qu’a dû être cette traduction en étant jeune maman. Est-ce que comme moi, elle a eu envie des dizaines de fois de serrer Blythe contre elle ? D’ouvrir les yeux à tout ce petit monde tout en tremblant pour les enfants qui traversent ce roman ?

Ce page turner glaçant est un rendez-vous livresque à ne pas manquer !

Aurélie.

Entre toutes les mères, Ashley Audrain, éditions J.C. Lattès, 400 p. , 21€90.

Trois femmes, Lisa Taddeo, (JC Lattès) – Aurélie

Même s’il se lit comme un roman, il n’en est pas un. Ce texte est le résultat d’entretiens durant lesquels trois femmes se sont confiées de façon très intimes à l’autrice.

Trois femmes qui s’expriment sans tabou, affirmant leur désir, leurs blessures, leurs certitudes mais aussi souvent leurs doutes concernant une sexualité qu’elles doivent subir, cacher ou savoir revendiquer. Maggie, Lina et Sloane ont des parcours tous différents mais partagent le fait d’être sous l’emprise d’un ou de plusieurs hommes.

Lisa Taddeo le dit bien dans son introduction, elle nous propose une vision tronquée des choses, on est uniquement du côté de femmes qui ont besoin de raconter leur vérité et qui osent le faire. Le pendant masculin reste à distance et c’est bien pour cela qu’on prend autant de plaisir à cette lecture : la voix de ces trois femmes, sans censure, en toute transparence est infiniment rare et précieuse.

En tant que libraire, je vais le placer entre de nombreuses mains, autant pour sa portée féministe que pour la délicatesse qui habite ses pages où tout est dit mais rien ne choque.

Traduit de l’américain par Luc Dutour.

Aurélie.

Trois femmes, Lisa Taddeo, éditions Lattès, 408 p. , 22€90.

Et toujours les forêts, Sandrine Collette (JC Lattès) – Aurélie

La première merveille de la rentrée de janvier est sortie le… 31 décembre.

C’est avec beaucoup d’appréhensions que je suis entrée dans ce texte. Moi qui ai aimé tous ses romans, j’avais été déçue par le petit dernier de Sandrine Collette… Mais là, au bout de quelques pages, il ne subsistait rien de mes doutes, l’évidence d’être face à un grand roman : quel souffle ! Quelle plume ! Quels personnages ! En quelques chapitres, j’étais déjà complètement happée par cette catastrophe pressentie qui allait bientôt m’engloutir en même temps que le reste du monde.

Comme dans deux de ses livres précédents qui m’avaient marquée, Sandrine Collette s’intéresse au futur ou plutôt questionne la possibilité d’un futur dans un monde qu’elle imagine renversé par la nature tout autant que par la folie des hommes. Mais elle le fait ici de façon beaucoup plus poussée et nous emmène très loin avec elle dans un territoire de cendres où Corentin n’aura de cesse de percevoir des signes d’un renouveau pour lui et pour ses proches.

J’ai retrouvé dans ces lignes les personnages âpres de l’autrice, des huis-clos angoissants, cette noirceur de l’âme. Mais j’ai aussi découvert une sensibilité beaucoup plus poussée dans son écriture. Un attachement aux tout petits détails qui rendent un monde de papier palpable. Et puis, malgré ces nuages omniprésents, une faible et douce lueur qu’elle s’autorise à laisser échapper de ses personnages, une lueur qui ressemble fort à de l’espoir.

Voilà, rien sur l’histoire en elle-même, elle doit se découvrir au fil des pages, vous devez faire le chemin aux côtés de Corentin en étant vous aussi ignorants de ce qui l’attend, vos sensations de lecture n’en seront que meilleures.

Aurélie.

Et toujours les forêts, Sandrine Collette, JC Lattès, 334 p., 20€.