Les Contreforts, Guillaume Sire (Calmann-Lévy) – Aurélie

Guillaume Sire nous propose ici une véritable tragi-comédie à la force aussi impressionnante que les orages démentiels qui frappent le château de Montrafet et son domaine dans le roman.

Léon de Testasecca, sa femme et ses deux grands enfants sont les derniers héritiers d’un imposant château fort tombant en ruine près de Carcassonne. Un arrêté de péril a été déposé, ils n’ont plus les moyens d’entretenir et de rénover correctement le château, ils vont être expropriés s’ils ne trouvent pas une solution miraculeuse très vite.

Dans cette famille, on n’a jamais rien fait comme les autres et cela pourrait tout autant les sauver que les enfoncer plus profondément dans une situation inextricable. Léon, surnommé le Minotaure, passe d’un projet fou à un autre, est incroyablement borné et joue des poings même (surtout) quand il ferait mieux de s’abstenir. Diane se perd dans les démarches administratives et épuise ses forces à maintenir l’énergie folle de son mari. Pierre a survécu enfant à un terrible orage et est devenu une sorte de bête curieuse que les gens du village regardent de loin avec crainte. Clémence, autodidacte impressionnante, fait tout depuis toujours pour protéger son petit frère et pour réparer avec une incroyable détermination la moindre faille qui pourrait s’avérer fatale pour le château.

Et puis il y a tous ceux qui tournent autour de Montrafet, les villageois plus ou moins bien intentionnés, Rachtouille, Jeannot, les gendarmes, l’architecte Tavernier… sans oublier les chevreuils, animaux de bien mauvais augure sur lesquels il faudra garder un oeil…

Voilà, les personnages et la situation initiale sont posés. Préparez-vous aux trois coups avant d’entrer dans le 1er acte. Préparez-vous à un humour mordant, des personnalités hors-normes, des péripéties qui se multiplient et surtout un lien familial défiant l’entendement.

Après son formidable roman Avant la longue flamme rouge, j’attendais l’auteur de pied ferme. Il m’a surprise, séduite, transportée avec ce nouveau livre. Un des mes énormes coups de coeur de cette rentrée qui ensoleille déjà les tables de vos libraires !

Aurélie.

Les Contreforts, Guillaume Sire, Calmann-Levy, 342 p. , 19€90.

Avant la longue flamme rouge, Guillaume Sire (Calmann-Lévy) – Aurélie

Saravouth a onze ans quand débute le roman. Il devrait quitter l’enfance pour l’adolescence mais c’est un âge de chaos qui l’attend alors que la guerre civile s’intensifie au Cambodge au début des années 70.

Sa force ? Un esprit particulièrement vif qui s’est nourri auprès des parties d’échecs disputées avec son père, des lectures partagées avec sa mère et d’un lien tissé avec sa petite soeur autour d’une imagination fertile.

C’est armé de ce seul bagage culturel et d’une bonne dose d’amour filial qu’il va devoir traverser les rivages des contrées sauvages de son pays, de la folie humaine, les séquelles physiques de son aventure et un sentiment de perte ravageur.

Ce destin tragique, digne de L’Odyssée dont les personnages l’accompagnent tout au long du roman, est inspiré de faits réels. Incroyable et pourtant parfait exemple de ce que le romanesque peut nous offrir de plus beau : une fenêtre sur les pans les plus sombres de notre Histoire mêlée à une force littéraire qui sublime un personnage à mille lieues de nous mais qu’on aimerait pouvoir serrer dans nos bras.

Bravo Guillaume Sire pour ce texte qui cheville littéralement le lecteur au corps et au coeur malmenés d’un héros comme on en fait peu de nos jours.

Aurélie.

Avant la longue flamme rouge, Guillaume Sire, Calmann-Lévy, 331 p. , 19€50.