Bienvenue à Meurtreville, André Marois (Le Mot et le Reste) – Fanny

Photo : Fanny Nowak.

Mandeville est une municipalité du Québec, située dans la région de Lanaudière. C’était un ancien village forestier situé sur les contreforts des Laurentides, à la jonction des hautes terres de la plaine de Montréal. La ville est placée sur les bords de de la rivière Mastigouche et recouvre une superficie d’environ 331 kilomètres carrés, peuplée de 2300 Mandevilloises et Mandevillois.
Comme écrit sur le site: « Tel un arbre, chaque citoyen apporte sa contribution au tronc commun formé par la municipalité ».
C’est beau comme une carte postale.

Seulement c’est « icitte » qu’André Marois décide d’aller gratouiller quelques plates-bandes avant de prendre sa hache pour y abattre quelques branches pourries. L’homme ne fait pas dans la dentelle et le polar c’est son dada.
C’est ainsi qu’une – trop – paisible bourgade devient le lieu d’une incroyable série de meurtres et il n’y a qu’un champ – de cannabis – pour passer de Mandeville à « Meurtreville ».

Réjean, le brave garagiste du coin, se rend à la mairie pour demander un fonds d’aide solidaire car la clientèle n’est plus au rendez-vous, l’activité est en berne, il faudrait faire revenir du monde dans le coin et prendre le pistolet à la pompe à défaut du taureau par les cornes.
C’est Madame Pesant, la secrétaire-trésorière, spécialiste des finances, qui, tout à fait innocemment, telle la maman de Bambi venue paître dans la verte prairie, va faire apparaître le point de départ d’une course macabre.

André Marois soigne sa mise en scène, ses personnages, fait dans l’ironie décalée et le faussement doucereux. Après les « desperate housewives », voici les « desperate municipal councillors » ou comment casser le vernis des apparences tout en se comportant comme un honnête citoyen prêt à rendre service pour le meilleur…et le pire…mais pour le meilleur hein, faudrait pas l’oublier.
La folie douce n’est donc pas loin et tu assisteras, ébahi(e), à la naissance d’un serial killer pas piqué des hannetons.

« Il se sent floué. On lui a volé son idée. On a même risqué de tout foutre en l’air. Heureusement qu’il était là pour sauver la situation. Mais ça ne se passera pas comme ça. On ne peut pas tuer un être humain pour rien. Ni gaspiller trois beaux cadavres avec un quatrième bâclé. La vie est précieuse. »

Te voilà prévenu(e), la vie peut être excitante à Meurtreville, surtout lorsqu’on n’est pas dans le viseur du tueur, ou sa pelle, c’est selon l’ambiance du moment.

Bienvenue à Meurtreville  joue avec les codes, les déjoue aussi, c’est un petit roman noir drôlement bien ficelé où quelques grammes en plus de démence ne m’auraient franchement pas déplu.
Si tu veux donc savoir comment on devient tueur au détour d’une tasse de café noir ou comment disposer agréablement des chrysanthèmes autour d’un corps, ou prendre les imbéciles pour ce qu’ils sont, eh bien  Bienvenue à Meurtreville  est fait pour toi. De quoi jaser et te faire doucement au joual, tout à fait plaisant donc 😉

Fanny.

Bienvenue à Meurtreville, André Marois, Le Mot et le Reste, 150 p. , 15€.