39 bonnes raisons de transformer des obsèques hawaiiennes en beuverie – Kristiana Kahakauwila (Au Vent des îles) – Yann

Au moment d’attaquer cette chronique par quelques lignes du genre « jeune maison spécialisée dans les littératures de l’Océanie bla bla bla … », un léger doute m’incite à jeter un oeil au site du Vent des îles pour y apprendre que la jeune maison en question fête ses trente ans cette année et propose un catalogue d’environ 150 titres, aussi bien en littérature qu’en beaux livres, guides touristiques, jeunesse ou sciences humaines. Bref, nous n’avons pas affaire ici à des perdreaux de l’année et l’on ne pourra que se réjouir de les découvrir à travers ce recueil de nouvelles dont le titre est un vrai programme à lui seul.

Hawaï (ou Hawaii), c’est un peu moins de 1 500 000 habitants répartis sur 28337 km² dont 16649 km² de terres (source : Wikipédia). Situé à 2500 km des côtes de Californie, l’archipel, américain depuis 1959, règne sur le Pacifique Nord, loin de l’Alaska comme du Japon. À part ça, Hawaï est connu chez nous pour le surf et pour Barack Obama. Point.

Photo : Sheila Carson.

Le lecteur n’en saura pas davantage sur les spécificités géographiques, biologiques ou météorologiques de l’archipel en lisant ce recueil pour la simple et bonne raison que Kristiana Kahakauwila ne fait pas dans la carte postale ni dans le dépliant touristique. Elle préfère au contraire gratter là où ça démange, plus à l’aise dans l’obscurité qu’à la lumière. 39 bonnes raisons de transformer des obsèques hawaiiennes en beuverie (ce titre, ce titre !), ce sont six nouvelles pour à peine plus de 200 pages. Si le dépaysement est garanti, ce n’est sûrement pas celui auquel on pourrait s’attendre. Dès les premières lignes de C’est le paradis, l’autrice donne voix aux femmes de ménage d’un grand hôtel de Waïkiki ainsi qu’à un groupe d’amies plus privilégiées. Leurs chemins croiseront celui d’une jeune touriste blanche dont le séjour va tourner au cauchemar. En opposant les regards des autochtones (aisées ou précaires) à ceux que posent les visiteurs sur l’archipel, Kristiana Kahakauwila fait exploser les clichés et donne à voir la version sombre de ce qui n’est un paradis que pour celles et ceux qui n’y vivent pas.

Photo : Anne-Christine Tremon.

Wanle s’attarde sur un autre aspect propre à Hawaii : cette passion sans limite pour les combats de coq (à ce titre, on pourra relire l’excellent Île invisible paru chez Asphalte, même si celui-ci se déroule au large du Vénézuela). Poi Dog, la narratrice, ainsi surnommée par son amant L’Indien, a pris la suite de son père après que celui-ci a été assassiné. Rongée par le désir de vengeance, écartelée entre sa fascination pour les coqs et son amour pour L’Indien, Poi Dog doit faire des choix et accepter de voir éclater l’image idéale qu’elle gardait de son géniteur.

Photo : Michal McClure.

Dans La route de Hãna, c’est un couple qui fait peu à peu le constat de son échec tandis que À la bonne vieille manière des paniolos (éleveur de bétail) voit un homosexuel tenter de faire son coming out auprès de son père en fin de vie.

Résumer ainsi ces nouvelles ne rend absolument pas compte de la tendresse et de la douceur que Kristiana Kahakauwila insuffle dans chacune d’entre elles ni de la constance avec laquelle elle interroge les notions d’origine et les liens familiaux. L’identité est au coeur de ses nouvelles, souvent mise à mal par les déménagements (un Hawaiien qui s’installe en Californie reste-t-il un Hawaiien ?) ou par le tourisme et les clichés qu’il véhicule. Entre tradition et modernité, l’archipel doit trouver sa voie et il en est de même pour pour celles et ceux qui y sont nés. Quelles que puissent être les spécificités de cet état, les faiblesses et les petites lâchetés humaines y sont les mêmes qu’ailleurs. L’amour également car, et c’est ce qui permet à ce recueil de dégager sa propre lumière, il y a sa place lui aussi et Kristiana Kahakauwila en est pleinement consciente.

Une très belle réussite qui nous incitera à guetter désormais avec attention les prochaines propositions de cette maison à laquelle on souhaite un excellent anniversaire.

« Nous terminons le service à quatorze heures et sortons de l’hôtel par le sous-sol, dans un tunnel étouffant qui sent les lingettes adoucissantes. C’est là que se niche le bureau du personnel d’entretien, à l’abri du regard des touristes qui empruntent le hall principal. De là, nous ne pouvons pas entendre les claquements de leurs sandales sur le marbre poli, ni voir leurs yeux s’écarquiller en apercevant le Pacifique pour la première fois à travers les baies vitrées du lanai. Notre sortie donne sur un trottoir maculé de vieux chewing-gums et de l’éclaboussure rouge pâle d’un sorbet renversé. »

Yann.

39 bonnes raisons de transformer des obsèques hawaiiennes en beuverie, Kristiana Kahakauwila, Au Vent des îles, 221 p. , 19€.

Polaroid de chez In8 : Bonnie Joe Campbell, Marcus Malte, Carlos Salem, Pascal Garnier – Yann

On a déjà eu plusieurs occasions de parler ici du travail des petites mais travailleuses Éditions In8 : avec Marion Brunet, Cyril Herry ou Nicolas Mathieu, en particulier à travers leur collection Polaroid sur laquelle on s’attardera un peu plus aujourd’hui.

Créée en 2010, cette collection de courts textes est dirigée par Marc Villard, auteur qu’il nous semble inutile de présenter tant il est indissociable de l’univers du roman noir hexagonal depuis des années. Une grosse trentaine de titres publiés en douze ans, c’est peu mais Polaroid privilégie la qualité à la quantité, ce qui lui permet de présenter aujourd’hui un catalogue plutôt impressionnant au sein duquel se côtoient des pointures comme Marin Ledun, Jean-Bernard Pouy, Carlos Salem ou Marcus Malte et des auteur(e)s plus confidentiels à découvrir comme Dominique Delahaye, Anne Secret ou Jérémy Bouquin. Alors, on a eu envie de s’y plonger un peu, picorant un titre par-ci un titre par-là et il faut bien dire que l’ensemble est largement à la hauteur de nos attentes. Quatre mini-chroniques, donc, pour une grande collection que tout amateur de polar se doit d’avoir dans sa bibliothèque.

Ramener Belle au bercail, Bonnie Joe Campbell

Les quatre nouvelles qui composent ce petit livre sont extraites d’un recueil plus important publié aux États-Unis en 2009 sous le titre American Salvage qui fut à l’époque finaliste de deux des plus grands prix littéraires américains : le National Book Award et le National Book Critics Circle Award. À la lecture des micro chefs d’oeuvre que sont L’Inventeur,1972 ou Ramener Belle au bercail, on en viendrait vite à regretter cette amputation du recueil originel. Car il ne fait aucun doute que l’on tient là une voix comme on les aime, rugueuse et sensible à la fois, que l’on imagine posée sur un fond de guitare acoustique quelque part dans les grands espaces du Michigan. Bonnie Joe Campbell convainc très vite, avance ses mots avec l’assurance de quelqu’un qui n’ a rien à perdre.

Très loin du mythique american dream dont, même ici, nous avons tous entendu parler, les personnages de Bonnie Joe Campbell se confrontent à la solitude, à l’alcool et à la violence, parfois même à la mort. Ses histoires sont peuplées de fantômes, de jeunes filles perdues, d’hommes dépassés par ce que devient leur vie. Dans une Amérique rurale dont la rude beauté surplombe des destins brisés ou sur le point de l’être, l’important est de survivre, qu’importent les moyens que l’on utilise pour y parvenir.

« La tête et les poumons du chasseur étaient ce matin-là remplis à ras bord d’un air froid et pur et il eut la sensation que les cinq chevreuils allaient se retourner à l’unisson pour le regarder ou bien s’élancer dans les airs et se mettre à voler. Il avait chaud dans sa combinaison de ski et il se rappelle la sensation éprouvée dans son corps, la langueur du sommeil, l’agilité, la souplesse de ses muscles pareille à celle du cerf. Puis un coup de feu avait retenti bien que le chasseur n’eût pas tiré et un feu d’artifice orange avait explosé à la surface de la glace. Une seconde fusée avait décrit un arc de cercle au-dessus de l’étang en sifflant et fumant, en crachant des étincelles. À ce bruit, les cinq corps, les vingt pattes s’étaient mises en branle simultanément, oubliant leurs tâtonnements, et les chevreuils avaient bondi par-dessus la tache sombre pour gagner la rive couverte de neige où ils s’étaient mis à courir chacun pour soi. Une autre fusée s’était envolée, couvrant d’une bruine orange le froissement de la neige sous leurs sabots. – Espèce d’enfoiré ! avait hurlé le chasseur. Le son clair de sa voix dans l’air froid du petit matin lui avait plu. – Raclure ! »

Nouvelles traduites de l’anglais (États-Unis) par Françoise Smith.

Cannisses, Marcus Malte

Révélé au grand public avec le succès de Garden of love (Zulma 2007) et son prix des lectrices de Elle catégorie roman policier, Marcus Malte a obtenu le Fémina 2016 pour Le Garçon, toujours chez Zulma. Aussi à l’aise en littérature jeunesse qu’en noire ou en blanche, c’est un fidèle à la maison In8 puisqu’il y a publié deux romans, un recueil de nouvelles et participé à une anthologie (Femmes en colère, 2013) aux côtés de Marc Villard, Didier Daeninckx et Dominique Sylvain.

Cannisses (2012) est un (très) court roman, pour ne pas dire une novella, puisqu’il atteint à peine les 80 pages. Mais quelles pages ! Le narrateur vit quelque part dans un lotissement de province avec ses deux fils qu’il tente d’élever après la mort de leur mère dont il ne parvient pas à se remettre. Les yeux rivés sur la maison d’en face, celle qu’ils avaient failli choisir au moment de s’installer, il observe le jeune couple qui l’ a achetée depuis et y vit heureux avec sa petite fille. Rongé par la tristesse, l’homme glisse peu à peu vers la jalousie, persuadé d’avoir droit lui aussi au bonheur. Une seule solution semble pouvoir le lui permettre : échanger sa maison contre celle des voisins. Ceux-ci, malheureusement, ne semblent pas partager sa vision des choses.

Obsessionnel, tout en tension, Cannisses se lit d’une traite, quasiment sans reprendre son souffle. Cette plongée dans un cerveau gangréné par le chagrin puis l’envie, la rancoeur et la haine impressionne et secoue sans ménagement. Marcus Malte y détaille sans fioriture le cheminement d’un homme qui sombre peu à peu dans la folie et se montre prêt à tout pour que le monde se conforme à la vision qu’il en a. Glaçant.

« En face, tout est éteint. la villa est plongée dans le noir. Lui, il dort comme un bébé. Insouciant. Dans le même lit que sa femme. Et la gamine dans la chambre à côté. Ils respirent. Ils sont vivants. Peut-être qu’ils rêvent. Tout est calme et tranquille dans la maison du bonheur. Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ça ? »

Japonais grillés, Carlos Salem

Alors lui, on l’aime bien, même si ses romans sont parfois inégaux, un peu foutraques; il nous avait tellement touchés avec Je reste roi d’Espagne (Actes Noirs 2011 / Babel 2013) que l’on fait preuve d’indulgence quand il nous semble ne pas être à la hauteur. Nager sans se mouiller ou Un jambon calibre 45 (Actes Noirs / Babel) sont également éminemment recommandables.

Autant le dire tout de suite, les cinq nouvelles proposées ici sont dans la lignée des romans précités , inutile de s’attendre à des effets de style ou à un changement de ton, Salem fait du Salem et ceux qui l’aimaient déjà continueront. Quant aux autres …

Sur les trottoirs de Barcelone et Madrid, au fond de bars plus ou moins glauques se croisent des personnages tout droit sortis d’un roman de James Crumley. Parfois les conversations finissent en pugilat, parfois en cuite carabinée. L’humour et la nostalgie imprègnent chacun de ces textes, la mélancolie de Carlos Salem affleure derrière chacun de ses mots et il parvient encore une fois à nous attendrir après nous avoir faits sourire. Le charme opère, laissons-nous faire.

« Le journal annonçait vingt-sept japonais grillés alors qu’au bistrot de la Plaza Mayor, j’avais compté cinquante-six pieds. Devine qui on avait loupé … »

Nouvelles traduites de l’espagnol par Judith Vernant.

Vieux Bob, Pascal Garnier

Riche d’un bon paquet de titres, l’oeuvre de Pascal Garnier (décédé en 2010) se partage entre littérature jeunesse d’un côté et romans et recueils de nouvelles nettement moins jeunesse de l’autre. Vieux Bob rentre dans cette dernière catégorie et nous offre neuf nouvelles dont la première, Elle et lui, donne un impressionnant aperçu de la noirceur dont est capable l’auteur. Après ce choc initial, le lecteur aborde chaque chaque nouvelle avec prudence, se demandant où va le mener le récit.  Mais, et c’est là une des forces de Pascal Garnier, que son éditeur définit comme un « entomologiste sentimental », le drame n’est pas omniprésent ni systématique. Même si persiste l’impression d’être sur un fil, un point de bascule, certaines histoires de ce recueil filent tranquillement jusqu’à leur conclusion, sans se sentir obligées de nous bousculer. La douceur, curieusement, n’est pas absente non plus, voire une certaine tendresse envers ces personnages, parfois malmenés par la vie, parfois en quête d’un je ne sais quoi qui les sorte un peu de leur quotidien morose. C’est peut-être là le point commun le plus évident, le fil qui relierait ces histoires : la solitude, l’envie que quelque chose se passe, que l’ennui soit, même momentanément, tenu à distance. Ça et le besoin d’être aimé.

On croisera au fil de ces nouvelles un vieux chien incontinent confronté à la connerie humaine (Vieux Bob), un vacancier solitaire fasciné par la famille installée à ses côtés sur la plage, deux adolescents vivant leurs premiers émois, une femme tentée de tout quitter ou un simple d’esprit fasciné par les avions … Que ce soit d’amour, de reconnaissance ou de tranquillité, d’apaisement, les personnages de Pascal Garnier semblent en déséquilibre dans leur vie. Il a l’art de les surprendre et de les peindre à un moment où la situation leur échappe ou, au contraire, quand ils parviennent (plus rarement) à prendre en main leur destinée.

Pétrie d’humanité, la petite musique qui se dégage de ces nouvelles a le don d’émouvoir autant que de glacer, à l’image de l’être humain, dont on ne sait jamais avec certitude comment il va se comporter, entre raison et folie, résignation et combativité. Et nous d’adopter l’ « entomologiste sentimental ».

Yann.

Ramener Belle au bercail, Bonnie Joe Campbell, 94 p. , 12€.

Cannisses, Marcus Malte, 80 p. , 8€90.

Japonais grillés, Carlos Salem, 74 p. , 12€.

Vieux Bob, Pascal Garnier, 98 p , 12€.

Les derniers jours des fauves, Jérôme Leroy (La Manufacture de Livres) – Yann

Présent depuis plus de trente ans dans le paysage littéraire français, capable d’écrire des romans (très) noirs comme de la poésie ou des textes destinés à la jeunesse, communiste fidèle et convaincu, Jérôme Leroy cultive néanmoins une discrétion certaine et une modestie que l’on apprécie par ici. Récompensé à plusieurs reprises, il a depuis longtemps déjà prouvé sa capacité à nous surprendre et à nous toucher. Enseignant en ZEP durant une vingtaine d’années, l’homme a l’expérience du terrain et chacun de ses textes en est imprégné.

Dans sa veine noire, Le Bloc (Série Noire 2011 / Folio Policier 2013) puis L’Ange gardien (Série Noire 2014 / Folio Policier 2016) avaient révélé sa capacité à livrer des récits particulièrement réalistes dans lesquels il mêlait avec brio trame politique et codes du polar, préoccupations sociales et sens du récit. Très attentif aux dérives et replis identitaires de notre société, Jérôme Leroy enfonçait le clou en 2018 avec La Petite gauloise (La Manufacture de Livres / Folio Policier en 2019), récit explosif dans tous les sens du terme. C’est peu dire, donc, que l’on reçoit avec délectation ces Derniers jours des fauves, présenté par son éditeur comme « le grand roman des coulisses du pouvoir » ce qui, après lecture, ne semble finalement pas si exagéré. Entre crise des Gilets Jaunes, pandémie et attentats, ce sont ces cinq dernières années qui servent de toile de fond à cette fiction politique.

Manifestation de Gilets Jaunes à Rochefort, le 24/11/2018. Photo : Xavier Leoty.

« Nathalie Séchard, celle qui incarna l’espoir de renouveau à la tête de l’État, a décidé de jeter l’éponge et de ne pas briguer un second mandat. La succession présidentielle est ouverte. Au sein du gouvernement commence alors un jeu sans pitié. Dans une France épuisée par deux ans de combat contre la pandémie, les antivax manifestent, les forces de police font appliquer un confinement drastique, les émeutes se multiplient. Le chaos s’installe. Et Clio, vingt ans, normalienne d’ultra-gauche, fille d’un prétendant à la présidence, devient une cible … » (4ème de couverture).

Jérôme Leroy donne le ton avec une scène d’ouverture particulièrement réussie qui réussit la synthèse de ce que l’on aimera finalement dans ce roman, à savoir ce mélange d’ironie mordante et d’analyse affûtée d’un côté, d’humanité et de sensualité de l’autre. Car, tout fauves qu’ils soient, ses protagonistes sont faits de chair et de sang, avec ce que cette notion implique de fragilité voire de faiblesse. Et Leroy prend un malin plaisir à parsemer son récit de détails charnels, potentiellement érotiques, parfaits penchants à la froideur administrative et à l’insensibilité apparente qui règnent dans les officines du pouvoir (dont le sexe est un des attributs, il convient de s’en souvenir).

Photo : DR.

Scrutateur attentif d’une société en proie au doute, Leroy dissèque les pratiques de la classe dirigeante, entre tractations et compromis, franches magouilles et mauvais coups. Cyniques, opportunistes, impitoyables, les hommes et femmes politiques qu’il met en scène ont été inspirés de ceux qui nous gouvernent et gravitent dans les cercles du pouvoir depuis plus ou moins longtemps. Le lecteur se fera un malin plaisir de rendre à chacun(e) son vrai visage et son identité officielle. Ici, peu de place pour les idéaux, c’est plutôt la realpolitik qui prévaut, au détriment des illusions que l’on peut encore entretenir en début de carrière. Et de la politique au crime, il n’y a souvent qu’un pas, que certains ici n’hésiteront pas à franchir, donnant à Jérôme Leroy l’occasion de brusques embardées dans son récit et nous rappelant par la même occasion que Les derniers jours des fauves est un très bon polar en plus d’être un grand thriller politique.

Féroce et souvent drôle, noir et tendu, parsemé d’éclats de sensualité et imprégné d’une empathie certaine envers ses personnages, y compris les pires crapules, Les derniers jours des fauves débride ce début d’année tout au long de ses 430 pages et Jérôme Leroy s’y montre étourdissant de facilité et de maîtrise, largement à la hauteur d’un Manchette ou d’un Fajardie pour lesquels il n’a jamais fait mystère de son admiration. Tout le monde en prend pour son grade, rarement jeu de massacre aura provoqué autant de jubilation, rarement encore on aura vu romancier capter aussi finement l’air du temps et ce qui ressemble de façon troublante à la fin d’un monde, le nôtre.

« S’ils sont moins cons qu’au Bloc, ou d’une autre espèce de connerie, ils sont infoutus d’affronter le suffrage universel avec leurs têtes caricaturales de hauts fonctionnaires qui ont pantouflé dans le privé ou de créateurs de start-up qui confondent la nation et un open space où on se tutoie entre salaires à cinq ou six chiffres. Sans compter cette arrogance de classe qui a été du sel sur les plaies des Gilets Jaunes et qui leur a coûté si cher. »

Yann.

Les derniers jours des fauves, Jérôme Leroy, La Manufacture de Livres, 430 p. , 20€90.

Typhon / Lord Jim, Joseph Conrad (Autrement) – Yann et Seb

« Penché sur la table, la plume en l’air, il jeta un coup d’oeil par la porte et, dans cet espace libre, vit dans le chambranle en bois de teck toutes les étoiles s’envoler sur le ciel noir. Elles prirent leur essor toutes en même temps et disparurent, laissant seulement une obscurité piquée d’éclairs blancs, car la mer était aussi noire que le ciel et parsemée d’écume dans le lointain. Les étoiles qui avaient fui avec le roulis revinrent avec le mouvement contraire du navire, précipitant vers le bas leur multitude scintillante, non pas comme des petits points brillants, mais transformées en cercles minuscules luisant d’un éclat vif et mouillé. »

Poursuivant leur travail de réédition des oeuvres de Conrad, les éditions Autrement proposent avec ce 25ème titre un petit chef d’oeuvre de concision, un texte travaillé, ciselé, qui, en moins de 200 pages, donne un aperçu vertigineux du talent de son auteur. Il est bon de rappeler, comme le fait Mathias Enard dans sa préface, que l’auteur ukrainien parlait couramment le français (avec un fort accent marseillais) mais avait très vite choisi l’anglais comme langue d’écriture, lui qui avait adopté la nationalité britannique a à peine trente ans.

Après une carrière maritime qui lui permit de bourlinguer à travers les mers et océans durant plus de quinze ans, Conrad se décida, faute de nouvel engagement, à se consacrer à l’écriture afin de pourvoir à ses besoins. Écrit en 1903, précédemment traduit par André Gide en 1918, Typhon est ici présenté dans la traduction d’Odette Lamolle de 1998.

Joseph Conrad (1er plan) à bord du Ready, 1916. Crédit photo inconnu.

Alors qu’il se rend en Chine « chargé de fret dans ses soutes inférieures et de deux cents coolies chinois qui revenaient dans leurs villages », le Nan-Shan, commandé par le capitaine MacWhirr, est pris dans une tempête d’une rare violence au cours de laquelle le capitaine et son équipage vont tenter de résister à la fureur des éléments.

Ainsi résumée, l’intrigue de Typhon semble promettre un « roman de mer », un récit d’aventures maritimes de plus mais il serait fâcheux de le réduire à cette dimension tant il s’agit ici avant tout d’une histoire d’hommes. Au sujet de MacWhirr, ces mots de Conrad sont repris dans la préface :  » MacWhirr n’est pas un homme que j’ai côtoyé pendant quelques heures, quelques semaines ou quelques mois . Il est le produit de vingt années de ma vie. » S’inspirant librement d’une vie riche d’expériences, de rencontres et d’aventures, Conrad en imprègne chaque ligne de son roman et les portraits qu’il livre ici ont une épaisseur palpable et se tiennent devant nous jusqu’au plus fort de la tempête. Mais c’est évidemment la présence dans les cales du bateau de ces deux cents coolies chinois qui donne au drame sa véritable dimension. Ramenant au village les économies durement réalisées pendant des mois de labeur à des kilomètres de chez eux, les pauvres hommes deviennent l’enjeu de cet affrontement entre l’équipage et la furie des éléments, ajoutant une part de chaos à une situation déjà hors de contrôle.

Profondément humain, Conrad parvient également à saisir la poésie, l’obscure beauté qui se dégage de la tempête. Il livre ainsi des pages splendides et nous fait toucher du doigt la façon dont la météo évolue, passant d’une sombre menace à un déchaînement impitoyable au coeur duquel le navire et ses hommes sont secoués sans ménagement.

PHOTO : AP/YONHAP, KIM HO-CHEON.

« Le soleil, lorsqu’il se coucha, avait un diamètre réduit et un éclat brunâtre, expirant sans rayons, comme si des millions de siècles s’étaient écoulés depuis le matin et que sa dernière heure fut venue. Une bande compacte de nuages apparut u nord, d’une sinistre teinte olive foncé; bas et immobiles sur la mer, ils ressemblaient à un obstacle solide sur la route du navire, qui se traînait vers eux comme une créature épuisée conduite à la mort. Le crépuscule cuivré s’éteignit sans hâte et l’obscurité amena au-dessus des têtes un essaim de grosses étoiles instables, qui rougeoyaient comme si on leur soufflai dessus et avaient l’air d’être suspendues tout près de la terre. »

Il faut lire ou relire Conrad pour la beauté des ses pages et le dépaysement parfois brutal qu’elles offrent, en plus d’une plongée dans les méandres de l’âme humaine. Essentiel.

Traduit de l’anglais par Odette Lamolle.

Yann.

Typhon, Joseph Conrad, Autrement, 181 p. , 8€.

Lord Jim

Il vit un grain noir qui, en silence, avait mangé un tiers du ciel. Vous savez comme ces grains surgissent là-bas vers cette époque de l’année. On voit d’abord l’horizon qui s’assombrit – rien de plus ; puis se lève un nuage opaque comme un mur. Une frange nébuleuse, striée de lueurs blafardes et plombées, monte à toute vitesse du sud-ouest, dévorant les étoiles par constellations entières ; son ombre couvre les eaux en un rien de temps et confond ciel et mer en un unique abîme d’obscurité. Et tout est silencieux. Pas de tonnerre, pas de vent, pas un bruit, pas une lueur d’éclair.

Puis, dans l’immensité ténébreuse, apparaît une arche livide ; une ou deux levées de houle passent qui sont comme des ondulations des ténèbres elles-mêmes, et, tout d’un coup, vent et pluie s’abattent ensemble avec une singulière impétuosité, comme s’ils avaient brusquement jailli à travers une matière solide. »

Photo : Benoît Stichelbaut.

Tu as vu, ça calme hein, une écriture pareille, ça ne se croise pas dans n’importe quel port. Je peux déjà te dire chère lectrice, cher lecteur, que c’est comme ça tout du long des plus de cinq-cents pages de ce roman. Joseph Conrad sait écrire pour sûr, et il sait raconter une histoire.

Lorsque j’ai ouvert ce roman, que j’ai parcouru les premières lignes, ça m’a fait un drôle d’effet. Il y avait une atmosphère, et ça c’est très important l’atmosphère dans un livre. L’atmosphère, si elle est bien refabriquée, c’est comme si tu pouvais la toucher, la palper. L’atmosphère, c’est la sublime robe que porte la femme qui t’a tapé dans l’œil, elle met les formes en valeur, elle raconte déjà une histoire, la suite de l’histoire. Joseph Conrad possède ce savoir-faire, de poser l’ambiance. Comme je te l’ai dit, quand j’ai commencé à lire, je me suis vu entrer dans un de ces troquets bas de plafond, empestant la fumée et la bière, aux tables sclérosées de relents de d’alcools forts, où des marins faisant largement plus vieux que leur âge tiraient goulument sur leur pipe ou leur clopot, courbés sur leur chaise, un coude appuyé sur une table qui a vu passer trop de navigateurs et sur laquelle des milliers d’histoires ont glissé. La lumière jaune des lampes à huile ne parvenait pas à refouler totalement les nappes de pénombre, et des pans entiers de la salle restaient interdits à la vue ; mais pas à l’imagination. Ça parlait bas à certaines tablées, comme des gens échangeant des secrets lourds et importants tandis qu’à d’autres endroits, comme au vieux comptoir de bois patiné, on riait de bon cœur et on hurlait presque pour se sentir vivant. Les très anciennes lattes en bois local qui ne jointaient plus très bien au sol tremblaient sous les coups de talons des joueurs de cartes. Les deux basses et étroites fenêtres jetaient un regard aveugle sur le port où des fanaux perçaient la nuit d’encre. C’est là que je me suis assis, au coin d’une table, une chope à la main. Il y avait trois gars qui causaient d’un autre gars, un certain Lord Jim qu’ils disaient. Enfin, c’était surtout un des trois qui en parlait. Et si t’avais vu son visage quand il prononçait son nom, il s’illuminait, pas de joie mais de respect et d’admiration. Alors moi aussi j’ai posé un coude sur la table, et je me suis penché vers l’avant et j’ai tendu l’oreille, pour ne rien perdre de ce récit qui captivait déjà les autres. Ils en oubliaient même de siffler leurs verres.

Tu vois peut-être mieux ce que je veux dire maintenant. Ouvrir ce roman, c’est t’asseoir à cette table, et le type qui raconte il raconte rudement bien. Parce qu’il a connu ce Lord Jim, un fameux gars à coup sûr. Un phénomène même, un style d’individu que tu ne croises pas tous les jours, ni même toutes les années. Un genre d’homme dont on se souvient longtemps après, quand on est vieux et qu’on regard en arrière. Alors notre cœur se gonfle de fierté, celle de l’avoir connu et surtout celle de l’avoir étudié et compris avec justesse. Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un homme ou une femme, c’est de saisir sa substance, de comprendre son fonctionnement profond.

Joseph Conrad, il te propose de comprendre le fonctionnement de Jim, de savoir de quel bois est fait ce jeune gars qui avait des principes solides dont il était fier. Des valeurs qu’il portait au front, en bombant le torse, sans se montrer orgueilleux, non, mais avec une haute idée de ce que doit être son existence. Et Jim connaît bien la mer, les océans, les turpitudes des tempêtes, les vagues scélérates comme on dit. Il est jeune mais il maîtrise son élément, il est malgré son âge, second d’un navire, le Patna. On lui fait confiance, il jouit déjà d’une belle réputation. Mais un jour, il n’est pas à la hauteur de ce qu’il attendait de lui-même. Et c’est une marque au fer rouge, indélébile. Cette faute, cette erreur, il va l’endurer comme pour expier. Et ça va l’amener à errer là-bas, dans cet Extrême-Orient encore mystérieux à l’agonie du dix-neuvième siècle. Et Jim, tout rempli de lui et de ses principes, s’est juré qu’il ne faillirait plus jamais, qu’il ne cèderait jamais plus à la peur. C’est cette histoire que te narre monsieur Conrad, une histoire de quête.

C’était le genre de garçon que l’on aime avoir auprès de soi ; le genre de garçon que l’on se plaît à penser qu’on a été soi-même ; le genre de garçon dont l’aspect seul proclame la familiarité avec ces illusions que l’on avait crues mortes, éteintes, froides, et qui, comme ranimées à l’approche d’une nouvelle flamme, suscitent un frémissement tout au fond, loin quelque part au fond de soi, un frémissement de lumière…de chaleur ! »

Jim a bâti toute sa confiance dans l’idée qu’il se fait de lui, il y puise sa force. Aussi, à la suite de sa défaillance qu’il juge honteuse, sa seule obsession est de se racheter, de tracer une trajectoire parfaite et droite, dans la morale et le domaine de l’honneur. Il a trébuché et il en fait un fromage, tout chez lui est mobilisé pour interdire un jour, le retour de cette chose qu’il méprise au plus haut point, la peur.

« Le monde était silencieux, la nuit envoyait sur eux son souffle, une de ces nuits qui semblent faites pour abriter la tendresse, et il y a des moments où nos âmes, comme libérées de leur noire chrysalide, rayonnent d’une sensibilité exquise qui rend certains silences plus limpides que des discours. »

L’autre niveau de lecture, l’autre thème qui est travaillé, c’est l’amitié. L’amitié, la fraternité, la fidélité, toutes ces choses qui réhaussent d’une manière considérable le goût de la vie, qui recouvre d’or les relations entre humains. L’auteur sait nous toucher, injecter de l’émotion, des sentiments, et le narrateur nous est si proche que ses sentiments deviennent nos sentiments. Il réussit l’exploit de nous faire croire que nous aussi, nous avons connu Lord Jim, Tuan Jim comme disent les indigènes.

Peter O’Toole dans le rôle de Lord Jim, adapté par Richard Brooks (Columbia Pictures).

« Je ressentais une sorte de gratitude, d’affection, pour cet égaré dont les yeux m’avaient distingué alors que j’occupais ma place dans les rangs d’une multitude insignifiante. »

Le genre de phrase pour laquelle n’importe quel auteur, inconnu ou primé serait capable de tuer. Une putain de phrase. Je lis aussi pour cela, tomber sur ces perles, ces diamants qu’il faut dégager d’un paragraphe, qui d’un coup me sautent au visage et au cœur.

Si tu connais un peu l’auteur, tu sais qu’il a bourlingué et navigué. Sans doute est-ce cela qui confère ce réalisme qui transpire de partout. Et puis c’est quand-même l’homme qui a écrit Au cœur des ténèbres, son livre le plus célèbre, dont Francis Ford Coppola s’est inspiré pour son dantesque et furieux Apocalypse now.

Voilà, je crois que j’ai tout dit, il ne te reste plus qu’à filer chez votre libraire.

PS : ce livre n’est pas un livre qu’on picore. Il faut avoir de longues plages de disponibilité, pour s’enfoncer dans le récit, s’acclimater, s’attacher aux personnages. Il faut s’embarquer pour des heures, et donner sa chance à un roman qui met un peu de temps à démarrer, mais la patience vaut sacrément le coup.

Traduit de l’anglais par Henriette Bordenave.

Seb.

Lord Jim, Joseph Conrad, Folio, 508 p. , 10€40.

Le Boxeur manchot, Tennessee Williams (Pavillons Poche / Robert Laffont) – Yann

Né en 1911 et mort en 1983, Tennessee Williams est un des auteurs les plus importants de la littérature américaine. On lui doit seulement deux romans (Le Printemps romain de Mrs Stone en 1950 et Une femme nommée Moïse en 1975) mais il laisse derrière lui un nombre considérable de nouvelles et de pièces de théâtre, parmi lesquelles ses oeuvres les plus connues (La Ménagerie de verre, Un tramway nommé Désir, La Chatte sur un toit brûlant …). Mais c’est surtout, injustice flagrante, l’adaptation au cinéma de certains de ces textes qui fit connaître son nom au grand public.

Après une enfance difficile marquée par la maladie et l’indifférence d’un père alcoolique et joueur, Tennessee Williams se lance très tôt dans l’écriture, soutenu par sa mère et sa soeur aînée, sous le regard dédaigneux de son père. Prenant assez tôt conscience de son homosexualité, il fera montre sa vie durant d’une fragilité nerveuse et cardiaque assez développée pour lui permettre d’être réformé par l’Armée lors de la seconde guerre mondiale. Son alcoolisme chronique et le dossier psychiatrique qu’il avait présenté ne lui rendirent sans doute pas service non plus.

Crédit photo non trouvé.

On ne sera, dès lors, pas surpris que les personnages auquel Williams donne vie dans les nouvelles de ce recueil soient, pour la plupart, des hommes ou des femmes en rupture de ban, tenus à l’écart de la société que ce soit par leur volonté propre ou par un ostracisme attisé par leur indifférence aux standards imposés. Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, Oliver Winemiller a perdu son bras dans un accident de voiture, ce qui a prématurément mis fin a sa carrière de boxeur.

« Maintenant, il ressemblait à la statue brisée d’un Apollon : il avait la froideur et l’impassibilité d’une figure de pierre. »

Après une plongée dans la prostitution, Oliver est vite arrêté pour un meurtre qu’il avoue immédiatement puis incarcéré dans l’attente de l’exécution à laquelle il a été condamné. La quasi totalité du texte se déroule dans la cellule où le jeune homme attend la mort en répondant au courrier de ses anciens admirateurs et amants, perdant peu à peu l’esprit à tenter de répondre aux questions que lui impose l’absurdité de la vie.

Tennessee Williams et Carson McCullers par Richard Avedon.

Dans Malédiction, un homme lie son sort à celui d’une chatte qu’il trouve chez sa logeuse et qui lui apporte le réconfort qu’il cherche en vain chez ses semblables. Ils finiront tous deux victimes de la cupidité et de l’indifférence des habitants de la ville.

L’homme qui donne son titre à la nouvelle suivante, Le Poète, choisit la solitude et quitte la communauté à laquelle il appartenait pour vivre à l’écart, sur une plage où le rejoignent les enfants, avides de ses histoires et de ses visions (souvent provoquées par l’alcool qu’il distille).

Dans Le Masseur noir, Anthony Burns, employé anonyme d’une grosse société, rentre dans un salon de massage sur un coup de tête. Il y est pris en main par un masseur qui semble deviner immédiatement ce que Burns recherche tout en ignorant de quoi il s’agit. une étrange relation s’installe entre les deux hommes au point qu’ils finissent pas ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre.

Ce sont au total onze nouvelles qui sont proposées ici, dans lesquelles Tennessee Williams propose des variations autour des thèmes qui jalonnent son oeuvre. Peuplées de figures d’exclus, de marginaux ou d’incompris, ces nouvelles sont pour la plupart des joyaux noirs dans lesquels il explore sans relâche les mécanismes de la culpabilité et de la rédemption, faisant ainsi écho à sa propre vie et aux difficultés rencontrées dès l’enfance. Souvent emplis de tendresse, d’amour ou de compassion pour ces inadaptés au monde, les textes de Tennessee Williams recèlent des lignes profondément émouvantes qui viennent adoucir la brutalité lucide qui leur sert parfois de toile de fond.

« Pour la première fois, ils se trouvaient ensemble dans le noir, sans plus éprouver la moindre peur l’un de l’autre. Ils se tenaient par la main, ils se regardaient avec une sympathie un peu triste. ils n’essayaient plus de s’aider mais seulement de se comprendre. Ils se savaient absolument séparés, absolument seuls l’un et l’autre. Mais ils n’étaient plus des étrangers … « 

Nouvelles traduites de l’anglais (États-Unis) par Maurice Pons.

Yann.

Le Boxeur manchot, Tennessee Williams, Pavillons Poche / Robert Laffont, 215 p. , 8€50.

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer