Pourquoi pas la vie, Coline Pierré (L’Iconoclaste) – Hélène

Je viens de passer une semaine avec Sylvia Plath et les mots de Coline Pierré. J’ai fait durer ma lecture pour ne pas les quitter trop vite.
Coline ose imaginer la vie de Sylvia Plath si elle ne s’était pas suicidée. Car oui, on peut tout oser en littérature. Même réécrire l’histoire et proposer une alternative plus heureuse. En parfaite cohérence avec son écrit Éloge des fins heureuses paru chez Monstrograph.


Elle imagine une Sylvia qui se débat avec son rôle de mère, son ambition de poétesse, son envie de se libérer du poids de son mari. Une Sylvia qui se nourrit des échanges avec Greta, Simone et Al. Qui lutte, qui évolue, qui cherche, qui crée, qui aime, qui vit.


J’ai adoré y lire le Londres des sixties, imaginer cette comédie musicale (qui m’a replongé dans Sex éducation forcément) et voir Sylvia combattre sa maladie. J’ai adoré toutes les réflexions sur la création et l’écriture.

C’est audacieux, doux, bouillonnant, coloré et réjouissant.
Et ça m’a donné envie de découvrir l’œuvre de Sylvia Plath que je n’ai jamais lue.

Coline quoi.

Hélène.

Pourquoi pas la vie, Coline Pierré, L’Iconoclaste, 391 p. , 20€.

Lieutenant Versiga, Raphael Malkin (Marchialy) – Hélène

Si tu aimes les cold cases, les serials killers (enfin leurs histoires), Mindhunter, les enquêtes fouillées et les personnages incroyables (mais vrai), il te faut rencontrer Darren Versiga, sous la plume de Raphaël Malkin.

Tout est vrai, tout est fascinant.
L’histoire d’un flic du Mississippi qui ne se résout pas à abandonner les victimes non identifiées. Et qui va passer 10 ans de sa vie à essayer de trouver qui est cette Jane Doe, en croisant l’un des serial killer des plus actifs des États-Unis.

Raphaël Malkin que j’avais déjà croisé dans les pages de Society écrit un reportage avec une construction tout en rythme maîtrisé. Il livre le portrait d’un flic hors-norme mais d’un mec normal, profondément touché par les oubliés comme il dit. Portrait d’une région et d’un pays qui peinent à s’intéresser aux laissés pour compte (prostituées, pauvres, toxicos…). Portrait d’un racisme, qui ne dit pas son nom, aux conséquences désastreuses.

Encore un récit parfait publié chez Marchialy.
Encore un journaliste dont j’ai envie de lire les écrits.

Hélène.

Lieutenant Versiga, Raphael Malkin, Marchialy, 211 p. , 19€.

Blackwater, Michael McDowell (Monsieur Toussaint Louverture) – Hélène

Photo : Hélène.

Rien que pour l’aventure éditoriale que représente Blackwater, j’avais envie de les lire. Six tomes, parution tous les 15 jours entre avril et juin en feuilleton comme à l’origine, format livre de poche au prix accessible, beauté des couvertures qui intriguent.
Et puis ton repré te dit « prends les deux tomes en même temps, c’est mieux ».
Et puis tu les reçois en avance au boulot, tu les subtilises sans aucune discrétion.

Une rivière Perdido, une crue qui détruit tout ou presque, les scieries de la ville gérées par trois familles influentes, une femme retrouvée oubliée dans l’hôtel de la ville.
Et puis Mary-Love, Oscar, James, Sister, Elinor, Bray, Grace et tous les autres.
L’auteur sait créer des univers et raconter des histoires. Il te tient en haleine sur peu, te fait douter, espérer, tenter de comprendre. Et il joue de manière subtile sur l’angoisse. Celle de l’incompréhensible, du pas normal, celle qui monte (et qu’il fait redescendre fort bien quand il faut).
L’auteur était scénariste (Beetlejuice c’est lui) et a beaucoup travaillé avec Tim Burton. Ceci expliquant peut-être cela ou l’inverse.
Je me sentait un peu seule en ayant terminé les deux premiers tomes. J’ai lu le 3 au moment de sa sortie.
Et je crois que ce rendez-vous littéraire tous les 15 jours me plaît beaucoup.
Un peu comme, il fut un temps assez lointain, on attendait au moins une semaine entre deux épisodes de série. Et renouer avec le plaisir de l’attente est assez délicieux.

Hélène.

Blackwater, Michael MCDowell, Monsieur Toussaint Louverture, 244/256 p. , 8€40.

Voyage en Liberland, Timothée Demeillers et Grégoire Osoha (Marchialy) – Hélène

Photo : Hélène Deschère.

Que fait-on quand on tombe sur une terra nullius, une zone géographique qui n’appartient à personne sur les rives du Danube ?
Si on s’appelle Vit Jedlicka, on la revendique pour en faire un paradis libertarien. Et on construit cette utopie : créer un nouvel État, le Liberland.
Ce récit est fascinant et flippant tout à la fois. Tant par ce que ça dit de la politique européenne (et en ce moment on prend, même si ça n’est pas directement lié), de la notion de liberté et de ce qu’on y met (ah bah tiens, ça aussi on prend), de comment les utopies se confrontent au principe de réalité et de comment l’humain ne manque jamais d’imagination ou de motivation quand le pouvoir est en jeu. Ni de malhonnêteté.

Vit Jedlicka à gauche – Photo : liberland.org

Ce récit est un reportage précis, passionnant et forcément bien écrit par Timothée Demeillers (lisez son Demain la brume paru chez Asphalte) et Grégoire Osoha.
De la littérature qui ne redonne pas forcément confiance en l’humain (en même temps, en ce moment, bon …) mais plutôt la certitude que raconter ces histoires-là permet de mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Alors merci à celles et ceux qui nous racontent des histoires. Qu’elles soient fictives ou réelles.

A l’ouest du Danube, la Croatie, à l’est, la Serbie. En rouge, le territoire de la micronation du Liberland. LIBERLAND.ORG

Hélène.

Voyage au Liberland, Timothée Demeillers et Grérgoire Osoha, Marchialy, 289 p. , 20€.

Six pieds sur terre, Antoine Dole (L’Incendie / Robert Laffont) – Hélène

L’exemplaire de ce livre que tu trouveras en librairie aura la couleur bleue sombre.
Je ne sais pas si tu connais Antoine Dole. Mais il fait parti des auteurs de littérature jeunesse dont j’aime la plume infiniment. Je lis chacun de ses titres avec avidité.
Ce titre-là, je l’attendais avec un peu de trouille.
Parce que littérature adulte, parce que travail avec un autre éditeur alors on sait jamais.
Camille et Jérémy ont la trentaine, vivent ensemble et tentent de se réparer après des enfances difficiles. Mère absente d’un côté, deuil de l’autre. Jérémy ne sait pas exactement se sortir de la douleur et de la souffrance de vivre, Camille porte et répare pour deux.
Et puis il y a cette tâche d’humidité au plafond. Angoissante car elle grandit de jour en jour et on ne peut rien y faire en attendant que le jeu des assurances et experts se mettent en route. Une tâche comme une obsession, comme si elle représentait le gouffre dans lequel le personnage est en train de sombrer. Puis ce jour où Camille dit qu’elle aimerait un enfant.
Camille et Jérémy sont racontés chacun leur tour dans une alternance de chapitres.

Je vais être honnête avec toi, vu le sujet, j’avais peur que ça bascule d’un côté un peu larmoyant que je n’aime pas trop en littérature. Mais évidemment que non puisque c’est Antoine aux commandes.
Tout en décryptant minutieusement les sentiments de ces personnages et en proposant une introspection détaillée de chacun, c’est l’honnêteté des personnages sur ce qu’ils traversent, ce qu’ils ressentent qui fait qu’on reste du côté de la littérature et pas du grand déballage. On sent bien que l’auteur ne cherche pas du tout à faire pleurer son lectorat. Il raconte seulement. La sincérité des propos, la précision des sensations décrites en font un vrai roman sur les sentiments puissants qu’on traverse.
La force de Camille et ses failles, l’engluement de Jérémy et sa résistance malgré tout.

Un roman qui prend frontalement la question de la dépression, de la souffrance liée au passé, d’un mal-être puissant et de comment on fait (ou pas) avec ça.

Hélène.

Six pieds sur terre, Antoine Dole, Robert Laffont, 253 p. , 18€.

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