Le fils de l’ombre et de l’oiseau, Alex Cousseau (doAdo, Le Rouergue) – Gaëlle


– Il n’y a rien sur cette île.
Poki passe sa main sur la bouche du moai. Elle palpe les lèvres de pierre, aussi longues que deux grands serpents endormis.
– Il n’y a rien, continue la voix. Ni dessous ni dessus. Rien que des os et des cailloux, et des hommes affamés qui feraient mieux de partir ailleurs. Même les arbres ont compris ça.

Comment se fait-il, dis, comment se fait-il qu’on n’ait pas plus parlé de ce livre ?!
Ou bien c’est moi qui ai du sable dans l’oreille, trop de vent dans les yeux, qui n’ai pas bien vu, qui ai si peu entendu ? Il est sorti en 2016, au tout début de l’année.

Le fils de l’ombre et de l’oiseau.
d’Alex Cousseau.
Ou Pawel sur la route.
Sur les routes.
Je dis Pawel, d’autres choisiraient Poki la femme-oiseau, Alma-la-douce, Wari la fille du serpent, Cosmo ou Galvarino, Mocha, la mule, le cheval, le fleuve, la montagne, l’océan. Les airs.

Une voix, des vies, des voies.

Des courants.
Je pourrais te dire des courants d’air, des courants maritimes, des courants fluviaux, des voies navigables, des voies terrestres.
Je pourrais, mais je trouve la terminologie très géographique, j’ai peur que ce te soit restrictif, or je voudrais que tu entendes dans ces mots la respiration et les élans. Tu les entends ? Les courants de vie. Les élans.
« Tout se tient, se répète Pawel. C’est le même élan. Un élan de vie. »
Ce livre est sentiers.

Je t’en lis un bout ?
« Au commencement, un cheval appaloosa surgit à la nage. Il arrive d’on ne sait où. D’une autre île ou d’un continent plus éloigné encore. D’Europe ou d’Amérique. C’est un cheval sauvage, à la robe tachetée de sombre et de blanc, aux nerfs saillants, aux yeux injectés de sang. Un cheval au bord de l’épuisement. Il a pu voyager des jours et des jours en luttant contre les vagues, des nuits et des nuits en se laissant porter par les courants. Probablement qu’il a sauté d’un bateau. »

« Alma-la-douce n’a jamais cru au hasard. En bientôt un demi-siècle passé sur cette terre, elle a déjà vu de près onze cadavres. Au cours des deux hivers précédents, l’océan en a rejeté trois sur le rivage tout près d’ici. Alors si aujourd’hui les vagues lui déposent un corps qui respire encore, c’est un signe. Cette femme-oiseau, elle va la dorloter. Elle va la recoudre, elle va la remplumer. Elle va la rendre à la vie. »

« Alma sait le nom des plantes et des animaux, des pierres et des étoiles. Elle connaît le nom de tous les oiseaux d’ici. Les pétrels, lourds et maladroits. Le zorzal, qui fait son nid sur le toit de notre cabane. Et même le nom des vents, parmi lesquels mon préféré, le williwaw, un vent soudain, imprévisible, qui descend des montagnes plus vite encore que le torrent. »

« Des journées entières Wari se tient là sur le rivage, accroupie, les pieds dans l’eau. Elle attend. Elle ne sait pas précisément ce qu’elle attend, mais les anciens du village lui ont appris une chose : le fleuve dans lequel elle vient tremper ses pieds chaque jour n’est jamais le même. L’eau vient de l’amont, elle va vers l’aval, elle ne peut pas tourner en rond. Les arbres, les animaux et les hommes se sont installés ici depuis longtemps, mais le fleuve ne fait que passer. Le fleuve ne s’arrête jamais, il n’est que mouvement. »

« Autour, la forêt grouille de parfums entêtants. Des cris rauques, des chuintements, des mélodies lointaines se succèdent, ou s’entrelacent. Quelques papillons d’un bleu métallique tourbillonnent entre des lianes de fleurs, des colonies de fourmis escaladent les troncs couverts d’épines. Et là-haut, tout là-haut, les kapokiers, qu’on appelle aussi les arbres-ancêtres, touchent le ciel, déchirant des flotilles de nuages en lambeaux.
C’est un endroit parfait pour reprendre son souffle. »

C’est l’histoire d’une forêt qui a pris la poudre d’escampette. C’est l’histoire d’une forêt qu’il faut ramener.
C’est une révolution qui tourne en rond, ce qui est propre à sa définition, non ?
C’est la femme-oiseau qui vole, qui nage, qui pépie la nuit dans son sommeil, qui marche aussi. C’est l’enfant qui se déguise, c’est le chiffonnier qui habite ses rêves et son présent, c’est la femme-aux-huit-doigts qui dessine et dessine et dessine. C’est le tricorne noir à doublure secrète qui coiffe des têtes ou des plafonds.
C’est Butch Cassidy qui dort sur ses deux oreilles cette nuit-là et peut-être qu’il ne devrait pas.
Je te dis tout ça, je t’en lis un peu, mais je ne te dis rien de la trame. Des trames. Non, de la trame.
« Tout se tient, se répète Pawel. C’est le même élan. Un élan de vie. »

Ton récit, tu te le feras. Mais vraiment, non, je ne comprends pas pourquoi, comment il se fait qu’on ne parle pas plus de ce livre là.
Il est fabuleux.

J’aurais pu aussi te raconter mon périple dans ces pages comme ceci :
je pourrais dire que j’ai eu sec, que j’ai eu froid, que j’ai eu mouillé, poussiéreux, que j’ai eu moite, que j’ai eu indolence et léthargie, que j’ai arpenté un continent, sa jungle, ses montagnes, que j’ai déserté un confetti, chevauché un fleuve et balayé un océan. Que j’ai vu un siècle s’éteindre et un autre s’ouvrir.

Gaëlle.

Le fils de l’ombre et de l’oiseau, Alex Cousseau, collection doAdo, Le Rouergue, 432 p., 15,90 €.

Sans armure / Rien que ta peau, Cathy Ytak (Talents Hauts / Actes Sud Junior) – Gaëlle

Il y a quelques jours, j’ai lu ce livre-là.
Et je l’ai trouvé magnifique. Puissant. Et délicat.

Puissant et délicat, c’est ce que je trouve à chaque fois dans les textes de Cathy Ytak. Souvent. Ici particulièrement.
Elle a une finesse, que je n’ai rencontrée nulle part ailleurs je crois, pour dire.

Dire les différences, les décalages intérieurs, les émotions, en vrac ou pas, les mots qu’on se lance, qu’on se jette, qu’on retient, les fracasseries quotidiennes. Les adolescences.
Et derrière, en filigrane discrète mais bien campée, la liberté. La liberté à être. Les libertés d’être*. Le droit à être, appelle-ça comme tu veux. Sans pamphlet, sans démonstration, mais bien présent. Et indéboulonnable. Comme le respect. Absolu, indéniable. Qui fait l’essence de Cathy. Roseau plutôt que bulldozer, tu vois ?
Petite pousse saxifrage, vent debout. Pas de harangue, juste un « je pose ça là, c’est comme ça là ».

Dire les différences, poser des mots sur des réalités, et certainement pas à la manière d’un dictionnaire. Elle n’explique rien. Et « raconter » ne me convient pas non plus. C’est plus subtil je crois. Funambule sur son fil. Il est haut son fil, elle voit loin, avec acuité. Elle dit. Elle écrit, et ça dit.

La première fois que j’ai rencontré les mots de Cathy Ytak, c’était avec Rien que ta peau (collection -magnifiquissime- D’une seule voix, Actes Sud). Ce texte m’avait bouleversée. Profondément touchée. C’était il y a des années, j’y pense encore souvent. Tu sais, ces textes qui t’apprennent quelque chose, sans jamais l’intention de vouloir le faire, jamais (jamais hein!), mais qui mettent au jour, l’air de rien, des petites pierres comme un pavé sur ton sentier. Tu t’appuies dessus.
Je redis : pas un pavé de bonnes intentions, un pavé de vie. De vies.

Il y avait déjà l’écriture des sens, il y avait déjà -c’est dans le titre- la peau.
Ici aussi il y la peau, et tous les sens, exacerbés. Les bruits, les sons, les couleurs.
Trop forts, trop violents. Trop ? Et comment tu te construis une vie, comment tu te construis tout court quand tous tes reliefs sont escarpés.

Ici aussi il y a les petits cailloux blancs de Cathy, que je suis avec sourire. J’aime bien ce côté Petit Poucet que ça me fait : une musique, un livre, la langue des signes (c’est toujours une histoire de langue). J’aime les retrouver. C’est une cartographie délicate et jolie, et je trouve que Cathy fait des tricots de peau avec ses mots justement taillés pour y randonner.

Vieillir, je le vois comme des Matriochkas, des poupées gigognes. Tous nos âges imbriqués les uns dans les autres. Je crois que Cathy a la matriochka des jeunes années, (tu sais, au sortir de l’adolescence) vibratoire.

Je ne sais pas si ses livres sont traduits, beaucoup traduits, s’ils le sont dans beaucoup de langues. En refermant son livre, je me suis juste dit Quelle chance, mais quelle chance, de pouvoir la lire. Quelle chance que sa langue d’écrire soit ma langue de lire.

C’est un texte court, il est en lice pour le prix Vendredi. Il ferait du bien à toutes les étagères (si tu ranges tes livres dans des étagères).

Quand je l’ai reposé, j’ai soupiré (j’ai l’habitude maintenant) : il y a des fois où vraiment je regrette de ne pas être prof de français. Qu’est-ce que j’aimerais leur lire !

[tu la sens ma grosse incitation?]

Sans armure, Cathy Ytak, collection Ego, Talents Hauts, 64 p., 7 €.

Libres d’être, c’est aussi un texte qu’elle a écrit avec Thomas Scotto, aux éditions du Pourquoi pas ?

Quelle portée ! Quelle puissance ! Et quelle humanité. Quelle juste et précieuse humanité.
Qui réveille.

Avril 2014, quelque part je pose ces mots :
Avant le jour d’hier, au début de ma nuit, j’ai lu Rien que ta peau. J’en suis soufflée. J’en reste soufflée.

C’est toujours délicat de parler d’un livre qui te touche fort. Pour les attentes vertigineuses que tu peux provoquer et leur lot de petites, ou grandes, déceptions. Je me sens soudain une grande responsabilité.
Je me laisse aller, et je te dis.

Cathy Ytak donne sa voix et sa plume à Louvine. Elle ne parle pas à sa place. Elle fait don de son intelligence sensible, si sensible. Et Louvine te raconte. Se raconte.
Au dos, sur la quatrième de couverture, tu apprendras que « elle est lente, obsédée par les couleurs. On la dit immature, voire idiote« . Oui, peut-être est-elle un peu demeurée, légèrement attardée. On ne sait jamais bien jusqu’où, n’est-ce pas ?
Et Louvine est. De chair et de sang. De désir. Et Louvine est douée de décision. N’en déplaise aux gens, n’en déplaise au monde. Contre toute attente. Mais lesquelles d’attentes, hein ? Celles de qui ?
Il y a les vrais mots pour dire le corps, ses cycles, ses envies. Naturellement et simplement. Il y a les mots pour dire les dehors, la neige, les oiseaux. Il y a les mots pour dire, et plus tu lis et plus tu as envie de dire ces mots sous tes yeux. Ça vient tout seul. Naturellement et simplement.

« Mais me dépêcher, je ne sais pas. Quand tout va trop vite, je ne sais plus. »

« Dans tes yeux je vois la peur et tout le bruit autour, les chiens qui aboient, les hommes qui mordent, et notre beau silence éclaté, sali, souillé. »

« Hurler, c’est pire que parler, ça répond au désordre par un autre désordre et les chiens n’aiment pas ça. Et moi, je vais hurler, parce qu’il n’y a plus de place pour les mots, les explications, et que je ne sais pas pleurer. je laisse ma tête monter vers le ciel étoilé, vers la lune même pas pleine, le temps d’une goulée d’air glacé dans la gorge qui descend jusqu’au cœur. »

« Je me suis mise à rire, tu t’es mis à rire. Et quelque chose a bougé dans mon ventre. je n’ai pas bien compris ce qui se passait. Je me suis demandé si ça n’était pas mes règles, mais ça n’était pas du tout la pleine lune, rien qu’un premier quartier. Après, j’ai compris que c’était ton rire qui avait remué quelque chose dans mon ventre, et petit à petit je me suis habituée à cette sensation douce et agréable. »

Rien que ta peau, c’est un des trois textes que Cathy Ytak a écrit pour la collection D’une seule voix, aux éditions Actes Sud Junior.
Des textes d’un seul souffle, est-il écrit. Des textes à dire, à partager avec soi et le monde. Ce sont des textes destinés aux ados et aux jeunes adultes. Mais pas que.
Ce sont des monologues intérieurs, dans un format  et dans une typo qui permettent une lecture à voix haute aisée. C’est une collection que je trouve tellement riche et je ne comprends pas qu’elle ne soit pas plus connue, mieux connue. Non, vraiment, je ne comprends pas.


C’était avril 2014, Rien que ta peau venait d’être réimprimé dans le « alors » nouveau format de la collection, et je trouvais que c’était tant mieux.

Gaëlle.

Rien que ta peau, Cathy Ytak, collection D’une seule voix, Actes sud Junior, 72 p., 9 €

Le Lièvre d’Amérique, Mireille Gagné (La Peuplade) – Aurélie, Fanny et Gaëlle

Wow ! La Peuplade a encore trouvé le moyen de nous faire cadeau d’un véritable joyau littéraire. Un 1er roman qui nous emmène loin des sentiers battus, sur une île où les éléments façonnent tout à leur gré et où les animaux agissent étrangement sur la vie des humains.

On y apprend beaucoup sur le Lièvre d’Amérique dont les caractéristiques inaugurent chaque partie du livre. Puis on découvre très vite Diane : elle vient de subir une mystérieuse « opération », c’est sûr maintenant, ses capacités vont grandement s’améliorer, elle va pouvoir enfin assumer un quotidien professionnel qui était devenu trop lourd. Mais à côté de cette métamorphose qui prend forme, ce sont les réminiscences de son adolescence et d’une rencontre fondatrice qui soulignent la fragilité de sa situation, le tournant que sa vie doit prendre.

L’absurdité d’une vie dénuée de sens profond nous apparaît alors en pleine lumière. À mesure que la vision de Diane se fait plus aiguisée, notre regard s’affûte. À quoi bon cette éternelle course à la performance ? Ne devrait-on pas être plus à l’écoute de notre instinct ?6 parties entrecoupées de pages tellement gorgées d’encre qu’elles se replient sur elles-mêmes, tout à la fois passages vers la suite et écran nous empêchant de progresser trop vite dans notre lecture. Flots du fleuve déchaîné ou fourrure désordonnée d’un lièvre, qu’y voyez-vous ?

Ce roman et sa mise en page nous poussent à un questionnement philosophique pour le moins original. À partir d’une légende algonquienne dont elle s’empare avec brio, l’autrice nous entraîne dans le monde de Diane, nous en enveloppe et nous transforme avec elle.

Énorme coup de coeur pour le fond, la forme et le style de ce livre extraordinaire !

Aurélie.


Le lièvre d’Amérique ou Pourquoi la nuit fut courte.

C’était juste une page ou deux, avant de dormir, parce que j’étais trop curieuse.
La nuit était déjà sacrément avancée, c’était pas « raisonnable » d’en lire plus, mais c’était pas possible d’attendre.

Je ne me suis pas vue tourner la troisième page ni la quatrième ni les suivantes.

Il y a un truc avec les écritures canadiennes, non ? Ça ne peut pas tenir qu’aux forêts ? Si ?
Quand elles sont francophones, souvent la gouaille me réjouit.
Quand elles sont anglophones, … je réfléchis en même temps que j’écris… quand elles sont anglophones, souvent ce sont les paysages dans le creux des hommes, les monts et les vaux qui les rident, qui me baladent.

Le lièvre d’Amérique est francophone.
La gouaille n’y est pas essentiellement truculente, il y a bien trois quatre façons de dire le ciel, de dire les eaux du fleuve, qui font pouf !, il y a surtout que les mots se déroulent tout seuls.
Il y a ce découpage dans les chapitres, ce découpage dans la narration, et l’écriture qui va avec. Qui dit avec.
Et ça fait une valse à trois temps et demi. Tip, tap, top, tup, tip, tap, top, tup.
Elle sait y faire Mireille Gagné. Elle est romancière-nouvelliste-poète, elle n’en est pas à son galop d’essai. On sent l’aisance du mot, du rythme.

Le lièvre d’Amérique, c’est une fable.
Ce serait un peu le lièvre qui aurait besoin de se prendre pour une tortue.
Sauvage, la tortue.
Bon, c’est un peu tiré par les cheveux mon truc. Un peu erroné. Parce que le lièvre ne serait pas celui qu’on pense.
Néanmoins, du lièvre et de la tortue,
je te laisse voir pourquoi.
Un lièvre qui aurait juste besoin d’être lièvre.
D’être.

Et aussi je te dis le plaisir du livre, de l’objet. Le papier. Le toucher. Ça compte aussi, hein. C’est terriblement agréable au toucher un papier comme celui-là. Avec un texte où les sens s’aiguisent, ça tombe bien.

Bref, c’était chouette !

Gaëlle.

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Partir d’un bond dans une histoire, se laisser aller à un imaginaire, s’enivrer jusqu’au dernier mot de cette potion littéraire, voici Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné.

J’ai l’émotion vive à t’écrire les ressentis sur ce livre qui porte à la fois la beauté et le désarroi de notre monde.
Diane, sorte de Diane chasseresse de cette onirique Isle-aux-Grues, vit sa vie de jeune adolescente, à respirer le fleuve et à connaître, un jour, ce garçon roux à l’instinct sauvage. Quelques années passent, quelque écoulement du temps, et tu retrouves cette même Diane, humaine oubliée dans le monde des bureaux et de la rentabilité excessive. Fin des ponctuations, fin de la respiration, Diane étouffe et nous avec.
Entre ces deux périodes, une Diane sortant d’une opération, se transforme, s’impose, s’échappe. Une toison obscure apparaît alors parfois, ici et là, à la fois refuge et appel.

Sûrement le meilleur livre à lire en ce moment , un bijou inspiré d’une légende algonquienne qui m’a donné le frisson de cette émotion première, la plus vraie.

Mon fils a ressenti la vibration étrange qui émane de sa mère lorsque celle-ci a un livre tatoué au cœur et à l’esprit. « Il porte le feu » m’a-t-il dit en le regardant longuement. Je lui ai alors raconté la puissance des mots qui se transmettent, se chuchotent d’une oreille à l’autre. Puis nous nous sommes serrés fort dans les bras.
L’important est le mouvement des choses de la vie et Mireille Gagné te transmet cela dans cette expérience littéraire absolue.

Le lièvre d’Amérique bondira vers toi, c’est, je crois, plus que nécessaire, pour t’emporter loin, en bordure d’un fleuve gigantesque où l’on entend si fort et si loin le son de la nature vibrante.

Diane chasseresse, Diane lune, Diane des enfers (« …c’est les autres »…vraiment ?), trois regards d’une même femme. Le lièvre d’Amérique, lui, incarne, au sein de la cosmologie algonquienne, la vie, et ses diverses personnalités correspondent aux différentes étapes du cycle de la vie.
Les références sont multiples, un foisonnement, mais ce qui va te remplir est unique et immense car Mireille Gagné est une ensorceleuse des mots, une poétesse de l’aventure de vie.

Dans Le lièvre d’Amérique, tu vas marcher sur des terres inconnues qui, pourtant, te paraîtront familières, tu vas faire corps avec le vent, la terre, les arbres, tu vas t’éloigner de ce qui te dévore pour connaître l’infiniment beau.

Voici une histoire à la puissance infinie qui te donnera sûrement envie de l’essentiel, afin de le laisser vivre en toi comme jamais.

Coup au ❤️ bondissant.

Fanny.

Le lièvre d’Amérique, Mireille Gagné, La Peuplade, 160 p., 18 €

Le juke-box récapitulatoire #2

C’est l’été, c’est juillet, on s’est baladé à la fraîche et on a aimé écouter…

À écouter sur Deezer en cliquant sur Aire(s) Libre(s) en juillet (2020).


Haka de Rotorua International Maori Entertainers
sur Haka de Caryl Férey (Folio Policier)

🎶 on a lancé le programme sur Isabelle de Moriarty

Bella Ciao de Marc Ribot et Tom Waits
sur Le détour de Luce d’Eramo (Le Tripode)
It ain’t easy de David Bowie
sur Un long voyage de Claire Duvivier ( Aux Forges de Vulcain)
Hot & Cold, de l’ambient
sur L’archipel d’une autre vie de Andreï Makine ( Le Seuil/Points)

🎶 on a lancé le programme sur Le fou de l’île de Bernard Adamus

Le tour de l’île de Félix Leclerc
sur Sans terre de Marie-Ève Sévigny (Le mot et le Reste)
Nenantuapmanan de Florent Vollant
sur Shuni de Naomi Fontaine (Mémoire d’Encrier)
Titanic de Canailles
sur Taqawan de Éric Plamondon (Quidam éditeur)

🎶 on a lancé le programme sur Aujourd’hui ma vie c’est d’la marde de Lisa leBlanc

L’enfant fou de Jean Leloup
sur L’évasion d’Arthur ou la Commune d’Hochelaga de Simon Leduc (Le Quartanier)
Viens-t’en de Mes Aïeux
sur Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier (Denoël/Folio)
Du duvet plein les poches de Lisa LeBlanc
sur Chauffer le dehors de Marie-Andrée Gill (La Peuplade)

🎶 on a lancé le programme sur Et même si de Vulgaires Machins

Le dôme de Jean Leloup
sur Et arrivées au bout nous prendrons racine de Kristina Gauthier-Landry (La Peuplade)
Ace of Spades, reprise de Motörhead par Lisa LeBlanc
sur 1984 de Éric Plamondon (Le Quartanier)

Tu danses ?

photo non-créditée trouvée sur pinterest – juke box diner 1960’s

Bondrée, Andrée A. Michaud (Rivages Noir) – Gaëlle

Pendant qu’il ne neige pas ici, on lit canadien, et c’est une riche idée sais-tu !

C’était quelque part en 2017 et Bondrée, l’incroyable Bondrée, venait juste de sortir en poche, quelle aubaine !

C’est l’été. Au bord du lac c’est familial, les cabanes sont en rondins de bois et autour c’est la forêt.
Dans la forêt, il y a, il semblerait, un trappeur-hanteur. Qui aurait comme des comptes à régler.

C’est Andrée A. Michaud qui a écrit Bondrée, et c’est chouette comme elle écrit Andrée A. Michaud. Ça commence tout doux l’air de rien, ça te prend tout de suite par la main, et zou, ça t’embarque, tu lis français, anglais, canadien, tu t’en fiches, tu comprends tout et tu te régales. En tout cas, j’ai fait bonne chère !

Il y a de l’espièglerie dans l’écriture d’Andrée A. Michaud, et c’est terriblement réjouissant.
Il y a de l’espièglerie et pas seulement : la dame est subtile et plurielle, elle s’y entend en psyché humaine, en nuances.

« Au sein de la forêt, il avait donc pensé à Marie en retenant son souffle, puis il s’était mis à rire, à se moquer de lui, de sa bêtise, cherchant un mouchoir dans sa poche pour essuyer ses larmes et s’accroupissant, une crampe au ventre, maintenant, une bonne crampe de fou rire. Ce qu’il avait pris pour une chevelure n’était que la longue queue d’un renard roux, mort de faim, de maladie ou de vieillesse. Maudit Ménard, avait-il murmuré, maudit Ménard que tu m’énarves des fois. Lorsqu’il avait relevé la tête, un éclair de chair blanche l’avait ébloui, quelques pouces de blancheur prolongeant la chevelure. Son rire avait cassé net, un tir de boulet l’avait frappé en plein cœur et il s’était approché de l’arbre au pied duquel gisait la chose inconnue. C’est un renard, Ménard, pogne pas les nerfs, c’est rien qu’un pauvre renard. Mais la chose était presque nue, plus longue qu’un renard, plus blanche aussi. La chose avait des jambes et des ongles vernis. »

Quand Andrée A. Michaud s’entretient avec la librairie Mollat, ça donne faim, tu ne trouves pas ?

Il n’y a pas que l’espièglerie et la psychologie bien posée dans Bondrée, il y a l’haleine aussi, bien tenue, et l’ensemble bien ficelé, qui fait de ce roman, à mon sens, un extraordinaire excellent roman policier. Une régalade je te dis.

Parfois, j’aimerais ne pas l’avoir encore lu, être tout au bord de le commencer.

Gaëlle.

Bondrée, Andrée A. Michaud, Rivages/Noir, 379 p., 7,90 €.