Un tesson d’éternité, Valérie Tong Cuong (Lattès) – Aurélie

Le nouveau roman de Valérie Tong Cuong rejoint pour moi les incontournables de la rentrée.

Dès les 1res pages j’ai ressenti une tension énorme et ai eu l’impression d’être littéralement aspirée par le personnage d’Anna, comme si j’étais sur le point de vivre moi-même toutes les épreuves qu’elle allait devoir traverser.

On la découvre alors qu’elle a réussi à s’installer dans la petite vie bourgeoise dont elle avait toujours rêvé. Elle possède une pharmacie, vit dans une grande maison en bord de mer avec son mari charmant et son fils Léo qui est sur le point de passer le bac et qui a déjà été accepté dans une bonne école.

Tout bascule pourtant en un claquement de doigts. Alors que sa vie se délite, le passé qu’elle avait profondément enfoui revient la hanter. C’est par son prisme qu’elle va faire face à une crise sans précédent et cela va rendre les choses bien difficiles…

Je ne vous en dis pas plus et vous conseille de lire ce roman sans avoir parcouru la 4e de couv’ au préalable, vous découvrirez ainsi par vous-même l’élément déclencheur du cataclysme familial au détour d’une scène brillamment amenée.

L’autrice porte son héroïne avec une force incroyable et nous dépose avec elle à l’issue du livre dans une situation qui nous laisse complètement interdits. Le talent de romancière de Valérie atteint ici des sommets et ce titre restera parmi mes préférés sinon son meilleur à mes yeux.

Aurélie.

Un tesson d’éternité, Valérie Tong Cuong, Lattès, 268 p. , 20€.

Nous sommes les chasseurs, Jérémy Fel (Rivages) – Aurélie

Brillantissime ! Un roman sorti tout droit de l’esprit (torturé ?) de Jérémy Fel qui n’entre dans aucune case et reflète encore plus profondément l’univers teinté d’horreur qu’il avait mis en place dans ses deux précédents livres.

Incroyablement foisonnant, il prend au piège un lecteur qui doit attacher sa ceinture et être prêt à se laisser transporter du Chili à la France en passant par Los Angeles, du 18e siècle à un présent légèrement dystopique.

Le voyage ne se fait pas seulement dans l’espace et dans le temps, il se fait aussi dans le paranormal et l’au-delà, nous glaçant le sang plus sûrement que n’importe quel film d’horreur que vous pourriez avoir vu ces dernières années. Il n’épargne rien à ses personnages et on l’imagine y prendre un certain plaisir voire un plaisir certain…

On est piqué au vif dès les 1res pages, on comprend vite que chaque détail va avoir son importance dans ce texte aux mises en abîme multiples, à la construction époustouflante.

Et puis, qui connaît un peu l’auteur se rendra compte que ce sont ses tripes et tout ce qui compte pour lui qu’il nous propose de lire non pas dans une autofiction comme savent si bien les écrire les Français mais dans un style qui n’a rien à envier aux grands auteurs et cinéastes américains.

La dernière partie ravira particulièrement les cinéphiles et ramène une relative touche de douceur à un livre qui écorchera par ailleurs les esprits les plus sensibles.

Bref, ce roman de 700 pages confirme mon profond amour pour la plume et les idées géniales de Jérémy. Amis lecteurs, partez chez vos libraires à la recherche de cette belle couverture !

Aurélie.

Nous sommes les chasseurs, Jérémy Fel, Rivages, 720 p. , 23€.

Des milliers de lunes, Sebastian Barry (Joëlle Losfeld) – Aurélie

Voilà maintenant plus de trois ans, je succombais au charme du précédent roman de Sebastian Barry, Des jours sans fin.

Quel bonheur de pouvoir retrouver les personnages qui m’avaient tant touchée. Pour autant, on ne peut pas vraiment dire que ce texte est la suite du précédent. Thomas McNulty et John Cole sont toujours présents mais c’est Winona Cole, jeune indienne qu’ils avaient adoptée qui tient cette fois le devant de la scène.

Quelques années après la fin de la guerre de Sécession, elle profite dans une petite ville du Tennessee d’une vie besogneuse mais paisible avec les gens qu’elle aime autour d’elle. Malheureusement, l’animosité des hommes blancs du Sud envers les Noirs affranchis et les Indiens connaît un regain inquiétant et cette atmosphère va être le terreau parfait à un drame qui va toucher Winona au plus profond de sa chair et de son âme…

Dans une langue merveilleusement rendue par la traduction de Laetitia Devaux, on partage pour quelques mois l’existence d’une jeune femme au caractère bien trempé dans une communauté toujours menée par des préjugés tenaces et pouvant mener au pire. Vivre avec elle les conséquences de ses décisions hâtives ou ses périodes d’indécision mélancolique, son passage plus que délicat de l’adolescence à l’âge adulte, cela n’a pas de prix et m’a fait grandement regretter de ne pas pouvoir l’accompagner au-delà de la dernière page du roman. J’ai vraiment eu l’impression de lâcher la main d’une personne précieuse que je souhaitais protéger encore un peu.

Aurélie.

Des milliers de lunes, Sebastian Barry, Joëlle Losfeld, 236 p. , 21€.

La Porte du voyage sans retour, David Diop (Le Seuil) – Aurélie

Dans les années 1750, Michel Adanson séjourne au Sénégal en tant que botaniste. Parti pour y découvrir en détail sa faune et sa flore, c’est finalement le peuple Wolof qui va le fasciner.

À travers les yeux d’un Blanc pas comme les autres, David Diop nous fait découvrir le Sénégal à une période où l’esclavage faisait des ravages. Au cours de ses voyages d’un village à l’autre aux côtés de Ndiak, Adanson apprendra à maîtriser la langue, à appréhender les coutumes et à se familiariser avec une riche spiritualité.

Plus de 50 ans plus tard, sa fille Aglaé découvre ses carnets après sa mort. Des carnets rédigés spécialement pour elle. Alors qu’elle croyait que son père avait toujours tout sacrifié pour son travail, elle découvre un nouveau pan de sa personnalité : celui d’un homme sensible ayant totalement perdu la tête pour une certaine Maram…

David Diop nous offre un magnifique roman, tant par le style que par ses personnages flamboyants, complexes et passionnants. Mon seul regret : je l’ai trouvé trop court, j’aurais tant aimé pouvoir parcourir la brousse encore un peu.

Aurélie.

La Porte du voyage sans retour, David Diop, Le Seuil, 252 p. , 19€.

Les Contreforts, Guillaume Sire (Calmann-Lévy) – Aurélie

Guillaume Sire nous propose ici une véritable tragi-comédie à la force aussi impressionnante que les orages démentiels qui frappent le château de Montrafet et son domaine dans le roman.

Léon de Testasecca, sa femme et ses deux grands enfants sont les derniers héritiers d’un imposant château fort tombant en ruine près de Carcassonne. Un arrêté de péril a été déposé, ils n’ont plus les moyens d’entretenir et de rénover correctement le château, ils vont être expropriés s’ils ne trouvent pas une solution miraculeuse très vite.

Dans cette famille, on n’a jamais rien fait comme les autres et cela pourrait tout autant les sauver que les enfoncer plus profondément dans une situation inextricable. Léon, surnommé le Minotaure, passe d’un projet fou à un autre, est incroyablement borné et joue des poings même (surtout) quand il ferait mieux de s’abstenir. Diane se perd dans les démarches administratives et épuise ses forces à maintenir l’énergie folle de son mari. Pierre a survécu enfant à un terrible orage et est devenu une sorte de bête curieuse que les gens du village regardent de loin avec crainte. Clémence, autodidacte impressionnante, fait tout depuis toujours pour protéger son petit frère et pour réparer avec une incroyable détermination la moindre faille qui pourrait s’avérer fatale pour le château.

Et puis il y a tous ceux qui tournent autour de Montrafet, les villageois plus ou moins bien intentionnés, Rachtouille, Jeannot, les gendarmes, l’architecte Tavernier… sans oublier les chevreuils, animaux de bien mauvais augure sur lesquels il faudra garder un oeil…

Voilà, les personnages et la situation initiale sont posés. Préparez-vous aux trois coups avant d’entrer dans le 1er acte. Préparez-vous à un humour mordant, des personnalités hors-normes, des péripéties qui se multiplient et surtout un lien familial défiant l’entendement.

Après son formidable roman Avant la longue flamme rouge, j’attendais l’auteur de pied ferme. Il m’a surprise, séduite, transportée avec ce nouveau livre. Un des mes énormes coups de coeur de cette rentrée qui ensoleille déjà les tables de vos libraires !

Aurélie.

Les Contreforts, Guillaume Sire, Calmann-Levy, 342 p. , 19€90.