Anna Thalberg a le grand malheur d’être belle, rousse et « étrangère » en ce petit village du sud de l’Allemagne où la chasse aux sorcières connaît un essor sans précédent. Sa voisine Gerda sert sur un plateau à l’examinateur Vogel les premières accusations visant à la faire entrer dans cette tour d’où elle ne sortira que pour atteindre le bûcher.

Alors qu’elle subit une torture sans fin, son mari glisse vers la folie et le curé du village tente d’incliner le destin d’Anna par tous les moyens.

Ce court roman est vraiment surprenant par la force que dégagent ces pages à la construction déroutante, par la façon très fine qu’a l’auteur de questionner le Mal, par une narration qui nous ferait presque penser être dans un conte cruel mais qui révèle une des périodes les plus sombres de l’Histoire de l’Allemagne.

Autour de la blancheur d’une héroïne malmenée de bout en bout, les ombres rodent, prennent corps, toujours plus sombres et révélatrices de l’ignominie des hommes et des femmes se servant de Dieu et du Diable à leur guise pour assouvir leur soif de violence.

Aurélie.

En dehors des polars et autres romans noirs et de société, ce que j’apprécie aussi ce sont les romans qui se passent en des temps anciens.

Avec Anna Thalberg, Eduardo Sangarcia allie les deux avec une originalité surprenante.

Commençons par ce qui intéressera le plus grand nombre : le résumé.

Anna est emmenée de chez elle alors que son mari est absent. Sa voisine, par jalousie autant que par stupidité, l’ayant dénoncée auprès de l’examinateur Vogel pour faits de sorcellerie. Bien évidemment, chacun rajoute un peu d’huile sur le feu, accusant la pauvre Anna de tous les malheurs qui leur sont arrivés. Emmenée à la « tour des sorcières » pour y être torturée avant d’être brûlée sur le bucher, Anna fera face au « Père confesseur » tandis que son mari, aidé par le curé du village, tentera de sauver sa femme.

C’est donc à une histoire chevaleresque mais peuplé de bassesses, de méchanceté gratuite, de peur aussi, envers Anna, parce qu’elle est différente, seule rousse au village, qu’on a affaire. Et le fait que cela se passe en Allemagne au XVIème siècle peut prêter à sourire tant cela rappelle la chasse, non pas aux sorcières, mais aux juifs, qui a eu lieu aux XIX et XXème siècles dans ce même pays… on se demande d’ailleurs si cela est bien terminé, mais c’est un autre débat. La peur de la différence, la haine et surtout l’ignorance et la bêtise en sont les mêmes combustibles. Ou encore comment au nom d’une idéologie ou d’une religion des gens peuvent se permettre de juger d’autres personnes et de décider de vie ou de mort sur ces hommes et ces femmes. Là encore cette histoire est on ne peut plus contemporaine.

Après l’histoire et son message, je vous parlerai du style, totalement unique, inattendu, original. Cette façon qu’a l’auteur de construire ses phrases, ses paragraphes, est lumineuse d’ingéniosité. Et que dire des passages qui font se refléter en deux colonnes les paroles d’Anna vs ce que veut comprendre et ce qu’interprète le « Père confesseur » et vice versa.

Bref, quoi que l’on recherche dans ses lectures, chacun trouvera dans ce roman trop court de quoi combler ses attentes.

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Marianne Millon.

Laulo

Anna Thalberg, Eduardo Sangarcia, La Peuplade, 158 p. , 18€.

Publicité