1970, quelque part dans le désert de l’Arizona puis dans l’Utah, Joe conduit son camping-car au gré de ses envies, d’abord seul puis accompagné d’un jeune coyote recueilli sur la route. Qui est réellement Joe qui, sous des airs inoffensifs, semble particulièrement aguerri au maniement des armes et à la self-défense ? Qui est cet homme auquel même le FBI s’intéresse ? L’histoire démarre dans les années 30 à New York pendant la Prohibition. Joe s’appelait Giu à cette époque et ses activités étaient tout sauf innocentes. Mais sa soif d’argent ne lui a pas attiré que des amis et, des années plus tard, il se cache, protégé par le programme de protection des témoins mis en place par le gouvernement américain à la fin des années 60.

On connaît Matz (scénariste) depuis quelques années grâce aux nombreux projets auxquels il a apporté sa touche (les séries Le Tueur et Du Plomb dans la tête, entre autres). Passionné de noir, il confonda en 2008 avec François Guérif la collection Rivages / Casterman / Noir, initiative éditoriale des plus excitantes qui s’éteint malheureusement au bout de quelques années et une trentaine de titres, parmi lesquels il participa notamment à l’adaptation du Dahlia noir de James Ellroy superbement illustré par Miles Hyman. L’homme a un beau parcours et son nom sur la couverture d’un album est régulièrement synonyme de qualité.

Philippe Xavier.

Il faut reconnaître que le nom de Philippe Xavier me parlait nettement moins pour ne pas dire pas du tout. Il a pourtant publié quelques albums au Lombard (Croisade et Tango) ou chez Glénat (Conquistador et Hyver 1709) et a même participé à l’interminable aventure de XIII avec un album (L’Enquête – 2ème partie). Autant dire que l’on n’a pas à faire à un débutant là non plus. Bien évidemment, la couverture nous avait mis l’eau à la bouche et plus encore celle de la splendide édition noir et blanc que j’ai choisie pour illustrer cette chronique.

Philippe Xavier.

Les deux comparses embarquent immédiatement le lecteur dans un road movie plutôt agité à travers des décors magnifiés par le dessin de Philippe Xavier. Au scénario, Matz n’est pas en reste et, au-delà de l’intrigue suffisamment riche et bien construite pour nous tenir en haleine sur 140 pages, il soulève un coin de rideau sur le WITSEC (Witness Security Program) créé par Gerald Shur durant les années 60. On a souvent entendu citer ce programme dans des romans ou des séries mais rarement de façon aussi précise, les deux auteurs n’ayant pas hésité à mettre Shur en scène et complétant leur récit avec une page détaillée sur l’historique du programme et son fonctionnement jusqu’à nos jours.

Philippe Xavier.

Rythmé, bien ficelé et superbement illustré, Le Serpent et le coyote prend une option sur le podium des meilleures BD lues cette année et tout amateur de bon noir se doit d’y jeter un oeil avant de se faire happer par le récit.

Yann.

Le Serpent et le coyote, Xavier / Matz, Le Lombard / Collection Signé, 144 p. , 23€50.

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