J’ai lu les trois précédents romans de Laurine Roux. Mon préféré jusque-là était Le Sanctuaire. Dans ses textes, tous très différents, on sentait le frémissement d’une grande autrice en devenir, la certitude d’avoir découvert une nouvelle plume qui compterait de plus en plus dans le paysage littéraire français au fil de ses parutions.

Dès les 1ères pages de ce nouveau roman, j’ai su qu’elle avait franchi un nouveau cap. Elle nous surprend à nouveau en nous proposant un livre à mille lieues des précédents. J’en ressors tout à fait éblouie.

Du milieu du XIXe siècle au début du XXIe, elle nous fait vivre les péripéties d’une famille haute en couleurs. Chacune, chacun a un petit grain de folie qu’il tire d’un penchant scientifique ou artistique. Chacune, chacun compose avec les surprises grandioses où les désillusions que les coups de foudre ou les coups du sort placent sur son chemin. La fantaisie de leurs jours est souvent bousculée par les caprices de la Grande Histoire mais ils ont une chance que les autres n’ont pas : de génération en génération ils sont accompagnés par des chats philosophes (Socrate, Érasme, Diogène) dont ils sont les seuls à comprendre le langage et qui influeront de façon plus ou moins prononcée sur leur destin.

Marguerite et son jumeau Jacques sont deux des personnages principaux de cette grande fresque familiale. Autour d’eux va se mouvoir un siècle empli d’embûches et il leur faudra bien toute la force de leur esprit si particulier pour traverser le tumulte de leur riche vie.

Ce roman est une perle rare : à l’originalité de sa construction en courts chapitres dynamiques portés par une écriture facétieuse usant parfaitement du passé simple, s’ajoute une fabrication remarquable nous offrant un objet livre précieux. Le roman est émaillé de 70 gravures originales d’Hélène Bautista, gravures dont le graphisme semble exprimer à merveille le style tout aussi précis que virevoltant adopté cette fois par Laurine Roux. L’ombre et la lumière se mesurent sans cesse en ces pages dans lesquelles on s’abandonne le sourire aux lèvres, se laissant complètement porter par ce grand roman historique.

Aurélie.

Sur l’épaule des géants, Laurine Roux, Éditions du Sonneur, 384 p. , 24€.

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