Illustration d’Astrid Jourdain.

Lire un ouvrage de Bérengère Cournut c’est comme lire à ciel ouvert.
L’amplitude de son univers, la poésie de sa plume, le voyage littéraire qu’elle propose.
Je suis tombée en amour de Zizi Cabane, de sa famille alentour, de la couleur de leurs destins.
J’ai senti l’eau qui parcourait, parfois inondait, leurs cavités intimes. J’ai écouté la voix d’une disparue, j’ai pensé à ces deuils impossibles et à la puissance presque mystique de la résilience.
Ce roman est d’une intensité à couper le souffle.

Tu y trouveras des traces de quelques uns de ses précédents romans, comme les cycles des vies liés à ceux des saisons dans Née contente à Oraibi, comme les chants, nature instinctive, de De pierre et d’os, et même d’ Élise sur les chemins avec cette professeur d’histoire-géo, cette madame Élise, qui transporte Chiffon, le frère de notre héroïne, dans une autre monde, géographique, artistique, géologique.
Comme si Bérengère Cournut réalisait son Grand Tout, son Orenda, rendant la vie frémissante des cailloux, des cours d’eau, du vent, de la roche, des pierres, de la glace, des cristaux, du sable.

L’histoire est celle d’une famille, dont certains membres sont rebaptisés en fonction d’évènements intimes. Par ce biais, Bérengère Cournut nous fait entrer dans un conte auprès de Ferment, Chiffon, Béguin, Zizi Cabane.
Odile est la mère, celle donnant cet amour là. Puis un jour, Odile disparaît.
Et la maison prend l’eau, littéralement.

Le deuil est une longue rivière sinueuse, avec ses barrages, ses bouts de bois flottants, elle s’assèche ou sort de son lit. Chaque membre de cette famille trace alors sa voie, essayant de comprendre, assimilant le fait qu’un jour il faudra mettre le mot « fin » à cette disparition.
Odile n’est plus, Odile n’est plus l’amer remarquable ni la présence enveloppante, elle est l’évaporation d’un monde, celle qui rejoint un autre espace-temps.
Odile chante, un peu comme un chant antique. C’est la voix d’une voyageuse, hors de notre temps pressé et compté.

Zizi Cabane, elle, fait son deuil d’enfant. Intuitive, rêveuse, elle tisse son chemin auprès des siens, sans trop savoir où elle va, comme une toile d’araignée en gribouillis qui pourrait s’avérer être son propre piège.
Tu t’y attaches tellement à cette petite fille.

La femme, et l’enfant, prennent leur place dans les romans de Bérengère Cournut, tout comme la nature prend aussi sa puissance au travers de ces pages.
Tu t’enfonces dans une sorte de canopée, tu y entends presque le bruissement incessant de l’eau. Cette eau qui s’infiltre partout, rendant inhabitable la maison de nos Robinsons. Le mystère règne tandis que des solutions surgissent, généreuses, emplies d’humanité.

Zizi Cabane ouvre sa fenêtre sur le monde, elle perçoit les frottements infimes de l’eau, de la roche, des particules. Petit être sensible, elle revient à la chaleur de sa naissance pour reconnaître cette mère qu’elle a si peu connu, elle entend sa voix comme elle pouvait le faire, fœtus dans la matrice.

Cependant, il faut goûter à soi, à cette indépendance, et la famille reste présente pour l’y aider.
C’est tellement beau et puissant ces passages là, d’aider à laisser grandir en donner l’opportunité à Zizi Cabane de larguer ses amarres.

« ça m’amuse, parce que même si je n’ai pas dressé d’animaux sauvages, même si je n’ai pas plongé dans la mer en sous-marin, j’ai en revanche fait de longs voyages intérieurs. Des voyages pleins de silences et de visions indicibles, de lumière et d’obscurités. des visions où la réalité était déformée, où les rêves n’avaient plus de sens.(…) Je sens maintenant que le vrai risque, pour moi, aurait été de rester sur place. »

Zizi Cabane est un roman multiple, conte naturaliste, intimiste, familial.
C’est à la fois la perte et la guérison, la nature et les rêves.
Ce roman est une maison faite de feuilles, de roches, de songes, d’une Terre-Mère nichée dans un ruisseau et d’une famille unie, s’élargissant sous un vent léger.
Une sacrée évasion.

Zizi Cabane, Bérengère Cournut, Le Tripode, 256 p. , 18€.

Fanny.