Bruna est en prison depuis onze ans. Elle n’y est pas si mal. Les jours passent, son travail à la cuisine, répétitif mais lui évitant la promiscuité lui convient.

Elle repense souvent à cette soirée où elle a rencontré Frane, tout début de son histoire avec lui. Si seulement son amie Suzanna ne lui avait pas proposé cette sortie, sa vie serait bien différente aujourd’hui…

La force de ce roman réside dans la façon dont la personnalité de Bruna nous est dépeinte. Retourner des années en arrière avec elle et revivre chacune des étapes qui l’ont menée entre quatre murs, c’est plonger dans une existence recouverte d’un filtre tenant les émotions à distance pour tenter de comprendre comment tout peut basculer malgré la banalité du quotidien.

Nos sentiments envers Bruna sont ambivalents, on lui en veut un peu mais on la plaint aussi et on aimerait pouvoir effacer le gris de ses jours pour lui laisser une vraie seconde chance. Mais elle n’attend rien des autres, assume son passé et s’enfonce dans sa solitude et sa routine comme dans un refuge.

Je suis ressortie un peu mélancolique de cette lecture, déçue que justice ait été faite, m’avouant à demi-mots que dans sa situation, dans certaines circonstances, j’aurais peut-être pu agir comme elle… Jurica Pavičić instille le doute en nous avec brio et un fil invisible semble encore nous lier à son héroïne une fois le livre refermé.

Mais qu’a-t-elle fait au juste ? Pour le savoir, à vous de vous plonger dans le roman !

Traduit du croate par Olivier Lannuzel.

Aurélie.

La Femme du deuxième étage, Jurica Pavičić, Agullo, 239 p. , 21€50.

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