Après avoir discuté avec celles et ceux qui éditent, écrivent, corrigent ou traduisent des livres, il était temps de parler de celles et ceux qui les vendent. Seb s’est donc rendu à la rencontre de l’équipe de La Petite Marchande d’Histoires, à Uzerche (Corrèze).

Photo : DR.

Bonjour Nathalie. Tout d’abord, peux-tu nous présenter la librairie La petite marchande d’histoires et nous faire son historique ?

La librairie a été créée en 2010 dans un petit local de la place Marie Colein à Uzerche (Corrèze). Très vite, il a fallu pousser les murs, la librairie a alors déménagé en juin 2014 sur le site de la papeterie toujours à Uzerche. La structure juridique a aussi évolué pour devenir une SCOP, une SARL coopérative, avec deux associées. L’idée était de faire de la librairie un vrai lieu de vie, accessible à tous, à toutes les cultures ; la Tartinerie a alors été créée dans ce sens, avec des produits frais, locaux.

Les librairies se trouvent souvent en zone urbaine ou péri-urbaine. Comment expliques-tu qu’à Uzerche, 2800 habitants, il soit possible de vivre en vendant des livres ?

Uzerche est au coeur d’un triangle Limoges-Tulle-Brive, et il n’y a pas de librairie indépendante dans cette zone de 25 km autour d’Uzerche, et peu de presses qui vendent des livres. Les activités complémentaires comme la tartinerie, le salon de thé ou le jeu de société permettent de maintenir les 3 emplois actuels. Nous proposons également beaucoup d’animations dans et hors-les murs de la librairie. Avec maintenant 12 ans d’existence, nous avons pu établir une relation de confiance avec nos clients et une communication au-delà d’Uzerche pour en accueillir de nouveaux.

Quel rapport ont les habitants du secteur avec la littérature et la culture ? Il y a quelques idées préconçues au sujet des zones rurales…

C’est justement dans une zone rurale que j’ai voulu créer la librairie. Nous avons une clientèle très éclectique, qui fait la richesse de notre librairie, avec un choix large pour tous les goûts et pour tous. La librairie s’est parée de couleurs et de mobiliers adaptés, loin des stéréotypes de la librairie élitiste, un lieu de vie, accessible et convivial .

Le camion BlaisePhoto : DR.

L’année dernière, tu as eu une idée originale, une histoire est née avec un certain Blaise. Tu nous racontes ?

Parce que nous sommes installées dans une zone rurale, à 25 km d’une autre librairie indépendante, toute un territoire autour d’Uzerche n’a pas de point livres à la vente. Pendant les différents confinements, j’ai réalisé qu’une partie de mes clients ne pouvaient pas se déplacer, étant tributaire d’un voisin, de l’assistante de vie ou de la famille pour venir à Uzerche. J’ai passé de longues heures à parler “livre” au téléphone, surtout pendant le premier confinement. Ce besoin de papoter de ses lectures, de demander des conseils a été alors une évidence. Nous devions trouver une solution pour aller vers ces clients isolés, la librairie devait venir à eux. L’idée de la librairie itinérante était cette solution, idée qui germait depuis très longtemps… Nous avons choisi un véhicule électrique, quoi de plus logique pour une librairie installée dans un éco-quartier, et à vocation éco-responsable. Après plusieurs mois à monter les dossiers de demandes de subventions, et de parfaire le projet, Blaise, notre camion-librairie est arrivé en décembre 2021, pour notre plus grande joie. Julie, notre troisième acolyte a été embauchée au même moment pour compléter notre équipage.

Quel a été l’accueil des communes alentours lorsque le projet leur a été présenté ?

En amont de l’arrivée de Blaise, dès le mois de septembre, j’ai rencontré les maires des différentes communes autour d’Uzerche, pour envisager ensemble la visite de la librairie itinérante sur leurs communes. Nous avons été très bien accueillies dans la préparation du projet et l’élaboration des tournées. Blaise a démarré le 14 décembre et a rencontré un vif intérêt dès le début. La tournée a été élargie dès le mois de janvier. Six mois après, les clients nous attendent impatiemment. 

C’était plutôt culotté de se lancer dans une telle aventure en pleine pandémie ?

C’était le moment ou jamais. Une nouvelle équipe s’est mise en place et le besoin était là, il fallait se lancer ! Je ne cache pas que beaucoup d’interrogations ont perturbé mes nuits pendant toute la période de préparation jusqu’à l’arrivée de Blaise.

Photo : DR.

Quel a été le soutien des institutions et du monde du livre pour vous aider à monter ce projet ? Comment avez-vous financé tout cela ?

Lors de mon premier dépôt de dossier de demande de subvention auprès de l’ALCA, l’Agence Livre et Cinéma Nouvelle-Aquitaine, j’ai reçu un soutien non négligeable pour trouver les financements de ce projet, plusieurs partenaires ont été mobilisés pour trouver LA solution de financement. En plus de l’achat du véhicule, il fallait également changer le logiciel de gestion pour avoir une caisse itinérante adaptée, du matériel et mobiliers pour transporter les livres sereinement. La DRAC, direction régionale des affaires culturelles, et le plan de relance a pris en charge une part des dépenses liées à l’outil informatique, et à la création de l’emploi; la communauté de communes du pays d’Uzerche et la région Nouvelle-Aquitaine, celles du véhicule. Un financement participatif grâce à jadopteunprojet.com a permis de boucler le budget en complément d’un prêt bancaire.

Quel service propose la tournée de Blaise et de la petite marchande d’histoires ?

Blaise et une des libraires apportent au cœur des villages une mini-librairie, une sélection de chaque rayon, dans le même esprit que la librairie, plus une sélection adaptée en fonction des clients de chaque commune. Et toujours, nos conseils et le sourire de la libraire !

Nous prenons les commandes par téléphone ou sur place, et la livraison lors du prochain passage. Il nous arrive même de glisser une livraison sur la route pour des personnes qui sont un peu loin du bourg. Bientôt, des auteurs nous accompagneront sur quelques tournées.

Maintenant que Blaise officie depuis quelques mois, quels enseignements tires-tu de cette aventure et quel premier bilan fais-tu ?

Le bilan est très positif : à peine six mois après son démarrage, en plein hiver, saison la plus difficile et la plus calme en librairie, le bouche-à-oreilles et la communication dans les médias ont permis un démarrage sur les chapeaux de roues. Nous sommes attendus par les clients sur la tournée existante, mais d’autres manifestent l’envie de nous voir sur leur commune. La tournée devrait donc continuer à se développer. Nous avons déjà reçu plusieurs invitations à des manifestations, tels que les marchés artisanaux. L’agenda se remplit vite. Cette idée un peu farfelue au début est finalement une très jolie façon de remettre le livre au cœur des bourgs, un service de proximité. Au sein de l’équipe, un nouveau projet est toujours  le bienvenu, une belle façon de partager. Si c’est à refaire ? Sans aucun doute !

L’équipe : de gauche à droite Agnès, Julie et Nathalie.

Y a-t-il des évènements importants dans le calendrier de la librairie ?

Les animations rythment toute l’année la vie de la librairie. Cet été, un salon du polar “Flag à la papeterie” le 16 juillet, une belle exposition photo sur la papeterie d’hier, des ateliers pour les enfants. et en décembre, le salon du livre jeunesse Le Loupiot . Pour Blaise, des idées en cours… et notamment d’emmener avec nous ponctuellement des auteurs sur les tournées.

Comment voyez-vous l’avenir au sein de l’équipe de La petite marchande d’histoires ?

L’activité se développe, et nous pourrons pérenniser l’emploi de Julie en fin d’année. L’équipe est motivée et d’autres jolis projets farfelus sont en cours de réflexion….

Nous vous en parlerons bientôt !!!

Seb.

Librairie Tartinerie La Petite Marchande d’histoires, 5 All. de la papeterie, 19140 Uzerche. Tel :  05 87 52 50 84.

https://www.facebook.com/Librairie-La-petite-marchande-dhistoires-113470148711459/