Un vent frais souffle sur la rentrée littéraire, réjouissons-nous !

J’ai refermé ce roman avec un petit pincement. Je me suis sentie orpheline de ses personnages et de son univers. J’ai tout de suite senti deux choses : 1. Ça allait beaucoup me plaire. 2. Surtout ne pas le finir trop vite.
J’avais envie de rester à Ys avec Danaé, Enoc, Alizée, Jacques et Augustin (entre autres).
Alors je l’ai fait duré le plus longtemps possible intercalant d’autres lectures. Et chaque retour à Ys était un petit moment suspendu.
Roman-monde qui te bouscule au milieu des embruns et du vent. Récit d’aventures maritimes à la manière d’un classique du genre. Roman d’émancipation où chacun cherche sa place dans la vie et dans la société existante. Où tantôt on joue avec les codes et tantôt on les embrasse totalement.
Ça crie sa colère, ça lutte contre le rejet, ça aime, ça se bat en duel, ça souffre du mal de mer et de bien d’autres maux. Ça invente une autre vie, ça cherche à s’en sortir, ça aime son île. Ça sent le bois, le vent, le poisson, l’iode, la joie et la peur.

D.R.

Et puis il y a ces passages entiers sur la mer, les relations humaines, les codes de l’île.

Et la langue qui brille autant dans les dialogues que dans la narration.

« Sur terre, on peut atteindre la perfection. Sur mer, on n’est que de passage. »

« On va tous chuter un jour. La seule façon de naviguer, c’est de l’accepter. D’ici là, on se rend le plus loin qu’on peut, on soustrait  à la mer tout ce qu’elle tente de nous enlever. On a jamais le dernier mot, mais on en place autant qu’elle. »

J’ai refermé le livre en relisant le premier chapitre et en me disant  » j’ai déjà envie de le relire ».

Hélène.

Photo : D.R. / Archives La Presse.

Second roman de Dominique Scali, Les Marins ne savent pas nager surprend d’emblée par l’assurance et l’originalité de sa langue, dont on se délecte tout au long des 700 pages de ce récit. Adossée à une imagination dont la richesse n’a d’égale que la fantaisie, l’écriture de la jeune québécoise séduit à chaque instant, emplie de verve et de poésie, au service d’un monde qui prend chair sous les yeux écarquillés du lecteur. Roman d’aventures, roman d’initiation, Les Marins ne savent pas nager fourmille de trouvailles et parvient en même temps à garder une cohérence et une fluidité qui font de sa lecture un plaisir de chaque instant. Impossible de s’ennuyer ici tant on s’attache aux (nombreux) protagonistes et à leurs vies mouvementées. Danaé Poussin, Enoc Martel, Renaud Bertiz, Alizée Quintal, Artimon Phélan, Boute-Selle, Madeleine Ezkarre, autant de figures qui viendront peupler notre imaginaire bien après que le livre ait été terminé. Mais Dominique Scali ne se contente pas de ce formidable talent de conteuse et parvient à donner avec finesse une certaine profondeur politique à son roman. En effet, l’histoire et l’organisation de la société issoise, en faisant écho aux nôtres, interrogent des notions comme la promotion au mérite, la place faite aux femmes ou encore la lutte des classes mais elle le fait avec entrain et légèreté, le sourire aux lèvres serait-on tenté de croire …

On l’aura compris, ce formidable roman devrait apporter à cette rentrée littéraire la grâce et la fantaisie qui lui font souvent défaut, loin du nombrilisme et de la raideur qui ont trop souvent tendance à la caractériser.

« Ils rêvaient d’Ys pendant des mois ou des années, puis le fait de la voir en vrai les laissait étherisés. Ils n’éprouvaient rien, reconnaissaient leur roche natale sans la saisir. Plus ils avaient vu de ports, moins ils n’en avaient vu assez (…) Il fallait les protéger contre eux-mêmes, leur rappeler qu’ils ne trouveraient jamais cet endroit dans le monde qui faisait dire « voilà, je suis arrivé au bout », puisque la Terre est ronde. »

Yann.

Les marins ne savent pas nager, Dominique Scali, La Peuplade, 728 p. , 24€.