Né en 1911 et mort en 1983, Tennessee Williams est un des auteurs les plus importants de la littérature américaine. On lui doit seulement deux romans (Le Printemps romain de Mrs Stone en 1950 et Une femme nommée Moïse en 1975) mais il laisse derrière lui un nombre considérable de nouvelles et de pièces de théâtre, parmi lesquelles ses oeuvres les plus connues (La Ménagerie de verre, Un tramway nommé Désir, La Chatte sur un toit brûlant …). Mais c’est surtout, injustice flagrante, l’adaptation au cinéma de certains de ces textes qui fit connaître son nom au grand public.

Après une enfance difficile marquée par la maladie et l’indifférence d’un père alcoolique et joueur, Tennessee Williams se lance très tôt dans l’écriture, soutenu par sa mère et sa soeur aînée, sous le regard dédaigneux de son père. Prenant assez tôt conscience de son homosexualité, il fera montre sa vie durant d’une fragilité nerveuse et cardiaque assez développée pour lui permettre d’être réformé par l’Armée lors de la seconde guerre mondiale. Son alcoolisme chronique et le dossier psychiatrique qu’il avait présenté ne lui rendirent sans doute pas service non plus.

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On ne sera, dès lors, pas surpris que les personnages auquel Williams donne vie dans les nouvelles de ce recueil soient, pour la plupart, des hommes ou des femmes en rupture de ban, tenus à l’écart de la société que ce soit par leur volonté propre ou par un ostracisme attisé par leur indifférence aux standards imposés. Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, Oliver Winemiller a perdu son bras dans un accident de voiture, ce qui a prématurément mis fin a sa carrière de boxeur.

« Maintenant, il ressemblait à la statue brisée d’un Apollon : il avait la froideur et l’impassibilité d’une figure de pierre. »

Après une plongée dans la prostitution, Oliver est vite arrêté pour un meurtre qu’il avoue immédiatement puis incarcéré dans l’attente de l’exécution à laquelle il a été condamné. La quasi totalité du texte se déroule dans la cellule où le jeune homme attend la mort en répondant au courrier de ses anciens admirateurs et amants, perdant peu à peu l’esprit à tenter de répondre aux questions que lui impose l’absurdité de la vie.

Tennessee Williams et Carson McCullers par Richard Avedon.

Dans Malédiction, un homme lie son sort à celui d’une chatte qu’il trouve chez sa logeuse et qui lui apporte le réconfort qu’il cherche en vain chez ses semblables. Ils finiront tous deux victimes de la cupidité et de l’indifférence des habitants de la ville.

L’homme qui donne son titre à la nouvelle suivante, Le Poète, choisit la solitude et quitte la communauté à laquelle il appartenait pour vivre à l’écart, sur une plage où le rejoignent les enfants, avides de ses histoires et de ses visions (souvent provoquées par l’alcool qu’il distille).

Dans Le Masseur noir, Anthony Burns, employé anonyme d’une grosse société, rentre dans un salon de massage sur un coup de tête. Il y est pris en main par un masseur qui semble deviner immédiatement ce que Burns recherche tout en ignorant de quoi il s’agit. une étrange relation s’installe entre les deux hommes au point qu’ils finissent pas ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre.

Ce sont au total onze nouvelles qui sont proposées ici, dans lesquelles Tennessee Williams propose des variations autour des thèmes qui jalonnent son oeuvre. Peuplées de figures d’exclus, de marginaux ou d’incompris, ces nouvelles sont pour la plupart des joyaux noirs dans lesquels il explore sans relâche les mécanismes de la culpabilité et de la rédemption, faisant ainsi écho à sa propre vie et aux difficultés rencontrées dès l’enfance. Souvent emplis de tendresse, d’amour ou de compassion pour ces inadaptés au monde, les textes de Tennessee Williams recèlent des lignes profondément émouvantes qui viennent adoucir la brutalité lucide qui leur sert parfois de toile de fond.

« Pour la première fois, ils se trouvaient ensemble dans le noir, sans plus éprouver la moindre peur l’un de l’autre. Ils se tenaient par la main, ils se regardaient avec une sympathie un peu triste. ils n’essayaient plus de s’aider mais seulement de se comprendre. Ils se savaient absolument séparés, absolument seuls l’un et l’autre. Mais ils n’étaient plus des étrangers … « 

Nouvelles traduites de l’anglais (États-Unis) par Maurice Pons.

Yann.

Le Boxeur manchot, Tennessee Williams, Pavillons Poche / Robert Laffont, 215 p. , 8€50.

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