Le 3 mars sont sortis en librairie les deux 1ers titres étrangers de la toute jeune maison Le Bruit du monde puis début avril arrivera le 1er français.

J’ai la chance de les avoir en main depuis quelques semaines. Je leur ai tourné autour en attendant le moment propice à leur découverte. Avant de lire les romans, j’ai pris le temps de détailler leurs couvertures, de toucher leur grain particulier, d’admirer le logo, la charte graphique choisie, les détails qui n’en sont pas (la bio des traducteurs sur le rabat juste en-dessous de celle des autrices par exemple). C’est beau une maison qui voit le jour ainsi, on le sent bourdonner ce Bruit, près à se répandre sur toutes les tables des libraires pour s’y installer durant de nombreuses années.

J’ai commencé les trois textes et c’est celui-ci que je termine en 1er.

Kailegh a travaillé pendant quelques mois pour une plateforme internet en tant que modératrice.

Dès le début, le contexte pose question. Les employés sont tenus au secret, ni portable ni même un bout de papier ne doivent pénétrer dans le bureau. La pression monte très vite, les objectifs à atteindre chaque jour sont énormes : 500 tickets à traiter rapidement et surtout efficacement. Faut-il retirer telle vidéo de la toile ou la laisser à la vue de tous ?

Imaginez passer des journées entières devant des images extrêmement violentes avec la responsabilité de prendre la bonne décision en quelques instants en vous basant sur des critères multiples et parfois contradictoires.

Kailegh se rapproche de ses collègues par la force des choses, les pauses devant leur muret, les fins de journées ensemble au café deviennent vitales. Elle commence une histoire avec la belle Sigrid, se raccroche à ce petit groupe qui vit la même chose qu’elle.

Mais tout cela on le découvre avec du recul et le procédé narratif est vraiment excellent. Sous un couvert romanesque, ce sont les dérives de nos sociétés modernes qui sont mises sous une lumière crue. Voir se transformer Kailegh et ses collègues au fil des mois est une expérience dérangeante mais très révélatrice que je vous encourage à vivre dès maintenant dans la traduction du néerlandais de Noëlle Michel.

Aurélie.

Les Choses que nous avons vues, Hanna Bervoets, Le Bruit du monde, 160 p. , 16€.

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