Le bouquin qui m’a fait du bien !
J’avais tellement envie, besoin, d’une histoire qui m’attrape, d’un livre qui me raconte une histoire, d’une aventure.

Illustration Taï-Marc Le Thanh

« Le gros Jacominus osa son doigt sur sa narine et souffla bruyamment par l’autre. Il n’avait jamais réussi à s’habituer à l’odeur. Même après cinq ans passés à tanner les peaux de castors. La cervelle de cerf bouillait dans la petite casserole de métal posée sur le feu depuis bientôt dix minutes. Ça allait bientôt être prêt. Il touilla l’épais gruau en bougonnant. Des pensées étranges traversèrent son esprit, concernant les humeurs de moelle qui se trouvaient réduites à l’état de bouillie blanchâtre et grumeleuse. Qui sait combien de pensées avaient pu se développer dans cet organe avant qu’il ne soit utilisé pour cette peu reluisante besogne ?  »

Bon sang de patates que c’était bien !
J’ai frémi, j’ai grincé des dents, j’ai cligné des yeux, j’ai souri, j’ai eu 5 ans, 8 ans, 14 ans puis 116 ans.
J’ai été Lisbeth, Maureen, Abi, Sam, Ellen et Anton.
J’ai été Hidalgo, bien sûr Hidalgo. J’ai été invincible, et puis vieille dame. J’ai été Calamity Jane, Ma Dalton et Bison Futé !

Euh… Oui. Bon. T’auras compris.
J’ai chevauché les plaines et les chemins de fer, me suis enfoncée vers l’Ouest, ai joué à Thoreau dans une clairière, et c’était bien !

C’est un peu Les quatre filles du Docteur March version Kill Bill, c’est un peu La petite maison dans la prairie à Walden façon Butch Cassidy et le Kid, c’est un peu les Enfants abandonnés de Nerverland (tu sais, la bande à Peter Pan) qui rencontreraient Jean Valjean, et Javert aussi, oui malheureusement.
Parce qu’il y a du Valjean dans Hidalgo, y a du James West mâtiné de Ken le Survivant aussi, et c’est bon.
Y a du Buffalo Bill Circus de loin et sans Sitting Bull, y a une p*t*** d’attaque de train trépidante (et j’ai repensé à Colodaro Train de Thibault Vermot), y a une ville fantôme, un saloon et de la tumbleweed qui voltige dans la poussière de la rue principale déserte.
Parce que c’est un ouestèrne, mon Pote. Un ouestèrne féministe, farpaitement, mon Pote.

« – T’es pas bien de te balader dans ce désert avec des filles, mon gars. Tu sais bien que cet endroit n’est pas fait pour les filles. Qu’elles ne seront jamais à l’abri d’une mauvaise rencontre.
– Non, fit Hidalgo.
– Quoi non ?
– Je ne suis pas d’accord avec toi. Ce monde est un monde pour les filles. Peut-être qu’elles mettront juste un peu plus de temps à s’y adapter. Et c’est sûrement à cause de salopards en ton genre !
– Oh oh ! Surveille un peu ton langage ! réagit le blanc-bec.
Il avait dégainé son arme pour la pointer vers Hidalgo. Ce dernier ne cilla pas, il se contenta de lever lentement les mains en l’air. Dans son mouvement, sa chemise glissa, révéla le tatouage qu’il avait sur l’avant-bras.
Le visage de l’homme noir s’éclaira d’un coup, tandis qu’un souvenir affleura à la surface de sa mémoire.
Une odeur d’abord, celle d’un charnier. Et la voix d’un de ses compagnons de l’époque :

– N’entre pas, c’est un véritable carnage là-dedans.
[…] »

Illustration Taï-Marc Le Thanh

Alors, y a un peu de tout ça, c’est un peu tout ça, toutes ces références-là [et glisses-y la tienne au passage] mais c’est, surtout, complètement rien que Et le ciel se voila de fureur. Ça se lit en deux coups de cuillères à pot parce que ça se quitte peu, avec ses creux dans les ornières et sa vive allure dans les pentes. Et ça m’a remis le pied à l’étrier moi qui peinais à lire dernièrement. Bref, c’était bien ! C’est de l’ado et c’est du bon ! C’est exactement ce qu’il me fallait !

Et le ciel se voila de fureur, de Taï-marc Le Thanh, Medium+ aux eds de L’Ecole des loisirs, 370 p., 17€.

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