La pêche au petit brochet, Juhani Karila (La Peuplade) – Fanny

Photo: Fanny, avec l’aimable participation de la Lozère.

« Nous approchons de l’étang depuis la stratosphère.
On voit d’abord la Laponie finlandaise. Elle se compose de: 1) L’excitante Laponie occidentale. avec ses stations de ski, Levi ou Ylläs, sa langue, le finnois tornédalien, ses artistes Timo K. Mukka, Kalervo Palsa et Reidar Särestöniemi. 2) L’exotique Laponie septentrionale. Les Sâmes, les monts tunturi et les troupeaux de rennes migrateurs, le lac Imari et les ombles chevaliers. 3) L’inepte Laponie orientale. Marais et moustiques. Qui n’intéresse personne.
Sauf nous.
C’est là que nous descendons en piqué, même si les vents nous détournent. Je n’en reviens pas. Même la planète veut nous envoyer à l’ouest.
Mais moi, j’écris mes propres lois de la nature.(…) »

Voilà, c’est ainsi que débute cet incroyable roman et c’est ainsi que Juhani Karila semble être, est-ce à dire un être libre de s’envoler vers ses propres lois littéraires.
La pêche au petit brochet  m’a fait penser à la liberté enfantine, celle de créer un monde totalement fou, totalement cohérent dans sa folie, véritablement vénérable.

Sous l’œil aguerri de la traductrice Claire Saint-Germain, Juhani Karila nous transporte dans une épopée que j’ai envie de qualifier d’écoféministe et sublimement fantastique.
L’auteur finnois te mélange une enquête, une histoire d’amour et un humour décalé à souhait, une sorte d’ Alice aux pays des merveilles bien « fucké ». Comme si tu te trouvais avec un lièvre enquêteur (Arto Paasilinna, bien l’bonjour de là-haut), un chapelier fou tombé en amour et brochet tentant d’englober tout ce monde pour ne plus se sentir seul.

Elina, notre héroïne, s’est fait une promesse: elle a trois jours et trois nuits pour pêcher l’énorme et coriace brochet de l’ Étang du Pieu. Durant ces sessions de pêche rocambolesque, où tu plonges entre le passé et le présent d’Elina, tu feras aussi la connaissance d’une inspectrice, Janatuinen, enquêtant sur un meurtre qui la rapproche petit à petit du territoire d’Elina.

Ce qui est fort, à chaque instant dans cette Pêche au petit brochet, c’est que Juhani Karila retombe toujours sur ses pattes. « Normalement » – car oui, qu’est ce que la normalité hein dis donc? – ce genre littéraire n’est pas trop ma tasse de thé mais, il faut bien dire que la magie finlandaise opère. Et enfouie dans ces 433 pages se trouve une allégorie qui touche à l’Essentiel, remuant le cœur, tel celui de la hase en pleine course. Je te laisse la découvrir car il serait bien dommage de te le dévoiler dans cette chasse, à l’unique trésor.

Juhani Karila prend un vrai plaisir à t’emporter dans un road-movie reliant Humains et Créatures de la mythologie finnoise.
Il y aurait cinquante-quatre déesses et dieux en Finlande, de quoi te rendre animiste surtout quand tu sais que le monde aurait été créé par l’explosion d’un œuf d’oiseau. Le ciel est constitué par le haut de la coquille de cet œuf et est soutenu par une colonne joignant la terre à l’étoile polaire.
Là, je te vois, je sais bien que tu lis cela avec des yeux écarquillés, mais c’est bon de les avoir écarquillés non ?
Te voilà ainsi rendue en Finlande, au milieu de créatures folkloriques cherchant soit à aider, soit à détruire Elina dans sa quête, c’est selon l’axe des choses. Tu feras la connaissance d’un teignon te regardant d’un air torve mais plutôt satisfait d’être sur la banquette arrière du char à Janatuinen.
Et tu trouveras ça beau et bon de te plonger dans cette course à la vie, au milieu de légendes te chuchotant que tu n’es et ne seras jamais seul-e.

« Une personne peut être convaincue dur comme fer de quelque chose, mais il suffit d’un hasard pour que tout change.(…) »

La pêche au petit brochet porte aussi le ton d’un Songe d’une nuit d’été avec cette histoire d’amour qui se déroule en un début puis toujours une fin, ces potions qui revigorent ou tuent, selon l’humeur, et cette nuit où tout devient à la fois confus et possible.
Juhani Karila t’emporte dans sa fête littéraire, de manière généreuse et enthousiasmante. Tu ne peux pas t’y perdre, juste y trouver une perle au bord d’un marais et participer à la lecture d’un roman qui touche l’âme.

Coup au cœur intemporel.

Fanny.

La pêche au petit brochet, Juhani Karila, La Peuplade, 460 p. , 22€.

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