Photo : Hélène Deschère.

Tu connais Camille?


Julien Dufresne-Lamy a eu envie de nous la raconter. Parce que Camille a une histoire particulière. Ou plutôt son père en a une qui rejaillit sur elle forcément.
Et la question que pose l’auteur ici est comment grandit-on, comment se construit-on quand son père est un proxénète connu, régulièrement cité dans les médias a côté d’autres noms encore plus connus ?


Comment Camille arrive à être Camille sans être la fille de? Et comment fait-elle avec cette absence? L’absence du père, jamais là, peu démonstratif (sauf en cas de besoin). L’absence envahissante qui te fait penser à certains moments que peut-être ce serait mieux s’il était mort.


Dans ce texte de non-fiction, l’auteur cherche à la raconter elle sans le raconter lui. Il cherche à en dire le plus pour mieux la comprendre, sans en dire trop, sans la trahir. Et tous ces questionnements de « comment écrit-on ce genre de texte-là ? » sont présents au fil des pages.


Julien Dufresne-Lamy captive avec l’histoire de Camille tout autant qu’avec ses doutes et ses réflexion sur comment le faire.
Je trouve ça passionnant de comprendre comment se faufile la littérature dans la réalité, comment faire d’une personne réelle un personnage, comment ne pas la trahir sans pour autant la dénuder entièrement, comment on fabrique un récit à partir d’un matériau qui ne nous appartient pas mais qu’on s’approprie, comment l’écrivain questionne son droit à l’écriture et son rapport aux faits et à l’humain.
J’adore comprendre comment on fabrique les choses et pourquoi. Autant dire que ce texte ne pouvait que me plaire.

Surtout avec l’écriture de Julien dont voici un tout petit exemple :
« l’écriture est une défaillance superbe, qui incarne mais n’est pas ».

Hélène.

907 fois Camille, Julien Dufresne-Lamy, Plon, 336 p. , 19€.