Le voleur de plumes, Kirk Wallace Johnson (Marchialy) – Fanny

Photo : Fanny Nowak.

Je viens de finir un incroyable récit. « Incroyable » du genre «  un trésor ».
 Le voleur de plumes  – The Feather thief : Beauty, Obsession, and the Natural History Heist of the Century  de Kirk Wallace Johnson, traduit par Doug Headline, aux éditions Marchialy, est une histoire multiple : celle des expéditions flamboyantes d’Alfred Russel Wallace – lorsqu’on parlait encore d’ « aventure » au XIXème siècle -, d’oiseaux devenus rarissimes, voir disparus, de monteurs de mouches maniaques de leur art, d’un vol mystérieux au sein d’un musée niché dans le Hertfordshire, et d’un auteur américain qui dédia plusieurs années de sa vie à cette affaire réellement rocambolesque, nous plongeant, en sa compagnie, dans cette enquête passionnante.

Tout d’abord, je tiens à souligner la beauté de l’ouvrage, beauté signée Guillaume Guilpart, de quoi te donner envie de te l’approprier sans même savoir le sujet…ce qui est exquis de la part d’un récit qui traite de l’obsession de la splendeur. Et bien, sois charmé(e), l’histoire est magnétique, d’une richesse palpitante.

Si on m’avait dit qu’un vol de peaux d’oiseaux et que les secrets enfouis de monteurs de mouches me tiendraient autant en haleine, franchement, cher petit oiseau du paradis, je ne t’aurais pas cru.
Parce que je pourrais te parler de ma première expérience de pêche, très lointaine certes, mais toujours aussi vivace. Cette fois où, sur une berge du lac Okeechobee, on nous avait tendu cette tige en bambou où était suspendu…un bout de saucisse, histoire de vouloir attraper un poisson-chat. C’est à la vue d’un bouillonnement (« oh mais il va être énorme notre poisson miaou ») puis de la gueule largement ouverte d’un alligator mordant notre bout de saucisse – avec le fil qui va avec – que nous larguâmes, ma sœur et moi, notre pauvre matériel de pêche pour aller nous réfugier, toute sirène hurlante, dans le mobil home de Wanda et Don.
Vas-y tu peux en rire petit oiseau de paradis.

Donc, pour en revenir à nos corbeaux indiens, tragopans de Hastings et autres quetzals resplendissants, tu vas voir valser les plumes de plusieurs personnages liés à « l’affaire Rist », puis tu vas écarquiller tes mirettes pour enfin devenir aussi avide de vérité(s) que Kirk Wallace Johnson.

Déjà, Kirk Wallace Johnson est une sacrée plume – oui, comme ça, c’est fait -, du genre à être publié par le New Yorker, New York Times, Washington Post, etc… . Journaliste, il est aussi le fondateur de The List Project, une organisation à but non lucratif, qui aide les réfugiés irakiens, ceux et celles travaillant pour le gouvernement américain durant cette satanée guerre.
Et un jour, durant l’automne 2011 à Taos – Nouveau-Mexique -, Kirk Wallace Johnson décide d’aller pêcher à la mouche, histoire de décapsuler son presque burn-out, en compagnie de Spencer Seim.
C’est ce guide rencontré « au petit matin dans une station d’essence à la sortie de la nationale 522. Il était appuyé contre son 4Runner couleur tabac, avec sur le pare-chocs, un grand autocollant du film The Big Lebowski à peine visible sous la boue : « Pas sur le tapis, mec. » (…) », qui lui parle pour la première fois d’ Edwin Rist.

Edwin Rist, jeune flûtiste virtuose, qui décida, un soir de Juin 2009, de casser une fenêtre du musée d’Histoire naturelle de Tring, pour y voler, dans une valise, des centaines de peaux de cotinga céleste, cotignac de Daubenton, de Cayenne, de cordon-bleu, de paradisiers gorge d’acier, bleus, de jardiniers ardents et autres spécimens rapportés méticuleusement par un certain A.R. Wallace.

Attention, petit oiseau de paradis, en utilisant ce type de narration non linéaire, Kirk Wallace Johnson te plonge rapidement dans une ambiance à la Usual Suspects : tu crois savoir mais non. Addiction en vue !
Et c’est vraiment remarquable parce que cela amène de l’intensité à une enquête qui ne fit pas la une des journaux internationaux et qui pourtant t’amènera beaucoup plus loin que tu ne le pensais.

Pour cela, l’auteur te ramène d’abord aux origines premières, c’est à dire le personnage incroyable d’Alfred Russel Wallace – qui donna des sueurs froides à un certain Darwin -, la folie des plumes à cette époque ( du genre « Allo, t’as un chapeau et pas de plumes rarissimes dessus?! la loose » ), l’histoire – et quelle histoire ! – du musée de Tring, le début de la Confrérie Victorienne des Monteurs de mouches; et là tu comprendras que cet art peut faire de certaines personnes, non pas des pêcheurs, mais des pécheurs, dans le sens peccator du terme.

Kirk Wallace Johnson ne laisse rien au hasard, c’est exaltant de bout en bout, j’avais toujours cette hâte de m’y replonger, d’approfondir le sujet, de me sentir l’âme d’une fantômette dans le milieu trouble des monteurs.
En fond, toujours fil rouge du récit, cette question de la beauté, du fait que l’Homme n’a de cesse de la posséder, quelque soit l’époque. Et tous les moyens sont bons.

Voici donc un indubitable coup au cœur !
Il serait dommage de passer à côté si toi aussi tu aimes découvrir des faits historiques épatants et avoir ce sentiment particulier d’accompagner un journaliste aguerri à démêler une affaire palpitante dont le sujet principal, la possession du « beau », reste dramatiquement d’actualité.

Traduit de l’anglais par Doug Headline.

Fanny.

Le voleur de plumes, Kirk Wallace Johnson, éditions Marchialy, 342 p. , 22€.

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