Tous complices, Benoît Marchisio (Équinox / Les Arènes) – Impact, Olivier Norek (Michel Lafon) – Perrine

« Réveillez-vous ! » pourrait être le titre de cette chronique …

Voici bien longtemps que je n’avais pas eu envie d’écrire pour parler de mes lectures. Pour être honnête, je n’avais pas beaucoup lu non plus. Et puis début 2021, me voici à nouveau tentée au détour d’un rayon de librairie ou de médiathèque et après avoir refermé ces deux derniers romans, il m’a paru indispensable de partager avec vous ce que je ressens.

D’un côté, nous avons Tous complices, premier roman de Benoit Marchisio paru aux Arènes (Equinox). Pour ceux qui connaissent cette collection, vous ne serez pas surpris si je vous dit que c’est un roman fort, noir et sociétal. En ces temps de confinements et de couvre-feu, nombreux sommes nous à être tentés par la possibilité d’avoir en trois clics sur une appli un burger, une bowl ou une pizza. Soyons honnêtes, 90% de ceux qui vivent dans une zone desservie y ont forcément au minimum pensé ? Après la lecture de Tous coupables, l’envie m’est clairement passée. On y découvre l’envers du décor, qu’on connaissait déjà bien sûr parce que nous savons tous que livreur est un job précaire, à peu près aussi bien classé que préparateur chez vous savez qui. Sauf qu’en fait, on ne savait rien, ou du moins moi je ne savais rien. Tout ce que j’avais en tête n’est rien à côté de la réalité. Les cadences, le marketing, le système monstrueux et ce à quoi les « collaborateurs » sont réduits.

Donc première claque, j’étais dans une jolie petite bulle déjà pas très clean, qui m’a explosé au visage grâce à une écriture précise, portée par des personnages si attachants que cela nous révolte d’autant. Si seulement l’auteur s’était arrêté au monde de la livraison de repas à domicile, j’aurais peut-être pu m’en sortir en me mettant en cuisine et en attendant sagement que les petits restos du coin ouvrent à nouveau… Sauf que ce n’est là qu’un prétexte et que quand on gratte la peinture, le placo vient avec. Education nationale, média, c’est toutes les strates du système qui se révèlent gangrénée…

Et c’est là que j’enchaîne sur ma deuxième lecture, Impact d’Olivier Norek publié chez Michel Lafon. Autre style autre ambiance me direz vous ? Possible, mais il est loin le Olivier Norek qui écrivait des romans policiers bien construits nourris par son expérience professionnelle, où des flics menaient des enquêtes prenantes. Il m’avait déjà surpris avec Entre deux mondes, roman poignant sur la jungle et les non-droits des migrants, qui m’avait particulièrement plu pour son aspect documentaire mais laissait pour moi à désirer sur le scénario. Déjà, on sentait l’envie de faire passer un message, de creuser dans les failles du système et de dénoncer. Avec Impact, il réussit à allier un scénario intelligent qui s’emboîte parfaitement, des personnages animés par sa connaissance précise du milieu et un sujet des plus noirs : l’écologie. Sauf que c’est particulièrement réducteur de parler d’écologie tellement ce mot est aujourd’hui vide de sens. A force de l’entendre partout et à toutes les sauces, c’est comme le papier peint moche des toilettes de mamie, on y fait plus attention. On sait que c’est là, on sait bien qu’il serait temps de s’en occuper, mais…

Vous allez me dire elle a complètement perdu la main pourquoi nous parle-t-elle de deux bouquins en même temps, en plus on ne comprend pas vraiment de quoi ça parle et où veut-elle en venir ?

J’en viens à leur point commun. Nous. Dans les deux livres, la situation est morose, révoltante, à vomir et malheureusement ce n’est pas de la fiction. Rien de transcendant me direz-vous, c’est la base d’un roman noir. Ce qui germe par contre (et qu’on retrouve dans d’autres avant eux bien sûr comme dans Révolution de Sébastien Gendron chez Albin Michel), c’est que les auteurs nous présentent des héros qui n’en sont pas, des héros qui ne réussiront pas tous seuls aussi malins soient-ils, des héros qui ne servent qu’à allumer la mèche. Pour rendre le monde un peu moins dégueulasse, que ce soit pour enrayer le réchauffement climatique, la société de consommation ou la télé poubelle, il faut que cela vienne de nous. Sauf que nous, on a beau nous hurler dans les oreilles « Réveillez-vous ! » on dit oui oui et on retourne tranquillement regarder les infos en rentrant du boulot, en se persuadant que nous n’avons aucun pouvoir.

Alors si comme moi vous sentez dans cette époque morose et incompréhensible qu’il est temps de se poser des tas de questions et de chercher comment réagir, voici quelques lectures qui à défaut de vous donner des réponses pourront au moins éclairer la route. Néanmoins la plus grande des questions reste en suspens: jusqu’au faudra-t-il aller ?

Réponse dans une prochaine lecture qui sait ?

Perrine.

Tous complices, Benoît Marchisio, Équinox / Les Arènes, 287 p. , 20€.

Impact, Olivier Norek, Michel Lafon, 348 p. , 19€95.

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