The White Darkness, David Grann (Éditions du sous-sol) – Yann et Aurélie

Photo : Yann Leray.

Cette photo ! Le portrait d’Henry Worsley pris par Sebastian Copeland est à lui seul un excellent argument pour faire l’acquisition de ce petit bouquin. Barbu, le visage ravagé par le froid, le sourire édenté et ce gros cigare coincé dans une bouche hilare, les reflets de l’Antarctique dans ses lunettes, Henry Worsley en impose sacrément. En revenant sur son parcours, David Grann (dont nul n’a oublié la terrible Note américaine – Éditions Globe 2018 / Pocket 2019) éclaire aussi celui du grand explorateur Ernest Shackleton dont les exploits fascinèrent Worsley au point de consacrer la deuxième partie de sa vie à marcher dans ses traces.

Marqué très jeune par la lecture d’ Au coeur de l’Antarctique, dans lequel Shackleton revient sur l’expédition Nimrod entre 1907 et 1909, à laquelle participa l’un de ses ancêtres, ce fils de militaire et militaire lui-même n’aura de cesse d’organiser une expédition qui lui permettrait de réussir ce que son illustre prédécesseur n’avait pu accomplir : la traversée de l’Antarctique de la mer de Ross à la mer de Weddell, soit plus de 1500 kilomètres dans des conditions extrêmes.

Après un premier succès, la Matrix Shackleton Centenary Expedition, en 2008/2009, lors de laquelle il est accompagné par deux descendants de l’équipe Shackleton, Henry Worsley, incapable de se reposer sur ses lauriers et porté par une volonté implacable, reprend l’entraînement en vue de la traversée de ce continent de glace, en solitaire et sans assistance, soit plus de 1600 kilomètres en quatre-vingt jours.

Sachant que Shackleton comme Worsley ont tous deux écrit un livre relatant leurs expéditions, le récit de David Grann apporte-t-il quelque chose de neuf à l’épopée antarctique ? Sa dernière partie seulement, serait-on tenté de répondre, l’ultime expédition, celle qui repousse au plus loin les limites de l’extrême, celle qui finira par prouver que le mental ne fait pas tout, contrairement à ce qu’avait professé Worsley sa vie durant. Il conviendra néanmoins de souligner les nombreuses photographies qui illustrent l’ouvrage, apportant ainsi le petit plus qui pourrait manquer au texte de David Grann.

Exemple parfait de la fascination qu’exerce l’Antarctique sur l’imaginaire collectif, The White Darkness est avant tout le portrait d’un homme mené par l’envie de marcher dans les traces des géants (son témoignage écrit en 2012 s’intitule d’ailleurs In Shackleton Footsteps), par la volonté de se surpasser, de repousser ses limites. Et on ne pourra s’empêcher de penser à ce titre sublime, Les Conquérants de l’inutile, écrit en 1961 par l’alpiniste Lionel Terray, qui, de notre point de vue, semble résumer, bien qu’un peu sèchement, le parcours de Worsley. S’il n’avait ici pas matière à une enquête, la totalité des faits étant connue du public, David Grann offre un dernier hommage à cette figure hors-normes, cet homme guidé par ses rêves qu’il fit passer avant tout le reste, au point de déclarer à propos de sa femme et de ses deux enfants : « Avec le recul, je me rends compte que j’ai perdu la notion de ce que devraient être mes véritables priorités. » Cruel bilan s’il en est.

Yann.

Photo : NC.

Lu d’une traite, ce récit est réellement impossible à lâcher. Une lecture très inspirante, surtout en ce début d’année où on tourne résolument le dos à la précédente et où on se sent l’âme d’intrépides explorateurs. Henry Worsley était l’un des plus grands. Animé par sa passion dévorante pour Shackleton et par une détermination hallucinante, il organisa des expéditions périlleuses en Antarctique dans les années 2000 et 2010.

David Grann a recueilli de nombreux témoignages et nous donne à lire le portrait d’un homme hors-du-commun habité par une passion dévorante. On ne peut qu’être impressionné par le mental de Worsley, sa façon fantasque et presque parfaite de diriger ses hommes, que ce soit en tant que gradé dans l’armée britannique ou sur la glace. Son amour pour sa femme et ses enfants, sa clairvoyance, son optimisme à toute épreuve finissent d’en faire un héros qui m’a fortement impressionnée. La réalité dépasse ici la fiction et, comme dans La Note américaine que j’avais adoré découvrir aux éditions Globe, David Grann se met merveilleusement bien au service d’une histoire renversante qu’on a presque l’impression de vivre grâce aux nombreuses photos qui accompagnent le récit.

Bravo aux Éditions du sous-sol pour le soin apporté à l’objet livre, il est l’écrin parfait pour ce texte plus qu’excellent.

Aurélie.

Traduit de l’anglais (États-Unis) de Johan-Frédérik Hel Gued.

The White Darkness, David Grann, Éditions du sous-sol, 152 p. , 16€50.

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