Johnny Cash s’est évadé, Jacques Colin (Le Castor Astral) – Fanny

Photo : Fanny Nowak.

Voici un récit épatant où je crois bien avoir corné (diantre!) quasiment toutes les pages, voulant me remémorer tel ou tel fait.
Tu ne connais pas Johnny Cash? Read this book.
Tu connais Johnny Cash? Read this book.
Ce livre aurait presque pu être livré avec une clé usb comprenant les titres favoris et emblématiques de celui que l’on nomme encore « l’homme en noir », tellement l’auteur, Jacques Colin, réussit à te faire lire un son, une humeur aussi, celle de l’Amérique profonde de l’époque.
Là est toute l’originalité de ce récit journaliste passionné et érudit : faire revivre un temps socio-politique, dire l’espace géographique autour de l’homme, te placer dans le cœur de ce qu’il vivait.
Cela rend une histoire éclatée et palpitante et te donnera envie d’aller fouiller dans la malle aux trésors – disco – biblio – filmo – que Jacques Colin a eu la bonne idée de poser à la fin de son ouvrage.

 Johnny Cash s’est évadé , dans la collection « A day in The Life » du Castor Astral, commence le 13 Janvier 1968, jour où Johnny Cash, accompagné de la solaire June Carter, se produit au pénitencier de Folsom, dans le comté de Sacramento en Californie. Une échappée représentant un nouvel élan dans sa riche et oscillatoire carrière, le moment enfin revenu pour lâcher les mustangs tout en reprenant les brides de sa vie.

« « At Folsom Prison » sera un des plus grands succès de Cash, un triomphe d’autant plus inattendu que l’album est en rupture totale avec l’humeur de l’époque et ses délires psychédéliques. Il est la quintessence de ce que Cash veut exprimer depuis toujours : la tristesse, la poisse, la souffrance, la solitude, mais aussi la joie, le courage, le don de soi, la rédemption. »

Puis tu reviens à l’origine de cet homme, le petit gars des années 30, aimanté par la « hillbilly music », chantant tout en ramassant le coton aux côtés de sa mère, à Dyess, dans l’Arkansas.
Jacques Colin te raconte la racine des évènements, te place dans la « Grande Dépression », te met devant les choix rudes d’une vie et d’un homme qui l’est tout autant : Ray Cash, père de.
Tu baignes dans une atmosphère en noir et blanc, à la Faulkner ou Flannery O’Connor, c’est tout à la fois puissant, injuste, poussiéreux, violent, courageux et généreux.
Tu suivras les premiers pas musicaux de Johnny, l’effroyable mort du frère, son union avec Vivian, la guerre, l’installation à Memphis, Tennessee, et cette passion tenace du rythme, du chant et guitare.
C’est un véritable bain d’époque où tu croises Nina Simone, J.B. Lenoir, Sam Phillips « le » producteur des blues-men, B.B. King notamment et tant d’autres. Cash y trouve sa place, ne lâchant rien.

Parfois Jacques Colin s’éloigne volontairement de son sujet pour donner voix à d’autres, comme l’icône country Loretta Lynn, née dans le Kentucky. Parce que les parallèles sont nécessaires et donnent un sens commun.

Toutes et tous – Patsy Cline, George Jones, Dolly Parton, Eddy Arnold, Johnny Cash…- sont au départ d’origine très modeste. Non loin de leurs lieux respectifs de naissance, résonnent les ballades traditionnelles chantées lors des veillées, un exemplaire de la Bible non loin. Une spiritualité, plus qu’une religion, pour contrer la violence et l’acharnement d’une vie.
Colin ne passe pas sous silence les multiples addictions de Cash, sa carrière en est marquée au fer rouge.
Puis tu continueras le voyage en Virginie, Maces Spring, pour y lire la genèse de la famille Carter sans qui, à un moment, Cash n’aurait pu reconstruire un ailleurs meilleur.
L’odyssée, car cela en est une, Cash-Carter est aussi une beauté en soi. Le journaliste arrive à faire vivre ces regards entre les deux, car Jude (auteure du mythique « Ring of fire ») et Johnny, c’est quand même quelque chose de rare et magnifique.
Tu iras même faire un tour à Wounded Knee, dans le Dakota du Sud. Colin te plonge dans l’épisode de L’Amérique et du génocide Indien. L’homme en noir prend alors parti contre le racisme tristement « banal » de l’époque et tu apprendras que L. Frank Baum, futur auteur jeunesse, notamment du « Magicien d’Oz », est un sacré salopard.

Jacques Colin passe d’années en États avec la facilité d’un clawhammer version Earl Scruggs et je pourrais te faire écouter sont talent durant de nombreuses lignes, mais le mieux serait de te plonger dans cet attachant  Johnny Cash s’est évadé .
Voici la quintessence du parcours d’un très grand chanteur – compositeur -interprète – mélomane – théologien presque – lié à son vaste pays : c’est vibrant, détonant, folk, de cette beauté mélancolique, et parfois puissamment rock and roll durant les « ups and downs » de sa vie.  Johnny Cash s’est évadé »est une pépite, une « larme d’Apache », un voyage au long cours où tu pourras te laisser transporter par la musicalité de l’ensemble.

Coup au cœur on fire.

Fanny.

Johnny Cash s’est évadé, Jacques Colin, Le Castor Astral, 249 p. , 15€90.

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