La dernière affaire de Johnny Bourbon, Carlos Salem (Actes Noirs) – Yann

Photo : Yann Leray.

« Tu as l’air d’un privé de cinéma, Arregui, dit-elle au bout d’un moment. L’une de ces têtes de mule qui ne s’arrêtent que si on les tue, qu’ils se suicident ou épousent une riche héritière, ce qui revient au même. Allez, dis-moi que tu pousses le cliché jusqu’au bout et sors donc la flasque que tu planques dans ta veste … »

Heureuse idée qu’a eue Carlos Salem de remettre en selle l’inoubliable duo de Je reste roi d’Espagne, un de ses meilleurs romans, paru en 2011. Après Le plus jeune fils de Dieu (en 2015), carrément décevant et Attends-moi au ciel (en 2017), un cran au-dessus, sans retrouver le niveau des précédents, on se réjouira donc de retrouver le privé Arregui (Txema pour les intimes), fidèle à lui-même, à savoir mélancolique et solitaire.

A l’approche de la cinquantaine, Arregui, qui tente de se retirer des affaires, se voit vieillir et s’en inquiète. Lors d’une de ses conversations téléphoniques mensuelles avec son père, ce dernier l’incite à oublier les douleurs passées et à se reprendre en main. L’occasion se présente lorsque Super, une vieille connaissance du détective, lui demande son aide pour enquêter sur la mort d’un gros bonnet local, un des hommes les plus haïs d’Espagne. Parallèlement, Arregui s’obstine, sans trop savoir pourquoi, à éviter une jeune femme aux cheveux verts qui semble avoir elle aussi besoin de ses services. L’enquête s’avérant plus délicate que prévue, Arregui finira par s’appuyer sur Juan Carlos de Bourbon, ex-roi d’Espagne, son ancien acolyte, qui s’ennuie dans sa retraite et ne demande qu’à retrouver un peu d’action.

Il suffit de quelques lignes pour retrouver ici ce qui nous avait tant plu dans Je reste roi d’Espagne, ce mélange d’exubérance et de mélancolie qui caractérise l’écriture de Carlos Salem. S’appuyant sur des personnages au caractère bien trempé et au cuir renforcé, il laisse néanmoins pointer une grande tendresse envers la plupart d’entre eux et atténue ainsi la violence des hommes qui s’affrontent dans ces pages. Au fil d’une double enquête plutôt rocambolesque, qui mènera (entre autres) Arregui et Johnny Bourbon à démanteler un réseau pédophile, l’auteur argentin installé à Madrid depuis une vingtaine d’années offre en filigrane le portrait d’une Espagne minée par une corruption quasi institutionnelle.

Tout Salem est là, dans ce subtil cocktail de mélancolie et de folie douce, d’humour et de tendresse, sur un fonds sordide et réaliste. L’enquête n’est finalement qu’un prétexte pour mettre en scène une galerie de doux dingues sans se priver pour autant de lancer quelques piques contre certaines classes sociales et politiques. Le contrat est rempli et La dernière affaire de Johnny Bourbon (traduit de l’espagnol par Judith Vernant) réconciliera avec son auteur celles et ceux qui avaient pu être déçus par ses deux derniers romans. Et s’il vous prend ensuite l’envie de lire ou relire Un jambon calibre 45 ou Nager sans se mouiller (Actes Noirs / Babel), n’hésitez pas, ils sont également très recommandables.

Yann.

La dernière affaire de Johnny Bourbon, Carlos Salem, Actes Noirs, 221 p. , 21€.

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