Beautiful Boy, Tom Barbash (Albin Michel) – Fanny

Photo : Fanny Nowak.

 Beautiful Boy  est un livre au charme fou qui possède à la fois ce qu’il faut d’anecdotes pour vous plonger dans l’univers socio-culturel de l’époque, à savoir la toute fin des années 70, et tout ce qu’il faut d’humanité pour faire passer John Lennon du statut de rock-star à celui d’homme au foyer ayant une accointance avec la cuisine macrobiotique.
D’Août 1979 à Décembre 1980, Tom Barbash nous entraîne dans un conte mêlant personnages fictifs et réels.

Anton, jeune homme de vingt trois ans, revient du Gabon où il avait intégré les Peace Corps. Ce « Corps de la Paix » avait été créé en 1961 par John F. Kennedy « afin de promouvoir la paix, l’amitié et le développement ». Anton revient amaigri, suite à une grave crise de paludisme, et rejoint sa famille installée au Dakota Building. C’est le moment de retrouver sa place et d’y affirmer son indépendance.

Avec un sens exquis de la répartie et du détail, Tom Barbash, avec la complicité talentueuse de la traductrice Hélène Fournier, nous raconte cette famille aisée de l’intelligentsia américaine. La mère, ancienne actrice devenue femme au foyer, s’investit alors dans la campagne de Ted Kennedy. Le père, Buddy pour les intimes, est un ex-présentateur de talk-show, charmeur, talentueux orateur, père passionné par son job. Kid, le cadet, est un tennisman en voie d’accomplissement tandis que l’aînée, Rachel, est le personnage le plus piquant et indépendant de cette fratrie. Ce roman est une mine d’anecdotes au sein de ce cocon familial, enthousiaste, parfois désenchanté, en lien total avec son époque.

Et puis il y a ce bâtiment où se déroule l’histoire, ce « fameux » Dakota, personnage totalement théâtral à lui tout seul.
« Le Dakota Building où nous avions emménagé quand j’avais quatre ans, est l’un des immeubles les plus connus au monde. On dirait un château des Habsbourg et, tout comme l’Eldorado, le Beresford et le San Remo, il a été construit pour être unique en son genre. L’idée était qu’il puisse offrir dans l’ Upper West Side – un quartier relativement isolé qui ressemblait alors aux vastes plaines des deux Dakotas, selon Edward Clark, le promoteur – le faste d’un hôtel de luxe. Le genre d’endroit où Marlene Dietrich aurait pu se sentir à l’aise. La liste des habitants de cet immeuble et des invités qui y ont défilés est le Who’s Who d’un siècle de culture américaine. (…) »

Dans l’entourage des Winter, au sein de cet ensemble commandé par le fondateur des machines à coudre Singer, et au gré des rencontres fortuites, arrive John Lennon. Le talent de Barbash est alors de vous le rendre aussi proche qu’un des membres de cette famille. Voici un gars discret, artiste engagé, passionné, n’ayant pas sa langue dans sa poche, se voulant en empathie avec le monde qui l’entoure, au delà de son statut de demi-dieu malgré quelques années en dilettante lors de son arrivée au Dakota.

Beautiful Boy est un roman qui vous donne l’appréciation du mouvement; il y a le temps du dialogue qui s’équilibre à celui de l’action, c’est palpitant, vivant.
Te voilà à t’attacher aux personnages, à l’ambiance et à un contexte où tout s’électrise.
Les éboueurs sont en grève, Carter s’embourbe dans la crise des otages américains en Iran, Ted Kennedy reste le fragile espoir démocrate pour l’élection présidentielle de 72, rien n’est joué, notamment face à Nixon, c’est aussi l’année du combat du siècle entre Joe Frazier et Mohamed Ali au Madison Square Garden. Au milieu de tout cela, Anton remet Buddy en selle sur la scène médiatique et John, nouvellement épris de navigation, porte en lui des envies d’évasion océanique et de création.
Beautiful Boy est un vraiment beau roman, de ceux qui s’écoulent et vous secouent, vous émeuvent et vous enthousiasment.

Alors, si vous aimez l’histoire politico-sociale américaine, les romans de famille, John Lennon, les coulisses de la télévision new-yorkaise et… les beignets à la banane (voir la recette à l’intérieur ;), alors ce livre est totalement pour vous.
Il y a, dans cette histoire signée Tom Barbash, de la nostalgie, une humeur attachante, un humour grinçant, de l’amour, de la reconstruction et le destin à la fois captivant et tragique des vies qui se croisent et s’entrecroisent.
Beautiful Boy est donc un sacré bon roman, beaucoup mieux que tes séries Netflix, si si, essaye un peu pour voir.

Coup au cœur totalement peace, love et surtout rock & roll.

Fanny.

Beautiful Boy, Tom Barbash, Albin Michel – Terres d’Amérique, 400 p. , 22€90.

2 réflexions sur « Beautiful Boy, Tom Barbash (Albin Michel) – Fanny »

  1. Merci, Fanny, pour votre magnifique chronique sur le roman de Tom Barbash. J’espère que votre enthousiasme sera contagieux. J’ai effectivement travaillé main dans la main avec Tom, comme je le fais avec tous mes auteurs, pour être au plus près de ce qu’il avait à l’esprit en l’écrivant. Un immense merci pour votre soutien ! Hélène Fournier

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