Le Chant du poulet sous vide, de Lucie Rico (éditions POL) – Entretien – Cécile

Bonjour Le chant du poulet sous vide ! Merci d’avoir accepté mon invitation. Tu es donc un livre. Un roman de 272 pages, immatriculé 9782818049426, né en mars 2020, poids 0,27 kg, longueur 20,50 cm, largeur 14 cm et 1,80 cm d’épaisseur. Belle bête !

Tout d’abord, merci chère Cécile de me permettre de m’exprimer. C’est bien la première fois qu’on me demande mon avis. D’habitude on s’adresse à l’auteur sans jamais s’intéresser à nous, les livres, alors qu’on oublie que nous sommes les premiers concernés et au cœur même de l’action ! 0,27 kg ce n’est que le poids d’un poussin mais 272 pages, c’est vrai que c’est tout un chemin. Un chemin en ligne droite en ce qui me concerne. Finalement j’ai pas trop changé de discours, j’ai affiné mon style. Au début j’étais un peu plus lyrique, on m’a allégé, des pages et des pages ont été sacrifiées. On m’a bien volé dans les plumes, Ah ah ! Et pas mal de gens se sont penchés sur mon berceau : des scénaristes de poulet, un éditeur. On m’a pas mal commenté. J’aime bien.

Entrons au cœur du sujet si tu le veux bien, décris-nous ton héroïne, cette Paule qui parcourt d’un bout à l’autre ton histoire… Qui est-elle ?

Paule est arrivée presque tout de suite, quasiment à ma naissance. Elle a commencé à m’habiter, puis doucement, presque insidieusement elle a pris de plus en plus de pouvoir. Pas facile à cerner, traversée d’élans pas évidents à comprendre. Paule aime tuer les poulets pour pouvoir écrire sur eux. Mais une fois qu’on entame une relation on ne peut plus s’empêcher de se laisser entraîner dans ses pensées, dans ses attachements. Alors mon histoire c’est finalement la sienne. Je la suis de la campagne à la ville, avec ses poulets. Elle se débat à vouloir leur rendre hommage, à les connaître autrement, tout en les tuant. Moi, je l’observe faire tout en voyant venir la catastrophe…

Mais chère Cécile, il me faut faire un aparté et vous dire quelque chose car cela vous ne pouvez pas le deviner et ce n’est certainement pas Lucie, guère généreuse en anecdotes, qui vous aurait avoué ce que je m’apprête à vous révéler maintenant : Paule a changé de sexe, c’était Paul au début. Ça m’a fait tout drôle ce changement et puis je m’y suis fait. Suis pas réac comme livre.

Je te trouve un style très tranchant, comme les couteaux de ta Paule… T’es pas du genre à nous compter fleurette, n’est-ce pas ?

Je peux sembler froid, mais je dirais plutôt que je suis incisif. Je vais droit au but, sans détour, je coupe, je tranche, d’ailleurs, je suis plein de serpettes. Mais à certaines pages, je sais être doux et rond, quand ce sont les vies de poulets qui me marquent. J’aime particulièrement ces pages en moi, qui, en quelques lignes, retracent la vie des poulets qui m’habitent. Je ne suis pas dur, je suis juste. Je suis sentimental vous savez.

Tu es, si je puis me permettre, plutôt carnivore que végan, mais si tu devais toi même te définir, tu dirais….

Vous savez, il y a plus de 100 poulets sans tête dans mes pages, alors je n’ai rien d’un livre sur le développement personnel. Je suis traversé d’une certaine mélancolie mais je ne manque pas d’humour. Je peux donner de furieuses envies de sourire, rire même, comme inspirer de grandes interrogations. Entre les mains du lecteur qui me porte on peut déceler quelques tremblements, frissons, agitations, preuve de ma vivacité, de mon ardeur. J’ai des tripes quoi.

Revenons à ton arrivée en librairie, en mars… Ça t’a fait quoi d’avoir été confiné à peine sorti de chez l’imprimeur ?

Finalement ça faisait trois ans que j’étais confiné, dans l’ordinateur de Lucie Rico et au moment où je prends forme, paf, on me reconfine ! Ça me rend très solidaire de tous les poulets sous vides en supermarché mais j’avais hâte de prendre mon envol. Après, il y a quelques librairies où on m’avait fait un nid douillet, j’étais pas si mal, avec de beaux voisins. On s’est pas mal fendu la poire pendant ce premier confinement. Faut dire qu’en librairie, on était en nombre, difficile de parler d’isolement.

As-tu fait des rêves pendant le confinement ?

Oui. C’est assez confus car j’étais emballé dans un papier cadeau, on me secouait dans tous les sens quand soudain je chutais violemment sur le sol. L’odeur de la terre battue. Je reprenais connaissance quand un petit bec s’agitait sur mon corps, il déchirait le papier et me délivrait. La lumière jaillit, il était là, Gérard le borgne, page 32, et me regardait fixement.

Et ton pire cauchemar ?

Être emballé dans du cellophane. Je suis un peu claustro.

J’ai habilement noté que tu avais deux polices de caractère, tu n’aurais pas une tendance à la schizophrénie ?

Quelle perspicacité Cécile ! Mais non, bien au contraire, le dédoublement est utile et rend la traversée de mon espace plus claire.

Quels rapports entretiens-tu avec ton auteur ?

Comme je suis son premier, elle me couve pas mal, fusionnelle vraiment. J’aimerais qu’elle me lâche un peu. On s’est beaucoup vus. Maintenant, hop hop hop, c’est les lecteurs qui m’intéressent.

Être un premier livre est-ce une grande responsabilité ?

Pas plus que d’être l’aîné dans une famille.

Aimerais-tu un petit frère ?

J’espère…

A quel moment préfères-tu être lu ?

J’ai un petit faible pour le n’importe quand, n’importe où.

Ton souhait le plus cher ?

J’espère au fond de moi que mes pages seront tournées par des lecteurs et qu’ils sentiront comme le papier est doux au toucher, comme l’est le plumage de Victor, Louisette, Aval.

Tu sembles aimer le contact?

Oui, je suis assez sensible à la caresse, ma qualité de papier me dispose à la sensualité

Es tu satisfait de ta forme ?

J’adore, je m’adore : tout blanc tout côtelé, avec ce petit logo dessus, je suis une vraie beauté, j’aurais pas pu rêver mieux. Fallait voir mon auteur quand elle m’a découvert. J’ai quand même plus de mordant que quand je défilais sur son ordinateur.

Ta plus grande peur ?

Finir dans les toilettes.

Tu me fais rire, le papier toilette est aujourd’hui un produit très tendance, on l’expose jusque dans les vitrines de certaines librairies !

Eh bien mon cher « Chant du poulet sous vide », pour moi, lectrice et libraire, ce fut une double joie, celle de te lire, de me gaver de tes mots, de cette histoire somme toute farfelue mais qui apporte pas mal de grains à la réflexion sur ce monde moderne qui tourne moyennement rond, et puis t’avoir sous la main dans la librairie où j’exerce, te voir tous les jours en pile, pile qui fond, pile que j’alimente, pile que je chouchoute, parler de toi, te mettre entre les mains de tes futurs lecteurs, c’est tellement excitant.

Merci mon Poulet, et maintenant, à table !

Cécile.

Le chant du poulet sous vide, Lucie Rico, P.O.L., 272 p. , 18€90.

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