Rentrée littéraire, quelques pistes – Episode 9 – Vladivostok Circus, Les autres américains

Vladivostok Circus, Elisa Shua Dusapin (Zoé) – Aurélie

Dans ce 3e roman, l’autrice nous emporte une nouvelle fois loin d’Europe, ici à Vladivostok, nous offrant une parenthèse hors du temps.

Nathalie a 22 ans, elle vient de terminer d’exigeantes études et a déjà décroché son 1er poste de costumière qui débutera dans quelques mois. Juste le temps pour elle d’accepter une mission loin de sa zone de confort : partir à l’autre bout du monde, concevoir et réaliser des costumes pour des artistes de cirque qui se préparent à une importante compétition.

Alors qu’elle sort tout juste d’une relation amoureuse, qu’elle vit loin de son père et sans vraiment d’attache, ces quelques semaines de promiscuité à laquelle elle n’a jamais été confrontée vont constituer la dernière marche à gravir avant de se jeter dans le grand bain de la vie.

On traverse avec elle ces journées suspendues aux côtés de personnages mystérieux sous un chapiteau vidé de ses spectateurs et de la plupart de ses artistes le temps de sa fermeture annuelle. Une femme et trois hommes lui laissent entrevoir leurs blessures, leurs faiblesses et leur passion tandis qu’elle se confie maladroitement, lui semble-t-il, sur ses états-d’âme et ses souvenirs d’enfance.

Comme d’habitude avec Elisa Shua Dusapin, la plume est précise et magnifique, les personnages énigmatiques et dans un entre-deux propice à l’introspection. Ses lignes nous envoûtent et nous emmènent au plus près de cette héroïne perdue au milieu de nulle part.

Aurélie.

Vladivostok Circus, Elisa Shua Dusapin, Zoé, 176 p. , 16€50.

Les autres américains, Laila Lalami (Bourgois) – Fanny

« Le désert est chez moi, malgré toutes mes tentatives pour m’en échapper. Ce chez-moi est fait de grands espaces ouverts, de lumière pure, de silence qui n’est pas vraiment du silence. (…)Je n’ai compris qu’à la mort de mon père que l’amour n’était pas une créature apprivoisée ou passive mais une bête rebelle, désordonnée, imprévisible, vaste et clémente, et qu’elle me libérerait du chagrin et m’aiderait à m’extraire de l’obscurité. »

Les autres américains de Laila Lalami, traduit par Aurélie Tronchet, est d’une justesse assez rare et remarquable.
C’est un roman choral qui égrène des moments de vie, avec tout ce qui fait nos imperfections sur les thèmes de l’amour, du désespoir, de l’exil, des souvenirs, du deuil, de la renaissance, de la jalousie, des non-dits, de l’apparence, de la colère et de l’espoir.
Oui, tout cela, magnifiquement brodé.

Au tout début, il y a la mort de Driss Guerraoui sur une intersection dangereuse, la mort faucheuse du Mojave. Pour Nora, sa seconde fille, cela ne peut être qu’un simple accident. Alors elle cherche Nora, vit sa peine, bouscule sa vie, met sa musique entre parenthèse, cherche un sens à ce qui n’en a pas. La mère puis l’autre sœur, le flic, le voisin, et d’autres, racontent aussi leur vérité sensible, au cœur, sans le paraître mais totalement dans l’être.

Laila Lalami nous montre à quel point nous sommes grains de poussière, à quel point nous sommes éphémères, à quel point nous virevoltons dans nos tempêtes intérieures. Entre ces moments de frictions, de recherches, tu y liras des secrets enfouis et une libération qui est ce risque à prendre pour ressentir la beauté palpitante de la vie.

Les autres américains est une histoire pour laquelle tu ne peux que t’attacher, c’est très cinématographique comme roman. L’auteure maîtrise à la perfection l’unité du temps dans cette histoire qui touche à la fois à l’intime et à l’universel. Les personnages sont dans ce « vrai », comme si tu pouvais ressentir leur présence, totalement imparfaite, totalement « nous ».
Les autres américains, ce n’est pas seulement cette famille marocaine installée dans ce désert du Mojave, c’est aussi tout ce monde dansant sur les restes fumants d’un vieux rêve.

Ce livre c’est une tragédie grecque mêlée à l’envolée d’une pièce shakespearienne, ça peut être aussi un morceau de musique classique révélant des notes orientales, c’est la poussière que font nos pas dans notre steppe intérieure. C’est un roman qui se vit, s’écoute, résonne.

Le coup de ❤️ est vaste, j’en étais presque à vouloir serrer dans mes bras Nora, Maryam, Driss, Jeremy, Coleman, Salma. Je te souhaite d’en vouloir faire de même durant ce grand tourbillon de la Rentrée littéraire.

Fanny.

Les autres américains, Laila Lalami, éditions Bourgois, 512 p. , 22€50.

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