Rentrée littéraire, quelques pistes – Episode 4 – Amqui, Betty

Amqui, Eric Forbes (Le Mot et Le Reste) – Fanny

« Municipalité d’un peu plus de six mille habitants, Amqui est nichée en plein cœur de la vallée de Matapédia, au seuil de la Gaspésie, à cet endroit précis où le lac Matapédia, comme s’il franchissait soudain un étroit goulot, se métamorphose en foisonnante rivière à saumon. Après s’être tortillé le long de la route 132 sur plus d’une centaine de kilomètres, le long cours d’eau va ensuite se jeter, peu après le village de Matapédia, dans la rivière Restigouche, à l’orée du Nouveau-Brunswick. En langue micmaque, Amqui signifie : « là où l’on s’amuse » »

Je peux te dire que dans le genre amusement sanglant, Étienne Chénier n’y va pas qu’avec la crosse de son Glock et c’est… totalement génial. Bon, d’accord, le fait que le personnage principal soit libraire de son état pourrait te faire dire « ça y est, c’est facile cette identification »…tss tss, que nenni, car Étienne est un tueur acharné, plutôt pas mal bon dans ce domaine d’ailleurs.
Mais pourquoi donc cette obstination farouche à tuer des hommes déshabillés de toute fioriture phallocentrique ? car oui Étienne apprécie d’abattre sa proie dans le plus simple appareil. Et bien à toi d’y aller car il serait fort dommageable que tu passes à côté de ce très bon polar qui ne s’arrête pas au limite du genre.

En face d’ Étienne, Éric Forbes place un enquêteur du Service de Police de Montréal, un certain Denis Leblanc, qui se demande comment ce singulier individu a pu bénéficier d’une large remise de peine. La figure de Leblanc est déjà tout un poème « (…) Une seule fois il avait lu un livre de ce genre, et il n’avait pas vraiment aimé. Le personnage principal, un policier alcoolique et bedonnant au seuil de la retraite, râlait sans cesse à propos de tout et de rien ; et, malgré son caractère exécrable, finissait au lit avec une blonde pulpeuse qui se révélait être la meurtrière. À croire que les auteurs ne connaissait strictement rien au métier de policier(…) ». Bref.
Dans cette histoire qui te prend aux tripes, sans mauvais jeu de mots, ce qui est plus qu’agréable c’est cette galerie de personnages composée par Forbes. Il y a du consistant, de la carcasse usagée, le sens exquis de la formule et de la mise en situation, les plaies, les bosses et toute la sympathie humaine tout à fait anti-héroïque.

Sur un rythme soutenu, l’auteur, lui aussi libraire, collectionneur de polars et originaire d’Amqui, va, par petites gouttes ensanglantées, te mener au secret qui ronge son protagoniste, certes « imparfait » et pourtant terriblement fascinant.
L’inspiration de Jean-Patrick Manchette n’est pas loin, pas loin non plus des détectives privés comme Philip Marlowe (Raymond Chandler) ou Sam Spade (Dashiell Hammett).
Sauf que « notre » Étienne Charnier, euh excusez moi, Chénier, est plutôt un homme en colère. Des bas quartiers aux grandes villas, sa vengeance s’étale et rien n’est plus dangereux qu’un homme qui n’a plus rien à perdre.

Éric Forbes balance dans son shaker littéraire un flic alcoolique et un libraire ivre de revanche pour t’offrir un cocktail explosif où la pointe d’humour, forcément noir, te tracera un sourire et te gardera l’œil pétillant jusque tard dans la nuit.
Dans le jeu du massacre où le tueur montre bien que le monstre n’est pas forcément celui que l’on croit, « Amqui » t’entraîne dans un tumultueux chemin jamais pavé de bonnes intentions.
Voici un polar hors cadre qui t’électrisera jusqu’au bout.

Coup au cœur bien noir.

Fanny.

Amqui, Eric Forbes, Le Mot et Le Reste, 240 p. , 21€.

Betty, Tiffany McDaniel (Gallmeister) – Aurélie et Fanny

Landon Carpenter installe sa famille nombreuse à Breathed au début des années 60 dans une maison réputée maudite au milieu de nulle part.

Betty, 3e fille et 4e enfant de la fratrie nous entraîne sur 700 pages et sur plus de 10 ans dans les recoins les plus secrets de cette famille atypique.

La mère est blanche et victime d’un traumatisme enfantin indépassable, le père est Cherokee et complètement baigné par l’imaginaire lié à ses origines ; ses récits maintiennent ses enfants au-dessus du racisme imposé au quotidien mais tiennent aussi à distance une réalité qui gagnerait à être assumée.

Betty subit les confidences, les situations, les deuils qui frappent sa famille mais elle sublime aussi une résilience à nulle autre pareille, tenant haut la fierté d’être la « Petite Indienne » de son père malgré les brimades à l’école et le fait d’être celle qui affronte la vérité dans un environnement où le silence est roi.

Un roman bouleversant.

Aurélie.

B. E. T. T. Y. C. A. R. P. E. N. T. E. R.

Ballottée d’un endroit à un autre dans ces vastes territoires ruraux des
États-Unis, Betty est la fille d’un Cherokee toujours poète et d’une mère
Tyrannisée dans son enfance qui, parfois, n’y arrive pas ou plus… du tout.
Tour à tour légende familiale, roman générationnel et quête personnelle,
Y a-t-il eu un seul moment où j’ai voulu laissé tomber les sept-cent-seize pages qui composent « Betty »? Nope.

Car elle en a du courage cette gamine qui agit comme un
Agent révélateur des secrets liés à cette famille qui se raconte des contes et des mythes pour mieux
Refuser l’inacceptable, la faille, le désarroi, l’emprise, la violence.
Petit à petit, cette histoire t’accrochera le 💛 tout comme elle l’écorchera,
Et tu seras happée par cette atmosphère faite de beauté, de mystère et d’errance.
Nul pathos, juste la palpitation d’une vie au milieu d’autres.
Tiffany Mc Daniel, avec la traduction de François Happe, te transporteront dans un chant,
Exultant, par les mots, les blessures, cherchant, dans ses bocaux de mots et son flot d’écriture intarissable, cet onguent qui cicatrisera les âmes blessées.
Refusant la fatalité et l’idée même de malédiction, Betty cherche le « vrai » pour mieux appréhender sa réalité.

Un roman inoubliable de cette Rentrée 2020, d’une beauté mélancolique qui m’a rappelé quelques folk songs chantées par un certain Johnny Cash.
❤️

Fanny.

Betty, Tiffany McDaniel, éditions Gallmeister, 716 p. , 26€40.

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