Rentrée littéraire, quelques pistes – Episode 2 – Le Dit du Mistral, Un jour ce sera vide

Le Dit du Mistral, Olivier Mak-Bouchard (Le Tripode) – Fanny

Le dit du Mistral est époustouflant.
Je pense que les gens du Sud vont le lire par centaines, et j’espère de tout cœur que les gens de l’Est, du Centre, du Nord et de l’Ouest feront de même car ce livre est une échappée splendide.
Tu sais, c’est comme une respiration cette histoire, comme la fraîcheur du Mistral sur ta peau qui se ragaillardit, comme se laisser aller à écouter des légendes qui peuplent cette terre du Luberon, c’est aussi s’émouvoir de l’amitié entre deux hommes, illuminés par leur découverte.

Ils sont là, veilleurs, Giono, Bosco, Pétrarque, Daudet, mêlés aux dictons populaires, tous enfouis dans le calcaire de ce massif éblouissant. Ils viennent appuyer un chapitre, une humeur, une épopée. Je peux te l’écrire, ce roman m’a enchantée, envoûtée.

L’histoire première est ce « je », un professeur, amoureux de cette terre provençale, tout comme il l’est de Blanche, amie de son chat surnommé le Hussard. Un soir d’orages et d’éclairs, son voisin aux mains noueuses et solides comme le tronc d’un vieil olivier, Monsieur Sécaillat, vient toquer à sa porte : sur sa terre a jailli le passé, un passé lointain comme un tas d’argile, comme des objets anciens forcément mystérieux, avant les Césars et autres escartefigues.
Tu as cette délicieuse impression d’être de l’aventure toi aussi, l’un enfile son pull tandis que tu enfiles ton ciré, prêt(e) à aller voir auprès d’eux le secret qui gigote sous les ocres et la roche.

Olivier Mak-Bouchard t’emporte dans le temps, te fait découvrir des rituels ancestraux comme sur le ton d’une confidence, d’une transmission. Son écriture, son enthousiasme érudit à mêler le passé au présent, m’a fait penser à l’écriture de Laurent Gaudé. Et ce n’est pas rien, Gaudé. Cette même intelligence dans le scénario, la peau du vivant contre celle des légendes et des anciennes générations. Et toi qui te laisses volontiers embarquer sur leur pointu.
J’ai adoré retrouver ce vocabulaire provençal, ce patois qui égrène ce texte comme des tournesols qui rendraient encore plus de lumière à cette histoire qui fleure bon le mystère, les découvertes, les rites immuables, les rêves, les hommages et l’humilité d’une vie campagnarde.

Notre narrateur n’a rien d’un héros tapageur, il suit juste son instinct, un peu comme son chat aux pattes noires comme des bottes de sept lieues. Du haut de son muret il devient le détenteur de secrets et, par le talent indéniable de l’auteur, nous rend passionnante cette histoire.

« (…)Entre deux flammes se dévoile la nuit provençale, parsemée d’astres qui brillent et d’étincelles qui scintillent. Les premiers regardent de haut, les secondes s’élèvent pour les rejoindre. Ces lucioles pourpres s’écartent sur mon passage, ultime révérence de courtisanes. Blanche me regarde comme on regarde un enfant, les mains sur les hanches(…) »

Olivier Mak-Bouchard nous parle de la Saint-Jean, d’Hannibal et ses troupes traversant le Rhône, des treize desserts, de l’aïgo boulido, de la naissance mythologique du Mistral, du Mont Ventoux, de la stèle de Tom Simpson, de lampes votives, des rois mages, d’une hypnotique femme-calcaire et de mille autre choses assemblées qui n’en font qu’une : la vie et ses innombrables mystères et hasards.

Le dit du Mistral te chante la possibilité de croire, la vérité qui n’existe pas puisqu’elle est multiple, l’amour pour cette terre du Luberon, la beauté d’une odyssée qui te prend au cœur. En divers allers et retours parfaitement orchestrés, tu te laisseras happer par ce conte, façon mille-feuilles, fait de strates anciennes et de réalisme humaniste.

Apparait à un moment cette phrase de Giono : « La Provence dissimule ses mystères derrière leur évidence », c’est toute cette humeur là, Le dit du Mistral, et bien plus encore.

Comme un énorme coup au ❤️ fan de chichourle !

Fanny.

Le dit du Mistral, Olivier Mak-Bouchard, Le Tripode, 348 p. , 19€.

Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg (Bourgois) – Yann

Une nouvelle équipe sévit cette année chez Bourgois et propose trois titres pour cette rentrée. Un jour ce sera vide est le premier roman publié par Hugo Lindenberg.

Il se déroule le temps d’un été, en Normandie. Le narrateur s’y lie d’amitié avec Baptiste, un garçon de son âge. Très vite, les deux enfants deviennent inséparables malgré la différence des milieux dans lesquels ils évoluent et dont seul le narrateur semble avoir conscience. Ce jeune garçon vit avec sa grand-mère dont l’accent prononcé le couvre presque autant de honte que la présence et l’apparence de sa tante « monstrueuse ». La famille de Baptiste, elle, est simplement parfaite et semble baigner dans le bonheur au point de ne même plus s’en rendre compte.

La finesse et la sensibilité sont les principales qualités de ce court roman qui parvient, avec justesse et sobriété, à décrire la confusion des sentiments que peut ressentir un enfant devant les injustices de la vie. Parfois sombre, souvent lumineux, le texte d’Hugo Lindenberg fait mouche en donnant à son jeune narrateur une voix juste, celle d’un enfant dont la conscience s’éveille au cours de cet été exceptionnel . Lucide quant à l’étrangeté de son sort, lui qui vit avec sa grand-mère et dont les parents sont absents, il ressent chaque instant avec la force et l’intensité qui font de l’enfance un univers à part entière. Passant en quelques instants de la colère à la joie ou de la jalousie à la honte, il est malmené par ses sentiments mais s’astreint à les contenir, à les garder hors de vue des personnes qui l’entourent.

« Mentir à Baptiste, ça aurait été comme mentir à la plage, à la mer. Ça aurait été comme mentir à un arbre. J’étais allé trop loin dans la vérité avec lui. Mais je ne savais pas ce que ça pouvait donner à voix haute. Dire le mot. Imposer cette torsion-là, ce ballet, à mes cordes vocales. »

Faisant preuve d’une assurance tranquille, Hugo Lindenberg offre un roman touchant et douloureux comme peut l’être l’enfance, en y ménageant suffisamment d’espace et de beauté pour que la lumière y pénètre et nimbe ces 170 pages d’ une douceur qui reste en nous longtemps après qu’on ait refermé le livre. Et, cerise sur le gâteau, on y a trouvé une des plus belles phrases de cette rentrée littéraire :

« Les voisines de notre grand-mère sont immortelles. Celle de Paris est tellement âgée qu’elle a un accent qui vient non pas de l’étranger mais du passé. »

Yann.

Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg, Bourgois, 172 p. , 16€50.

2 réflexions sur « Rentrée littéraire, quelques pistes – Episode 2 – Le Dit du Mistral, Un jour ce sera vide »

  1. Tout à fait en phase avec ce très beau retour sur Le Dit du Mistral, moi qui ne suis pas du sud et peu instruite en auteurs provençaux, je me suis régalée. Quant à Un jour ce sera vide, les avis que je vois passer se rejoignent et confirment mon intérêt. A suivre.

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