Rien dans la nuit que des fantômes, Chanelle Benz (Seuil) – Fanny

J’avais déjà adoré son excellent recueil de nouvelles Dans la grande violence de la joie (traduction Bernard Hoepffner) et là, c’est totalement confirmé: Chanelle Benz est une très grande voix de la littérature américaine avec ce roman hypnotique, sorte de Ron Rash au féminin: Rien dans la nuit que des fantômes (The gone dead), sous la traduction de David Fauquemberg.

Déjà, l’ambiance qui t’englobe immédiatement, celui du Delta du Mississippi, la moiteur, la vieille maison de métayer, l’humeur du Sud, la tension déjà palpable. Et puis notre héroïne, Billie James, qui revient sur les traces d’un père mort violemment sur cette terre en 1972, poète noir engagé dans les droits civiques et les mouvements liés au Black power.
Avec précision, Benz nous entraîne dans les méandres des souvenirs qui surgissent sur un territoire mouvant où être noir, c’était être voué à la possession, l’humiliation et souvent la mort.

Rien dans la nuit que des fantômes est un très grand roman qui nous parle de race, de mémoire et de justice. Le tout avec des scènes qui vous prennent à la gorge et un sens admirable de la construction.

Jim Mc Cee, Harlan, Hopsen, Pr. Melvin Harley, Lola, Carlotta, ces personnages évoluent auprès de Billie en donnant de leurs voix sur la mystérieuse mort du père, Cliff, homme engagé, perturbateur, intellectuel, séducteur… mais d’une couleur trop sombre pour les « rednecks » du coin. L’oncle Dee évolue aussi dans cette histoire mais Benz ne lui donne pas chapitre, il est ce fantôme errant de plusieurs générations violentées, de cette peur inscrite au plus profond de leur chair.

Chanelle Benz amène son originalité en mêlant petites anecdotes historiques, musicales, politiques et littéraires, qui font joindre Diane de Poitiers à Angela Davis, en passant par Charlie Parkers.
Voici un blues, celui qui te prend aux tripes, te pose dans des pensées mélancoliques et fait battre le cœur d’un peuple et d’une terre que Mark Twain nommait « le grand boueux », prise entre deux eaux, celles du large fleuve Mississippi et de la rivière Atchafalaya. Voici une musique littéraire qui ne te lâche plus jusqu’à la dernière note. C’est à la fois fragile et tourmenté, doux et amer, troublant et angoissant.

Les souvenirs de Billie sont des fragments qu’elle reconstitue dans les silences, les regards et les mensonges, à la recherche d’une vérité qui ne veut plus se dire. Rien dans la nuit que des fantômes m’a dit l’éclaboussure de la violence raciste et la grâce d’une peine. C’est une histoire qui confronte les revenants, déjoue les simulacres et fait de Billie une héroïne portant à la fois le calme des étendues Sudistes et la beauté explosive de ceux et celles qui ne se taisent plus.

Un roman qui accroche l’âme comme ce vieux blues de 1928 de Sara Martin: Death sting me blues, d’où sortira le début d’une réponse pour Billie.

Absolu coup au ❤️

Fanny.

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