Wanted Louise, Marion Muller-Colard (Gallimard) – Fanny

La frénésie du métier de libraire n’est plus, durant ce moment du confinement. Toutefois, la frénésie de lectures est toujours là, palpitante; lire, puis ce bonheur si particulier de tomber sur des pépites.
L’histoire de Marion Muller-Couard a été lue jusqu’à tard dans la nuit, d’une traite, retenant mon souffle, estomaquée par sa puissance narrative, et ses personnages féminins touchant profondément l’âme. Le genre de roman où je me réveille mêlée dans un tas d’émotions vives, où je sais que l’écriture m’aidera à canaliser cette joie, un peu folle, pour la transformer en envie, plus raisonnable, afin de poser doucement l’ouvrage entre vos mains.

«Wanted Louise .

Peut-être que la maison du personnage de Christine, mère romancière plutôt que mère nourricière, est celle de notre auteure, refuge perché à six-cent mètres d’altitude, au beau milieu du Parc régional du Ballon des Vosges.
Christine/Chris, est cette femme indépendante, « prise » par la littérature, qui n’a plus de nouvelle de sa fille Louise depuis deux mois. Une disparition comme une énigme.
Son gendre, Guillaume, vient lui déposer sans préavis Marin et Niels, respectivement trois et six ans, pour chercher sa femme, n’importe où, mais la chercher, car on ne laisse pas sa famille isolée sans nouvelle, là, en plan, sans plan.
Chris s’invente alors grand-mère, maternelle, cherchant à « bien faire », mais qu’est ce que c’est cet héritage du « bien faire », avec ces deux petits hommes atterrés, qui cherchent, eux aussi, à comprendre la disparition d’une maman.

Au milieu de ce chaos familial, une vieille dame fait une apparition aussi soudaine que surprenante, elle se nomme Ludmila Galinski. Celle-ci décide de confier son histoire à Chris l’écrivaine, et surtout, lui parler de Widma, sa mère, résistante polonaise investie dans le réseau du bassin minier de Wittelsheim. Une agente prise dans le secret, jusqu’à en étouffer son rôle de mère.
Deux mystères s’imbriquent alors l’un dans l’autre, avec un rare talent et un suspense qui m’a pris aux tripes, littéralement.

« (…) Cette histoire, Ludmila la porte comme un enfant qui jamais ne vient au monde. Dans cette famille de matriochkas, la plus petite des poupées russes, celle qui devrait avoir l’aubaine d’être seulement contenue et de ne rien contenir, est condamnée à porter plus grand que toi: le corps immense de la plus grande des matriochkas (…) c’est un drame typiquement humain que de vouer nos vies à donner ce qui nous manque. Est-ce la répétition de cette inlassable tragédie qui t’a poussée à disparaître ma Louise? »

Entre Chris et Ludmila se joue « la complexité du lien maternel, cette difficulté de communiquer avec ceux qu’on aime », une histoire de résistance, à la fois intime et historique, une histoire de résilience aussi, car il va falloir aller au charbon, est-ce à dire travailler sur soi pour mieux dire, accepter, aimer et découvrir.

Marion Muller-Colard, théologienne agnostique (si, si, cela se coordonne intelligemment, lisez-la), nous parle dans Wanted Louise de la puissance des femmes et, donc, de leurs irrémédiables failles.
J’ai plongé dans cette histoire, presque en apnée, éblouie par ses mots, par la construction haletante d’une fiction littéraire qui part rejoindre l’histoire vraie de Ludmila. Car oui, Ludmila Galinsky a véritablement existé sous le nom de Nadine Spieth-Cosnier; sa mère, Widma dans le roman, s’appelait Irka Zawierta.
Il y a une photographie à la fin de cette histoire, elle est brûlante, poignante.
Chris, elle, rejoint l’imaginaire d’une écrivaine résolument talentueuse et, par ce personnage fictif, nous dit que la vérité est quelque chose qui se cherche, qu’il en faut du courage pour y aller mais que nous en avons tous les moyens pour, un jour, sauver notre peau… ou celle des gens qu’on aime.

Enfant, femme, mère, une trinité à la fois forte et terriblement vulnérable.
Par la recherche d’une enfant qui ne veut plus rester dans le silence imposé par la mère et d’une mère qui cherche, enfin, à retrouver sa fille, Marion Muller-Colard nous adresse une histoire intime et universelle, avec cette intranquillité solaire, qui donne à ressentir, éprouver, par delà le temps, les non-dits, les espoirs, les silences et les petites victoires.

Avec «Wanted Louise », Muller-Colard nous éclabousse de son talent, ne passez pas à côté de ce -très- grand roman.
Bouleversant coup au ❤️

Fanny.

Wanted Louise, Marion Muller-Collard, Gallimard, 207 p. , 18€.

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