Le Répondeur, Luc Blanvillain (Quidam éditeur) – Gaëlle

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J’avais envie de te parler d’une lecture qui m’a réjouie, il y a quelques mois.
C’était janvier du monde d’avant (il paraît), un soir un peu tard, j’avais saisi Le Répondeur. Un peu plus tard, je m’étais extirpée de ma lecture pour laisser sur un réseau social un : « Bien sûr, je n’en suis qu’au début, je ne sais pas comment tout cela va avancer, rebondir, retomber sur ses pieds, mais rien que jusque-là, j’aime beaucoup comment il parle des voix. Des paysages des voix. En synesthète. Rien que pour ça, c’est pas rien de le lire. »

« Lui, il écoutait la personne jusqu’à ce qu’une représentation figurative ou abstraite se forme dans son esprit et s’y fixe. Pour Balladur, une oseraie sous la lune, pour Françoise Hardy deux hélicoptères, une mare pâle pour Zidane et ainsi de suite. Après quoi, il reproduisait le phrasé, les intonations avec un réalisme étonnant. »

« Les premières images se formèrent dans son esprit. Une balançoire. Ou plutôt une balancelle. S’il voulait imiter Chozène, il faudrait qu’il se figure une balancelle dans un jardin, la nuit. »

Puis j’avais repris ma lecture. Le lendemain, le bouquin était bouclé et j’étais ravie.

Oui il* était retombé sur ses pieds, non il ne s’était pas cassé la margoulette, oui c’était réjouissant, oui j’ai aimé les finesses que j’y ai vues au-delà des anecdotes et du contexte, des finesses sur le monde tel qu’il va aujourd’hui (enfin, « avant »), ou pas, ce petit monde et ses miroirs aux alouettes.
J’ai aimé la malice. J’ai aimé le lien au père, presque tari. Les liens aux pères. J’ai aimé les liens aux gens. J’ai aimé l’hommage discret au silence. Aux silences.

*Qui ça Il ? Je t’explique ?
Il, c’est l’auteur, Luc Blanvillain. Il, c’est Baptiste, le « héros », le « répondant », le narrateur.
Baptiste est imitateur. « Il contrefait à la perfection certaines voix, en restitue l’âme, ressuscite celles qui se sont tues. » (c’est écrit sur la quatrième de couv’).
Un soir, en sortant de scène, de son tout petit bout de scène, pas vraiment convaincu de sa prestation, Baptiste est contacté par Pierre Chozène himself, LE Pierre Chozène, grand écrivain dont Baptiste a lu tous les livres.
Pierre Chozène « écrit un livre. Un livre difficile ». Or il ne cesse d’être importuné, interrompu par ce satané téléphone. Ça le coupe, ça le retient, ça l’empêche d’écrire comme il le voudrait, comme il en a besoin.

« Alors il comprit et quelque chose lui monta dans la gorge à mi-chemin du fou-rire et du sanglot.
– Vous voulez que je réponde à votre place ! En me faisant passer pour vous ! »

[…]
« Baptiste réfléchissait. Il entrevoyait le projet. Le romancier lui remettrait son téléphone le temps qu’il faudrait pour achever le livre. Il se ferait passer pour lui. Techniquement, c’était jouable. »

Puis quelques pages plus tard :
« Ça ne fonctionnerait jamais. Comment pourrait-il être crédible une seconde, en tête à tête avec les sommités fréquentées par un prix Goncourt ? Il ne s’agissait pas seulement d’imitation ? C’était une véritable mission d’infiltration, comme dans les polars. Il lui aurait fallu connaître intimement l’écrivain, l’écouter s’entretenir avec ses partenaires habituels, reproduire ses tics, repérer ses locutions favorites, ses vocables de prédilection. Déjà, la veille, il avait été surpris de l’entendre utiliser « débile ». Que concédait-il au parler de l’époque ? Disait-il voilà ? Disait-il du coup ? Se délectait-il d’archaïsmes ou de citations, d’allusions littéraires ? Baptiste avait beaucoup lu pour son âge, mais il ne possédait pas la culture encyclopédique de son modèle, réputé pour son amour des grands classiques. […] »

Or donc, ça marche et ça n’est jamais abracadabrant. Ça marche, avec ses aléas.
Ça marche, s’agit-il d’une mascarade, d’une imposture ? Et alors, jusqu’où l’imposture ?
Qu’est-ce qu’elle permet, qu’est-ce qu’elle empêche ?
Cette « fusion », ne provoquerait-elle pas une réalité augmentée ?
Qui parle ? Un autre homme ou le même homme différemment assaisonné. Un assaisonnement qui révélerait, ou qui permettrait, d’autres saveurs ?
Lequel des deux assaisonnent l’autre ?

Est-ce que ça marche jusqu’au bout ou pas, je ne le dirai pas, tu le liras.

Je ne suis vraiment pas friande de roman d’espionnage, trop de tensions pour mon petit cœur, je suis pourtant, là, restée intriguée jusqu’au chapitre dernier. Intriguée et souriante parce que c’est très agréable à lire. Au point final, je n’étais absolument pas déçue.
Fichtre, le bougre (et je parle de l’auteur, celui du Répondeur), il est retombé sur ses pieds.

Le Répondeur, Luc Blanvillain, Quidam éditeur, 260 p., 20€.

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