Le noir entre les étoiles, Stefan Merrill Block (Albin Michel – Terres d Amérique) – Fanny

Voici un roman tout à la fois dense et subtil comme un amas ouvert d’étoiles bleues. Oliver est jeune, gauche, frêle poète, lycéen, amoureux candide. Un jour de bal, Hector Espina se dirige vers la salle de théâtre, sort son arme à feu et tue. Une balle suit sa trajectoire jusqu’à Oliver, c’est à ce moment indicible et précis que son corps et son esprit se séparent: le physique en déliquescence, la psyché en effervescence.

C’est dans cette réalité que Stephan Merrill Block -traduction Marina Boraso– nous plonge, vers cet horizon des évènements qui sépare cette zone de non-retour du reste de l’espace-temps.

Nous sommes au Texas, le ciel étoilé est dense, mystique, forcément intemporel. Nous commençons au sein d’une famille, Eve, Jed, Charlie, Oliver. Les Loving. L’auteur fait prendre la parole à chacun(e). Pour les trois premiers, c’est la perception de leur vie « après », celle qui suit l’évènement dramatique. Pour Oliver, la densité de son esprit devient infinie, cet « après » n’existe pas, la conscientisation du « martyr de Bliss » n’est pas. C’est sa mémoire qui fuse, rassemble, s’expand.

Merrill Block interroge avec beaucoup de finesse notre rapport au présent et au monde et c’est ce qui est puissant dans ce roman, c’est la palpitation qui en résulte. C’est aussi s’immiscer dans les arcanes familiales des Loving, se retrouver électriser par une nouvelle, reprendre son souffle et aboutir à une fin qui n’en est jamais une.
Ce livre est une odyssée intime et universelle, c’est le temps que l’on donne, ou pas, aux choses, ce sont les différentes énergies entre les gens et leurs particules…qui ne sont pas si élémentaires que cela.

La famille Loving est une terre de non-dits et d’affres mais aussi d’aspiration et d’amour muet. Les souvenirs se frottent au gré du vent sec qui souffle le long de la frontière mexicaine, dans cet extrême ouest du Texas où tout se vend, surtout l’espoir.
Merrill Block fait intervenir des personnages satellitaires qui sondent cette histoire. Il y a Manuel, le flic qui veille, s’interroge encore, délie un secret, c’est haletant. Il y a Margot, l’orthophoniste éberluée, c’est suffocant. Il y a Avalon, le magnétique professeur de théâtre, c’est dérangeant. Puis il y a Rebekka, l’étoile polaire d’Oliver, c’est tournoyant. L’auteur nous entraine ainsi avec eux, contre eux.

Le noir entre les étoiles est un livre d’expériences humaines qui bouscule, emporte fort et loin, un peu comme l’explosion d’une supernova qui sublime ce que peut être un effondrement.
N’hésitez pas à plonger dans les profondeurs de cette constellation familiale pour y puiser la lumière littéraire de Stefan Merrill Block.
Indéniable coup au ❤️

Fanny.

Le noir entre les étoiles, Stephen Merrill Block, Albin Michel / Terres d’Amérique, 435 p., 22.90€.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s