Splendeurs et misères de la correction – Entretien avec Edith Noublanche – Yann

Photo : Chloé Radiguet

C’est ta page FB « Édith Noublanche correctrice-relectrice » qui a attiré mon attention sur ton métier. Il faut reconnaître que, dans la nébuleuse des métiers du livre, ce n’est pas celui dont on parle le plus souvent. Comment l’idée t’est-elle venue ?

L’idée de parler de mon métier date de quelques années. C’est Alban Orsini qui me l’a soufflée. Il m’avait dit que, parmi mes connaissances, beaucoup n’avaient aucune idée de ce que je faisais vraiment (correction traduction, animation de rencontres littéraires, etc.). Il m’avait suggéré de me rendre plus « visible » à l’aide d’un blog. Il l’ignore, mais après réflexion je me suis lancée. J’ai fait ça dans mon coin, un peu comme si c’était honteux. J’ai réalisé que j’avais des visiteurs, mais pour des raisons privées j’ai lâché, avant même d’avoir ébruité ma tentative.

Un peu plus tard, j’ai éprouvé l’envie de me remettre à parler de mon activité, mais reprendre le blog me semblait difficile. J’ai pour ainsi dire cessé les animations. Côté traduction, je bois du petit lait aux déclarations d’un Claro ou d’un Elias Sanbar, après lesquels je n’ai pas le sentiment d’avoir grand-chose à dire. Le seul domaine où j’avais l’intuition d’avoir une expérience à partager, c’était la correction.

Pendant le dernier Firn (Festival international du roman noir) à Frontignan, j’ai eu une conversation avec Michel Douard, qui m’a suggéré de me faire une page FB — ne serait-ce que pour y publier les couvertures des livres sur lesquels j’ai bossé. Ça a été un déclic. Je suis allée chercher confirmation auprès de Franck Bouysse, à qui j’ai demandé si parler de mon travail de correctrice serait une bonne idée. Sa réponse a fini de me convaincre.

Le processus était enclenché. J’ai commencé à réfléchir à l’ouverture d’une page pro sur FB. Les couvertures seules, c’était un peu léger, pas assez vivant. J’ai donc envisagé de broder, d’expliquer aux gens ce qu’est mon métier, comment je le vis, combien je l’aime et pourquoi il m’arrive cependant d’avoir envie d’arrêter. C’est alors devenu une sorte de journal, sans en être vraiment un. Finalement, ça me ressemble assez : on ne sait pas trop où ça va, mais ça y va ! En tout cas, tant que des gens lisent mes petits billets et semblent y trouver de l’intérêt, je poursuis ; j’ai le sentiment d’y faire un peu œuvre utile, puisque, comme tu l’as dit, le métier n’est guère connu.

Il y a un aspect très pédagogique dans tes posts. Tu as suivi une formation d’enseignante ?

Bingo ! (Rires.) Je l’ai été. J’ai été prof et formatrice, deux boulots pour lesquels je n’ai jamais vraiment eu l’impression d’être formée, mais que j’ai aimé exercer et qui visiblement m’ont laissé des traces. Ça me fait rire, car en fait j’ai très peur de transformer mes billets en leçons, notamment lors des explications linguistiques et grammaticales. Là, tu viens de tirer la sonnette d’alarme.

Les gens qui parlent ex cathedra ne m’ont jamais intéressée. Au contraire, je les ai toujours trouvés un peu ridicules avec leur jargon, leur posture. Attention, il ne s’agit pas de niveler par le bas lors du partage, mais d’être intelligible. Ne pas se mettre au niveau de celui auquel on s’adresse est une marque d’indélicatesse, voire de fragilité. Comme si se faire comprendre de tous pouvait vous priver de quelque chose ! Se constituer une expérience ou un savoir-faire pour s’en gargariser, je trouve ça pitoyable. En fait, j’aime avant tout le partage et la transmission. Je souhaite être entendue et comprise, sans jamais passer pour une donneuse de leçon.

Tu abordes différents aspects de ton métier, sans tabou, en particulier la rémunération. Parviens-tu à vivre de ce métier ?

Parler en s’interdisant de dire certaines choses n’est pas vraiment parler. Donc je m’exprime sur toutes les facettes du métier. Quand on évoque un travail, l’argent est carrément le nerf de la guerre. On sait tous que les métiers du livre ne sont pas le plus sûr moyen de faire fortune, a fortiori pour des petites mains dans mon genre. Quand, par-dessus le marché, la petite main en question bosse avec un statut d’indépendant, c’est encore plus compliqué. J’ai longtemps ramé très dur, mais aujourd’hui je peux répondre oui à ta question, et ça me fait vraiment plaisir.

Je ne peux pas donner mon salaire, puisque je n’en ai pas. Pour le chiffre d’affaires, il va il vient d’une année à l’autre, et il n’est pas constitué que de corrections de manuscrits. Il n’est donc pas représentatif. Je fais une correction pour un groupe industriel — elle m’occupe trois mois. Rien à voir avec la littérature, mais grâce à cela j’assure une bonne partie de mon chiffre… et ma sérénité. C’est ma grande correction lucrative. Certaines années, j’ai aussi en complément des revenus tirés de la traduction. Et puis il y a également la correction de thèses. Tout cela et la correction de manuscrits mis bout à bout, j’ai finalement réussi à faire mon trou — un petit trou, mais un trou quand même —, l’angoisse principale étant que les éditeurs avec lesquels je bosse régulièrement me lâchent. Bien sûr, si ça devait arriver il y en aurait d’autres pour les remplacer, mais dans l’intervalle je risquerais de renouer avec les difficultés financières. Or j’ai eu mon lot.

Une fois que j’ai dit ça, la question de savoir ce que veut dire « vivre d’un métier » reste posée. Ce que je gagne ne suffirait sans doute pas à beaucoup, mais c’est adapté à ma vie, mes besoins… et mon inexistante soif de colossal pouvoir d’achat. (Rires.) Tant que j’ai un toit sur la tête, de quoi manger et de quoi me promener de temps en temps, je suis satisfaite. Je dois être sincère : je mériterais vraiment de gagner plus, au vu de ce que je sais faire, de mon niveau d’études, du temps que je passe à bosser. Mais ce que j’ai, comparé à ce que j’ai eu, c’est Byzance, alors j’aurais mauvaise grâce à faire pleurer dans les chaumières.

Au-delà de la description des différents aspects de ton activité, tu as publié un certain nombre de posts autour de règles grammaticales, de la ponctuation ou de la syntaxe, des rappels souvent pertinents et utiles (en ce qui me concerne, en tout cas). La relecture d’un texte va bien au-delà de ce qu’on pourrait imaginer, semble-t-il …

Oh oui alors ! C’est très vaste. Si corriger consistait à vérifier l’orthographe d’un texte comme on corrige une dictée, n’importe qui ou presque pourrait s’y coller. D’ailleurs tous les lecteurs le font, ce qui conduit beaucoup de gens à penser que corriger n’est pas un métier — voire que tous les correcteurs sont des brêles, dans la mesure où eux parviennent à trouver des fautes que les pros ont oubliées. C’est une de mes motivations pour parler du boulot de correcteur. Ce travail exige concentration, curiosité ; il nécessite de savoir convoquer ses connaissances (de préférence nombreuses), de se focaliser sur chaque mot en conservant une vue d’ensemble. Il faut aussi mémoriser chaque tournure pour s’assurer, si on la retrouve plus loin dans le texte, qu’elle est effectivement identique à l’occurrence précédente, le tout en évitant les répétitions, en vérifiant le contenu et en supprimant les incohérences, sans cesser d’observer le ton et le rythme des phrases. Cette liste n’est même pas exhaustive. C’est parfois un énorme casse-tête, d’autant plus compliqué qu’on n’a pas le temps de traîner, qu’on nous attend pour imprimer. C’est une somme de travail insoupçonnée, dont le résultat surprend même les auteurs.

Tu travailles pour plusieurs maisons d’édition, mais ton nom est régulièrement associé à la Manufacture de Livres (que tu cites toi-même assez souvent). Qu’est-ce qui fait la particularité de cette maison ?

Pierre Fourniaud bien sûr ! Qu’on m’associe à la Manufacture de livres me fait toujours extrêmement plaisir. C’est Pierre qui, le premier, m’a fait cet honneur, et c’est avec son accord que j’évoque nos collaborations. Enfin… je lui ai demandé la première fois. (Rires.) Avec son air de ne pas y toucher et sa formidable capacité à faire de chouettes choses sans rouler des mécaniques, il est unique. Je connais pas mal de gens dans l’édition, mais pour moi il est le boss. C’est un éditeur compétent et talentueux, qui m’accorde sa confiance, mais si je suis autant attachée à lui c’est que l’homme aussi gagne à être connu. Il est délicat, indulgent, plein d’empathie. Ajoute à cela un humour et une gentillesse à toute épreuve : comment ne pas fondre ?

Une maison ressemble toujours à celui qui la dirige. Pierre Fourniaud a créé La Manufacture de livres, et La Manufacture de livres c’est lui.

Mon enthousiasme peut surprendre ceux qui ne le connaissent pas, mais fais le test, va sur un salon ou à un festival accueillant plusieurs auteurs Manufacture de livres et tu comprendras mieux. Premier signe particulier : Pierre est là. Deuxième signe particulier : on a l’impression de se retrouver face à une bande. Je vois régulièrement plusieurs auteurs d’une même maison réunis, mais il n’y a qu’avec la Manufacture de livres que j’ai cette impression de groupe et que je ressens cette ambiance : Magic Fourniaud, je te dis.

Pierre « Magic » Fourniaud – Photo Edith Noublanche.

Parlons chiffres, un moment… Combien de manuscrits corriges-tu en moyenne sur une année ? Quel est le temps que tu passes sur chacun d’eux ? Combien d’interventions ?

Difficile d’être très précise, car ça varie. En effet, corriger 250 000 signes ou en corriger 1 000 000, c’est très différent en termes de revenus ou de temps passé. La vraie question pour un correcteur est celle du nombre de signes corrigés. Et je vais te dire franchement, je n’ai encore jamais fait le calcul. Disons, pour ne pas avoir l’air d’esquiver la question, que ça revient à un à deux manuscrits par mois. Mais je ne suis pas sûre que ce soit vrai. (Rires.)

Pour revenir à ma réponse, cette moyenne peut paraître peu, mais il faut garder à l’esprit que le temps passé sur chaque texte varie selon la taille et l’état, et qu’il y a deux relectures.

Le temps passé dépend aussi du délai arrêté avec l’éditeur pour la correction. Pour ma part, plus j’ai de temps plus je bosse. Je ne compte jamais mes heures : vu que le résultat ne sera jamais parfait, tant que j’ai un manuscrit je continue de bosser dessus. Le nombre d’heures peut devenir assez impressionnant.

En théorie, pour avoir une idée du temps nécessaire à la correction, il faut procéder à un calcul simple : on divise la taille du manuscrit (le nombre total de signes du texte, cf. l’outil de révision Word) par le rythme le plus lent de relecture parmi ceux qui servent de référence (8000 signes à l’heure). On obtient un nombre d’heures à passer sur le texte par passage de relecture. Je vais te faire une confidence : je ne sais pas m’y tenir, je l’emplafonne allègrement et systématiquement. Je suis un très mauvais exemple.

Quant aux interventions, leur nombre est souvent impressionnant. J’en fais plusieurs centaines pendant le premier passage, et encore pléthore au second. Quand on regarde l’ensemble (les répétitions, la typographie, la syntaxe, la grammaire, l’orthographe, mais aussi la cohérence, etc.), ça chiffre vite. Même les auteurs sont surpris. Je ne crois pas exagérer en disant que les manuscrits à moins de 1 000 interventions sont rares —, et ce, bizarrement, quelle que soit la taille du manuscrit.

Comment se passe le travail avec l’auteur ? Tu lui fais des suggestions, qu’il accepte ou pas ? En cas de désaccord majeur, quel est l’avis retenu ?

Tu viens de résumer le pire scénario : celui où des suggestions, des échanges mèneraient à des désaccords quasi insurmontables.

La coopération avec l’auteur varie selon les maisons. Je corrige sur écran. L’échange se passe par conséquent a minima via l’outil de révision. Je fais mes corrections, mes commentaires, mes suggestions, sans aucune envie de me substituer à l’auteur.

Certes, je débarque, je mets les pieds dans le plat, mais les auteurs sentent bien que je ne suis pas intrusive. Je conserve toujours au maximum le texte initial. Je pointe des choses et l’auteur fait ses choix, que je respecte, mon but n’étant pas nécessairement qu’il se range à mon avis, mais plutôt qu’il sache ce que chaque choix induit. Sur quoi pourrait-il bien y avoir désaccord majeur avec pareilles dispositions ?

À t’expliquer ça, je réalise que pointer plus de mille éléments sans dénaturer un texte ni froisser son auteur, ça doit effectivement être un métier ! (Rires.)

Et quelle est la part d’intervention de l’éditeur ?

L’éditeur a choisi le texte. Dans le cas où il estimait que des choses étaient à modifier, il a bossé en amont avec l’auteur sur tout ce qui est structure, etc. Dès que la forme, l’histoire, la structure lui conviennent, il me passe le relais. Il me confie le texte, et ce sera lui qui me paiera une fois le travail accompli. Pour ce qui est de la correction, il n’intervient généralement pas. Cependant, si conflit il devait y avoir entre l’auteur et le correcteur, il faudrait un arbitre : ce serait alors l’éditeur qui trancherait.

Tu ne relis et corriges que des textes en français ? Pour une traduction, le travail de relecture-correction est-il systématiquement à la charge de la personne qui traduit ?

Les textes que je relis sont des publications originales, des rééditions ou des traductions, d’auteurs vivants ou morts, en ou vers le français.

Dans le dernier cas, l’éditeur achète les droits d’un livre étranger, qu’il fait traduire. Le traducteur devient alors l’auteur de la traduction. Une fois la traduction bouclée, elle part en relecture, à l’initiative de l’éditeur — qui va payer le correcteur. La correction de la traduction se passe alors presque comme n’importe quelle correction.

Relire des traductions est passionnant. J’ignore si j’aime autant cela parce que je traduis moi aussi, mais c’est un exercice qui me plaît particulièrement, même s’il n’est pas toujours simple. À force de décortiquer le texte français, on parvient souvent à voir où ça pourrait avoir coincé dans la traduction. C’est là que ça devient fascinant. On peut corriger une traduction sans connaître le moins du monde la langue source. J’ai par exemple corrigé et révisé des traductions du japonais ou de l’ukrainien sans pouvoir lire le texte original, ce qui ne m’a pas empêchée de faire mon boulot. Et plutôt pas mal, je crois, car les traducteurs apprécient énormément. Mais là encore, pour que ça se passe bien, il faut rester à sa place et ne pas se prendre pour la traductrice ou le traducteur.

Photo Edith Noublanche.

Malgré le soin et l’attention que tu apportes à ton travail, il y a toujours le risque de passer à côté de quelque chose. Il faudrait un correcteur pour la correctrice ? Plus sérieusement, le lecteur peut parfois, à la vue de certaines coquilles, se demander si le texte a bien été relu et corrigé.

Là, tu touches le point sensible. Ce boulot est un boulot de maso. Sans langue de bois ni fausse modestie, je me sais effectivement minutieuse et sérieuse. Je m’efforce toujours de rendre le meilleur texte possible dans le temps imparti. Mais pour sûr, il me faudrait, il nous faudrait à tous, nous relecteurs, un correcteur ou relecteur balai avant impression.

Des correcteurs après impression, il y en a autant que de lecteurs du texte. Et ils sont impitoyables. Du genre à se demander au vu d’une poignée de fautes, si un texte a été relu, ce qui selon les jours peut me faire rire ou m’exaspérer.

Bien sûr qu’il reste des fautes, qu’il ne devrait pas y en avoir et que c’est regrettable, mais quand tu as fait 1000 interventions et que tu aurais dû en faire 1020, as-tu vraiment failli ? Même le fisc est plus cool avec sa tolérance de 5 % d’erreur ! (Rires.)

J’aimerais que, plutôt que de se demander si un texte a été corrigé, les gens qui sont effrayés par 15 fautes dans un roman de 450 000 signes se posent la question de savoir ce qu’ils auraient trouvé, si le texte n’avait pas été corrigé.

Pour en revenir à moi qui ne suis qu’humaine, donc faillible, je laisse inévitablement des choses. Ça me fait certainement passer pour une incompétente aux yeux de beaucoup de gens, j’en suis convaincue. C’est regrettable et ça me mine souvent. Et je ne te dis pas dans quel état ça me met vis-à-vis de l’éditeur et de l’auteur.

Pour éviter cela, je ne vois qu’une alternative : soit je deviens parfaite — mais il y du boulot et, il faut se faire une raison, ce n’est pas gagné —, soit l’éditeur paie deux à trois correcteurs pour que chacun fasse plusieurs relectures du même texte (et là on sera peut-être enfin proches de quelque chose d’impeccable).

Comme je reste lucide quant à la faisabilité de ces propositions, j’ai trouvé une parade : je fais mon boulot du mieux possible, je reste humble et j’encaisse les coups.

Je suis très atteinte par les fautes que je n’ai pas corrigées ; c’est alors la conviction d’avoir accompli un travail sérieux qui me sauve la mise. Quand j’ai raté quelque chose, que ça me déprime et que je vais mal, j’ouvre le document que j’ai corrigé, je regarde le compteur du nombre d’interventions, ce qui me fait immédiatement relativiser et me remonte un peu le moral. Mais pour être honnête, ça me donne régulièrement envie d’arrêter, tellement c’est frustrant et horrible. Je continue cependant, car une petite voix à l’intérieur me dit que je fais malgré tout plus de bien que de mal aux textes qui me sont confiés. Le jour où je n’entendrai plus cette voix, j’arrêterai.

Ton plus grand plaisir ou ta plus grande fierté en tant que correctrice ?

(Rires.) C’est gentil d’enchaîner là-dessus après le quasi-goudron avec plumes pour les fautes qui restent.

J’en ai deux qui me viennent à l’esprit, et qui sont la réalisation de petits graals professionnels.

Je dois la première joie mêlée de fierté à Pierre Fourniaud (encore lui). Grâce à Pierre, j’ai fait partie de l’aventure de Né d’aucune femme, de Franck Bouysse.

Un succès de librairie, c’est franchement pas mal. En ne bossant pas chez un poids lourd, j’aurais pu l’attendre à vie. Or j’en voulais un — pas un poids lourd, mais un succès. J’avais envie d’avoir apporté ma petite contribution à un succès. C’est fait. De plus, ça a été le couronnement d’une très belle histoire de plusieurs années. Que ça me soit arrivé avec Pierre et Franck, c’était évidemment la cerise sur le gâteau.

La deuxième joie et fierté, je la dois à une grande traductrice de littérature de genre, Sara Doke, avec laquelle j’ai travaillé dans le cadre de corrections pour le Diable vauvert. Pour son premier roman, La Complainte de Foranza, aux éditions Leha, elle m’a fait la joie de m’« emmener ». De la même façon que j’avais envie d’être associée à un succès de librairie, je rêvais qu’un jour un auteur aime notre collaboration au point de me transformer en une sorte de bagage. Sara a exaucé mon vœu, et je lui en suis très reconnaissante.

Tu as travaillé sur tous les romans de Frank Bouysse, qui quitte la Manufacture de Livres pour Albin Michel. Est-il prévu que tu le suives chez cet éditeur ?

Non. Albin Michel a ses correcteurs, et Franck va sans doute trouver parmi eux quelqu’un de très bien pour me succéder. J’ai adoré le travail avec Franck, et je sais qu’il a apprécié lui aussi. Mais tu sais quoi ? Il n’y a pas divorce entre Franck et La Manufacture de livres, donc on va certainement retravailler ensemble tôt ou tard, j’en suis intimement persuadée.

Que lis-tu en dehors de ton travail ?

Je lis beaucoup de nouveautés. J’ai une chronique radio depuis un paquet d’années maintenant, donc je lis pour parler de textes qui, je crois, intéresseront les auditeurs.

Quand je ne lis ni pour corriger ni pour chroniquer, je lis en allemand. En tant que traductrice, je suis forcément à la recherche de textes à faire découvrir. J’ai notamment des liens particuliers avec une magnifique maison d’édition autrichienne que j’essaie de suivre au maximum.

En fait, travail et plaisir se mélangent. J’arrive cependant à dégager un peu de temps de lecture dont je ne fais rien professionnellement. C’est ma lecture égoïste en quelque sorte. Je lis alors « par fidélité » : je lis mes amis — à force j’en ai quelques-uns (Rires.) —, et les auteurs qui m’ont touchée quand j’ai été leur interlocutrice en entretien. De la même façon, je lis ce qui se rapporte à l’histoire, l’actualité et la littérature des pays que j’ai visités. Cela peut paraître étrange, mais c’est ma façon de ne quitter ni les gens ni les pays aimés. Enfin, je ne pars jamais en voyage sans au moins un classique, une façon de me ressourcer tout en revenant aux sources. Ou le contraire.

Photo Edith Noublanche.

3 réflexions sur « Splendeurs et misères de la correction – Entretien avec Edith Noublanche – Yann »

  1. Bonjour, je vous découvre via les passeurs de livres Ouistreham et vous lis avec plaisir. Merci pour la sincérité et le bien fondé de vos réponses.

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