A la ligne, Joseph Ponthus (La Table Ronde – Vermillon) – Gaëlle

Comment te dire ? Comment je te raconte ça sans verser dans la dithyrambe et la caricature ?

C’est l’histoire d’un mec, il doit bouffer.

Alors il bosse. Il pointe à l’usine. Intérimaire. Crevettes, bulots, abattoirs.

C’est l’histoire d’un mec qui se prend pas pour ce qu’il n’est pas ; c’est l’histoire d’un mec qui prend le boulot qui vient ; c’est l’histoire d’un mec qui prend avec ce qu’il est, tout ce qu’il est, références comprises. Je te rejoue pas la musique, l’éditeur le dit très bien en quatrième de couverture.

Ce serait le poinçonneur des Lilas qui cuirait des bulots, des bulots, des tonnes de bulots. Ou « du tofu, du tofu, j’égoutte du tofu » (jubilatoire ce chapitre 12).

Ce serait le Brel de l’abattoir qui scanderait Au suivant ! en poussant une carcasse, pour pas perdre la cadence, pis qui chanterait Chez ces gens-là, sauf qu’il ne dirait pas Ces gens-là, il dirait Nous.
Il est pas dehors Joseph, quand il écrit, il est dedans. Il est usine, il est cadence, il est ligne de production.
Et il écrit.

Sans démonstration. Sans branlerie.

L’usine brute, ses joies (oui, il y en a), ses peines, ses rires, ses agacements. Et sa cadence.

Ses pauses, sa paye, la petite gruge. Son asservissement, sa délivrance.

Du Zola dans Les temps modernes (oui oui, on est d’accord, ça n’engage que moi).

C’est l’histoire d’un mec qui écrit et que je soupçonne d’écrire parce qu’il ne sait pas faire autrement. C’est pas écrire pour, c’est écrire parce que. Parce que vivre (mais encore une fois, ça n’engage que moi, cette lecture-là). Inspirer, expirer, écrire. Y a des gens qui ont trois poumons, c’est comme ça.

Il écrit, ça se lit tout seul, ça se lâche pas. J’en aurais bien repris 100 pages.

Ce serait une sorte de poésie industriello-agro-alimentaire, en prose. En rythme. Et en vie.
Ce serait de la poésie documentaire qui veut pas faire dans le social, qui veut même pas faire dans le documentaire. Pas besoin de «faire», elle «est».

Oui voilà, je crois que c’est ça ce que je veux dire. C’est pas pour faire, ce texte-là. C’est. Point.
À la ligne.

En fait j’aimerais bien que tu le lises. Voilà. C’est tout. J’aimerais bien que tu le lises.

Quelques semaines après l’avoir lu, au détour d’une interview que Ponthus donnait et à la faveur d’une question que posait Marie Richeux, j’appris qu’il n’y avait pas de ponctuation à son texte. En le lisant, je ne l’avais pas remarqué. Le rythme j’imagine…

Gaëlle.

A la ligne, Joseph Ponthus, La Table Ronde, collection Vermillon, 266 p., 18€.

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