Lucky Man, Jamel Brinkley (Albin Michel – Terres d’Amérique) – Yann

On ne dira jamais assez tout le bien que l’on pense du formidable travail effectué depuis des années par Francis Geffard, infatigable défricheur, passeur passionné, le François Guérif de la littérature américaine. Sa collection Terres d’Amérique reste un modèle du genre et continue inlassablement de proposer au public français des textes de qualité. On aura ainsi pu découvrir rien moins que Louise Erdrich, Sherman Alexie, Craig Davidson, Dan Chaon ou Joseph Boyden, excusez du peu (liste non exhaustive, loin s’en faut). Refusant de se reposer sur des lauriers pourtant suffisamment épais, l’éditeur met régulièrement en avant des auteurs moins confirmés, voire débutants et son flair le trompe rarement (souvenons-nous par exemple de Tom Cooper, Marlon James ou Robin McArthur découverts ces dernières années).

Jamel Brinkley, auquel on s’intéresse aujourd’hui, est né à New York où il a grandi à Brooklyn et dans le Bronx. On n’en saura guère plus, si ce n’est que le jeune homme a déjà publié des nouvelles dans plusieurs magazines américains et que son premier recueil, Lucky Man, a été finaliste du National Book Award. Il n’arrive donc pas ici par hasard et le choix des neuf nouvelles proposées ici confirme une nouvelle fois la sagacité de Francis Geffard.

On le sait et le déplore depuis longtemps, le public français est peu réceptif aux recueils de nouvelles, genre particulièrement bien représenté outre-Atlantique et pas seulement par des auteurs débutants … Si le risque inhérent à l’exercice est de proposer des textes de qualité inégale, on ne pourra que se réjouir de l’homogénéité de ceux de Jamel Brinkley, qui parvient systématiquement à toucher le lecteur par la justesse de ses mots. Qu’il aborde une histoire de drague au cours d’une soirée étudiante (Rien qu’une bulle), la tentative de réconciliation entre deux frères lors d’un stage de capoeira (Tout ce que mange la bouche), le voyage scolaire de jeunes défavorisés dans des familles d’accueil ( Heureux je suis) ou l’histoire d’amour tardive d’une patronne de bar (Clifton’s Place), le jeune auteur sait trouver les mots qui marquent. Il se montre particulièrement impressionnant par sa capacité à faire émerger de chaque situation le malaise de ses protagonistes aussi bien que, d’une manière plus générale, certains des maux dont souffre la société américaine.

Si, au premier abord, la lecture de ces nouvelles peut donner l’impression qu’il n’y est question que de racisme, de pauvreté, de classes sociales ou de familles bancales, ne nous y trompons pas, c’est l’humain qui est au centre du propos de Jamel Brinkley et c’est son approche sensible qui donne à ses textes leur force et leur beauté. Privilégiant la description de l’état intime de ses personnages au détriment d’un message lourd et convenu, Jamel Brinkley force le respect et fait mouche à chaque fois.

Une nouvelle réussite, donc, au catalogue de Terres d’Amérique, un nouvel auteur à suivre, deux raisons de se réjouir et neuf textes à savourer.

Traduit de l’américain par France Camus-Pichon.

Yann.

Lucky man, Jamel Brinkley, Albin Michel – Terres d’Amérique, 300 p., 23€50.

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